Le Pays basque va entrer en fusion

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Pendant 80 minutes, la France entière du rugby aura le regard rivé sur Aguilera, samedi. Pour un derby unique en son genre. Avec, à la clé, la montée en Top 14 ou le retour au Pro D2.

Samedi, à Aguilera, aucune équipe ne soulèvera de trophée ou n’ajoutera de ligne à son palmarès. Pourtant, l’on peut d’ores et déjà affirmer que les vainqueurs auront l’impression d’être champions du monde quand le coup de sifflet final sonnera l’heure de la délivrance. Ce n’est pas une finale qui se joue. C’est bien plus.

Dans ce stade dit « de Fédérale 3 », par son actuel occupant, c’est peut-être même le match de l’année dans l’Hexagone, en termes d’émotions et de vibrations, auquel 5 000 privilégiés vont assister. Comment pourrait-on imaginer plus belle affiche, sincèrement ? Il y a tout, absolument tout ce que les amoureux de ce sport sont en droit d’attendre. Il y a l’enjeu, tout d’abord, maximal avec cette rencontre éliminatoire : au gagnant le Top 14, au perdant le Pro D2. Une dualité cruelle mais ô combien excitante. Au terme des quatre-vingts minutes, deux destins, deux desseins, seront chamboulés. Il sera donc question de futur. Mais il y a aussi et surtout le passé qui confère à ce rendez-vous un décor dramatique. Un siècle d’histoire, sportive et populaire, contemplera les acteurs de ce bras de fer. Tout est dit dans l’intitulé : Biarritz-Bayonne. Le plus beau derby du rugby français. 113 ans de luttes, de rivalité, de chocs d’identités. Tout avait commencé le 5 janvier 1908 par une opposition en championnat de Guyenne et de Gascogne de Troisième Série. Ce jour-là, le Biarritz Stade l’avait emporté sur tapis vert après avoir porté réclamation pour défauts de licence. Le bras de fer était amorcé. Depuis, les deux bastions se sont affrontés à 111 reprises. Avantage à Biarritz aux confrontations comme aux palmarès avec 55 victoires à 47 et cinq Brennus à trois.

Les faux jumeaux, nés à 4,479 km d’écart, ont tout connu ou presque dans leur vie commune : une finale au sommet remportée par Bayonne en 1934, une guerre froide qui les a vus s’éviter pendant quinze ans pour une nouvelle histoire de licences dans les années 60-70, des combats chauds au possible comme l’épique quart de finale de 1992 scellé par un drop-goal de Franck Corrihons du milieu du terrain, l’improbable bagarre de 2011 avec Lucien Harinordoquy en invité de luxe, des polémiques en tous genres et des projets de fusion dans tous les sens. Il ne manquait que ça, en fait : un combat à la vie à la mort pour l’élite.

Les compteurs remis à zéro à 17 h 30

Samedi, jusqu’à 17 h 30, ce contexte si particulier va enflammer la Côte basque avec un avant-match attendu comme mémorable, à grands coups de Pena Baiona et de Aupa BO dans les rues de la paisible cité de l’océan. Une fois le coup d’envoi donné, ce sera une autre histoire : il ne sera plus question d’Imanol, de Blanco et autres Iraçabal, de chamailleries de coulisses entre MM. Aldigé et Tayeb ou de savoir qui chante le plus fort ; non, ce sera aux acteurs d’aujourd’hui d’écrire leur chapitre, aux Rouet, Monribot, Saili et Peyresblanques. Tout deviendra irrationnel et sera alors remis à zéro : les victoires et les désillusions de la saison, les prétendues étiquettes, les statistiques. Ce sera juste quinze joueurs en bleu et blanc face à quinze autres en blanc et rouge amenés à se battre jusqu’à épuisement pour un enjeu et une suprématie. À la fin, le champion du Pays basque gagnera le redoutable droit d’évoluer en Top 14, le perdant allant devoir batailler en Pro D2. À ce petit jeu, le BO à tout à gagner et l’Aviron tant à perdre.

Dans le 64, d’aucuns parlent de cauchemar à l’évocation de cette rencontre. Mais cette fête des voisins n’est-elle pas plutôt un rêve pour les amoureux de ce jeu ? Après plus d’une année de frustration, de stade vide et d’émotions au ras des pâquerettes, le rugby français mérite bien ce frisson ultime d’un Pays basque en fusion comme jamais. Samedi, plus que jamais, ses millions d’adeptes, de Lille à Hendaye, auront tous le regard tourné vers Aguilera. Le centre du monde 80 minutes durant.

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Vincent BISSONNET
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