Le plus grand des derbys !

  • Le derby basque est aussi l’occasion pour les supporters, aidés des mascottes, de donner de la voix, avec la biarrote Koxka et la bayonnaise Pottoka.
    Le derby basque est aussi l’occasion pour les supporters, aidés des mascottes, de donner de la voix, avec la biarrote Koxka et la bayonnaise Pottoka. Icon Sport
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Un derby sans pareil. D’abord parce qu’il décidera du sort des deux équipes. Top 14 ou pas. Ensuite parce qu’il reste unique dans le rugby français.

En début de saison, les commentaires les plus farfelus allaient bon train en Pays basque. Bayonne et Biarritz se croiseront en barrage, entendait-on sur le ton de la plaisanterie. Sans y croire vraiment. Peu à peu, l’éventualité a pris corps. Nous y sommes et plus personne ne rit. L’affaire est trop sérieuse. Un drôle de drame se prépare. C’est n’est pas un match de la phase régulière qui a plus ou moins de conséquences au classement. Non. Cette fois, le vainqueur rejoindra ou restera en Top 14. Au contraire du vaincu. Jamais derby n’aura pesé aussi lourd.

Les Bayonnais ont construit un projet dont les effets les plus visibles sont le terrain et la nouvelle tribune qui n’a, encore, pu recevoir de public. Les Biarrots ont aussi leur dessein qui connaît bien des rebondissements avec la mairie mais les résultats sportifs plaident pour un renouveau depuis leur descente en Pro D2, en 2014. Actée… lors d’un derby à Aguilera gagné par les Bayonnais 11 à 8.

Samedi le couperet sera direct. La guillotine. À l’issue de la dernière journée, ce week-end, les hasards du classement ont accouché de deux derbys, Racing - Paris en haut de tableau, Biarritz - Bayonne pour une place en Top 14. Au point presse, Gonzalo Quesada, manager du Stade français, passé par Biarritz, ne pouvait s’empêcher d’évoquer le derby basque. "J’aimerais que toute la presse locale nous envoie une boîte de chocolats pour nous remercier parce que vous allez parler toute la semaine de ce derby. Je suis très heureux de ne pas être impliqué dans ce match, parce qu’il va être d’un enjeu énorme. Je serai juste content de le regarder à la télé. Ce sera un derby exceptionnel."

Et quand on lui demandait de le comparer au derby francilien, sa réponse était sans ambiguïté. "On ne peut pas les comparer. Franchement le derby basque c’est celui qui reste le plus important en France."

Les derbys les plus récents sont l’apanage des Biarrots. Quatre victoires lors des saisons 2017-2018 (Gonzalo Quesada était manager du BO) et 2018-2019, année de la montée de Bayonne en Top 14 avec Yannick Bru aux manettes. L’ancien Toulousain n’avait peut-être pas pris la mesure de l’événement, qu’il laisse aux supporters. Lui et son équipe veulent rester dans leur bulle. "On sera perturbé, explique-t-il, si on devient commentateur ou supporter. Si on reste des joueurs de rugby, les deux pieds sur le terrain, fidèles au niveau qu’on a affiché, j’ai une grande confiance en notre équipe."

Les joueurs bayonnais sont ceux qui ont le plus d’expérience du derby, que ce soit chez les jeunes ou en pro. À Biarritz, l’équipe totalement renouvelée découvrira en grande partie les dessous de ce match particulier. Au BO, en revanche, les joueurs veulent jouer la carte derby pour écarter Bayonne : "Le plus facile, déclarait Gilles Bosch après la finale, serait d’affronter Bayonne. Ce serait exceptionnel pour toute une région."

"Il fallait mourir sur le terrain…"

Le derby, machine à équilibrer les débats. Ne gagne pas toujours le plus fort. Les cas sont légion dans l’histoire des deux clubs. Et les souvenirs des grands derbys, même lointains, sont ancrés dans les mémoires des supporters des deux camps. Écrits dans leur "histoire". Au Pays basque, le rugby, à l’instar de la pelote, est inscrit dans sa culture sportive. En 1934, Bayonne devient champion de France en battant Biarritz, 13 à 8, à Toulouse. Les derniers témoins de cette époque ne sont plus là.

Le 16 mai 1992, équivalent à une finale, le quart oppose Bayonne à Biarritz à Tarbes. Bouchons sur les 150 kilomètres de l’autoroute. Champagne pour le Biarritz de Serge Blanco qui bat le Bayonne de Patrice Lagisquet, 16 à 15, sur un drop des 50 mètres, bord de touche, du jeune Franck Corrihons… le premier de sa carrière. Le BO ira en finale face à Toulon, le dernier match du grand Serge.

L’Aviron aura sa revanche trois ans plus tard. Ces joutes, en effet, ne sont faites que de bonheurs ou malheurs successifs, selon le côté où l’on se range.

L’histoire s’écrit au fil de perpétuels retournements. Et cet épisode n’est pas sans rappeler celui qui va se jouer samedi: en 1995-1996, le championnat français est en pleine réforme et propose une élite réduite à 20 clubs. La saison précédente est alors coupée en deux: les plus forts se qualifient directement pour l’élite 1 (Top 20 qui ne porte pas son nom) et se disputent le titre; les autres bataillent dans la Coupe Moga, poule de brassage, disons de barrage, où le premier rejoindra l’élite 1. À l’aller, à Saint-Léon (aujourd’hui Jean-Dauger), les Bayonnais de Lamaison, Chouzenoux (le père de Baptiste), Gonzalez et les Biarrots de Hontas, Arrieta, Betsen et Condom se quittent dos à dos (16-16).

Le 16 avril 1995 arrive, date du match retour. Au soir de cette rencontre, un seul club basque sera dans l’élite du rugby français, l’autre sera relégué en groupe A2. Devant 9 000 spectateurs, sous le soleil d’Aguilera, l’Aviron l’emporte à 7 minutes de la fin sur une pénalité de Titou Lamaison, alors qu’il joue à 14. Jean-Michel Gonzalez avait écopé d’un carton jaune. 9 à 8, le destin des deux clubs s’est joué à un point. Serge Blanco lâche alors : "Il fallait mourir sur le terrain. Surtout face à Bayonne !" L’image des supporters bayonnais dansant un fandango endiablé, devant la tribune d’honneur, reste encore en travers de la gorge des biarrots qui l’ont vécu.

Samedi, des souvenirs s’écriront toujours dans l’histoire du rugby du Pays basque. Bons ou mauvais. Selon le côté où… Souvenirs quand même !

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Edmond LATAILLADE
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