Marie-Alice Yahé décrypte les barrages de Top 14

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    Marie-Alice Yahé. Midi Olympique - Patrick Derewiany. - Midi Olympique - Patrick Derewiany.
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Consultante pour Canal +, l'ancienne capitaine de l'équipe de France s'est penchée sur les deux confrontations de ce week-end, en Top 14.

Quel est le barrage qui, sur le papier, vous apparaît le plus indécis ?

Les deux s'annoncent très serrés. Difficile d'en sortir un. Je pencherais peut-être pour UBB-Clermont.

 

Et celui qui vous excite le plus ?

C'est paradoxal. En termes de spectacle, je suis plus impatient de voir le UBB-Clermont. Je crois qu'on pourrait avoir un très joli spectacle, entre deux équipes offensives. Pour Racing-Paris, c'est plutôt le côté derby, la rivalité qui m'intrigue. Les joueurs, dans leurs discours, semblent vouloir s’extraire de ce contexte de derby. Pourtant, il existe ! Et il est encore renforcé par le transfert de Gaël Fickou. On sent que ce match est entouré d'une atmosphère particulière. Il y a un match dans le match.

 

Les Parisiens ont arraché leur qualification sur le fil : la dynamique est-elle primordiale, en phase finale, ou les compteurs sont-ils remis à zéro, comme le disent les joueurs ?

Les compteurs remis à zéro, c'est du politiquement correct ! Un langage trop parfait, pour dédramatiser l'enjeu. Sur une phase finale tout peut se jouer ? Bien sûr. Mais on ne peut pas occulter ce qu'il s'est passé avant.

 

Avec un effet réel sur le match ?

Les Parisiens vont se servir de leur dynamique. Leurs dernières victoires les rendent forts, ils sont sur une euphorie et parlent beaucoup de l'aventure humaine qu'ils vivent. Si ce côté prend le dessus pour eux, en se déconnectant d'un objectif précis et en prenant les choses comme elles viennent, avec plaisir, ils seront très dangereux. Ils doivent se servir de leur contexte euphorique.

 

Vous entraînez le Racing 92: comment demandez-vous à vos joueurs d'aborder ce match ?

En se concentrant sur eux-mêmes. En s'affranchissant du contexte, justement tout l'inverse des Parisiens. Leur ligne de trois-quarts est transcendante, c'est vrai. Mais je crois surtout qu'ils devront d'abord s'appliquer à bien construire leur match. Le Racing est propre, chirurgical dans son jeu d'avants et c'est d'abord là-dessus qu'ils devraient se concentrer. Vraiment, je crois qu'ils auraient intérêt à construire ce match, être pragmatiques et ne pas se précipiter trop vite vers un rugby très offensif. Ensuite, quand leur charnière pourra évoluer dans de bonnes conditions, avec de bonnes libérations derrière, leur vitesse derrière pourra faire la différence. Parce que là, ça va très, très vite. Souvent trop vite pour l'adversaire. Leur terrain synthétique, qu'ils maîtrisent désormais parfaitement, les sert sur cette vitesse.

 

Le piège ?

Les Racingmen ne doivent pas se focaliser sur un enjeu de derby qui n'existe pas pour eux. Ils n'ont pas à le subir. Ils doivent jouer ce match comme un quart de finale, rien de plus, sans se laisser emmener sur le terrain émotionnel. Sans vouloir jouer de match dans le match et régler des comptes. Les Parisiens, eux, doivent absolument se servir de ce contexte de derby. D'ailleurs, ils s'en étaient déjà servi au match retour, pour l'emporter à l'Arena.

 

Quel est le joueur clé du Racing ?

Ils sont tellement... S'il fallait en retenir un, je dirais évidemment Finn Russell. Il a les clés du camion, mais il est aussi capable de les balancer, parfois ! Si Russell ne surjoue pas, qu'il construit son match, il sera important dans le match de son équipe.. Il dispose à ses côtés d'une ligne de trois-quarts incroyable, phénoménale, avec des talents de niveau mondial à tous les postes. Son rôle sera de bien les faire jouer, sans chercher à être lui-même décisif.

 

Et côté Paris ?

J'ai envie de voir Joris Segonds dans ce contexte. Il a un peu failli la semaine dernière à Bayonne, déjà dans un contexte à pression. Mais ce joueur porte son équipe depuis plusieurs mois. Avec son pied, il peut permettre aux Parisiens de coller au score ou prendre le score. C'est un aspect important. Et puis, il y a Veainu. Bon, tout le monde sait de quoi il est capable, individuellement. Dans un bon jour, il est exceptionnel.

 

Un pronostic ?

Je suis nulle en pronostic !

 

Et alors ?

Sur le principe, je pars pour le Racing ! Ils m'apparaissent plus solides, plus complets. A voir simplement s'ils parviennent à s'affranchir de la pression du contexte.

 

Dans l'autre match, Clermont est un habitué des phases finales mais n'a jamais franchement convaincu, cette saison...

Difficile de lire cette équipe, très irrégulière. La fin d'un cycle ? Cela y ressemble. On sait les départs qu'il y aura, dont celui d'Azéma. Cela se traduit sur terrain. Ils apparaissent moins en confiance. Surtout, cette équipe fait moins peur qu'avant. Elle dégage moins cette sensation de machine que par le passé.

 

L'ASM version 2021 est paradoxalement la meilleure attaque de l'histoire du Top 14, avec 830 points inscrits. Qu'est-ce qui cloche, alors ?

Ils marquent énormément de points et pourtant, quand on regarde leur fond de jeu, on ne dirait pas. Sur l'intégralité des matchs, on les voit tellement inconstant... Cette supériorité offensive est passée en arrière-plan, derrière leur irrégularité. C'est une équipe qui n'a connu aucun temps fort au cours de sa saison, aucune séquence avec plusieurs victoires consécutives.

 

Le début de saison avait été à l'avantage de Sébastien Bézy. La fin de saison livre un autre constat. Clermont est-il toujours « Parra dépendant » ?

Ils sont même « Parra-Lopez dépendants ». Lopez, c'est évident vu son niveau de performance. D'ailleurs, quand Morgan Parra était absent, on a vu un très bon Sébastien Bézy mais c'est Lopez qui tenait la baraque. Ensuite, le retour de Parra a encore prouvé toute son importance. Il a un leadership unique, une emprise sur le jeu, son équipe et même les équipes adverses. Il est exceptionnel dans ce secteur. Et quand on arrive en phase finale, son expérience vaut de l'or.

 

Le paquet d'avants clermontois, parfois en souffrance cette saison, peut-il rivaliser avec celui de l'UBB ?

C'est le secteur clé du match. Ça pourrait être très difficile pour les Clermontois, c'est vrai. Ils ont des difficultés au poste de talonneur, l'absence de Vahaamahina est également très préjudiciable. Si l'UBB prend le dessus devant, que Clermont n'a pas de bons ballons, les affaires vont se corser pour les Auvergnats. Leur ligne des trois-quarts est exceptionnelle mais il faut de bonnes munitions. C'est ce qui m'inquiète un peu pour eux. Et c'est d'autant plus surprenant qu'historiquement, ils ont construit leur force justement sur un paquet d'avants très solide. Ils n'ont plus cette force, autour de laquelle se rassurer.

 

Pour les Bordelais, le plan de jeu semble tout trouvé...

Clairement, au regard de ce qu'on vient de dire. Si les Bordelais arrivent à prendre le dessus devant pour priver leur adversaire de ballons, ils auront un très net avantage. Une grande partie du match va se jouer là-dessus.

 

En trois mots, comment définiriez-vous cette équipe bordelaise ?

Offensive, jeune donc inexpérimentée, et prête. Je la pense prête, vraiment. Forte de sa saison passée très réussie, bien que tronquée. Cette année, on les a aussi vus travailler différemment, proposer des matchs un peu éloignés de l'image qu'on se fait habituellement de cette équipe.

 

Depuis un gros mois, Christophe Urios insiste sur un message de pragmatisme. Est-il entendu, dans les faits, sur le terrain ?

Oui, on retrouve cet aspect. D'ailleurs, quelques fois, de extérieur, on a relevé cette patte Urios, ce qui l'a fait s'enflammer autour de cette idée qu'ils gagnent moche, pas en phase avec l'UBB. Urios a longtemps regretté ce manque de pragmatisme. Je le comprends. En phase finale, ça cogne d'abord devant avant de s'envoler derrière.

 

Est-ce un écueil pour les Girondins ?

Je ne crois pas. Ils ont compris que, parfois, pour gagner, il faut savoir jouer autrement. La victoire passe avant la manière, et ils semblent l'avoir intégré. Le défi, pour eux, est de trouver le juste milieu, de ne pas s'enflammer tout en restant épanouis dans leur rugby.

 

Bordeaux contre Clermont, l'enthousiasme contre l'expérience : un pronostic ?

Je suis toujours aussi nulle en pronostic ! Mais je vais aller pour l'UBB. À domicile, avec le public et l'effet de nouveauté, je les vois bien passer.

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