UBB-Clermont : barrage historique sur le port de la lune

  • Les Clermontois d'Alivereti Raka, ici à droite au duel avec Romain Buros, restent sur un match nul en championnat à Bordeaux.
    Les Clermontois d'Alivereti Raka, ici à droite au duel avec Romain Buros, restent sur un match nul en championnat à Bordeaux. Icon Sport
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L’UBB va enfin jouer un match de phase finale du Top 14, avec tout ce qui colle à ce statut de néophyte. Les clermontois, eux, sont des vieux routiers des matchs couperets et Franck Azéma veut terminer son cycle auvergnat le plus tard possible.

Mardi, à Musard, les Bordelais ont fini leur entraînement par un cercle, épaule contre épaule, attitude désormais classique, puis ils se sont tournés brusquement vers le public présent en tribunes. Avec Jean-Baptiste Dubié comme "capo", ils ont offert aux inconditionnels un vrai "clapping", remerciement collectif d’un groupe à son public, privé de communion depuis seize mois. Cette cérémonie totalement inattendue sonnait la fin de la saison régulière et un saut dans l’inconnu : l’UBB jouera pour la première fois un match de phase finale du Top 14.

Ce n’est pas tout à fait la première fois que le club jouera une rencontre officielle après la 26e journée car en 2015, il avait fallu disputer un barrage européen face à Gloucester. Mais cette fin de printemps est sans commune mesure avec tout ce qu’à vécu le club depuis la montée de 2011. Non seulement, les Girondins vont découvrir le parfum des phases finales mais ils ont ressenti les frissons d’un grand soulagement. Celui de ne pas avoir encore gâché la dynamique de 2020 quand la pandémie vint stopper un championnat dont ils occupaient largement la première place.

Ce parcours magnifique, le premier sous l’autorité de Christophe Urios, ils ne l’ont pas réalisé sur un coup de chance ou sous l’effet de la surprise ou des circonstances, il en est resté quelque chose un an plus tard, avec Semi Radradra en moins. Ce top 6 tant désiré, personne ne pourra l’enlever aux Bordelais et plus particulièrement à la "vieille garde" qui baroude depuis huit ans pour certains, les Poirot, Maynadier, Dubié, Marais et consorts. "Je précise que cette qualification n’est pas une fin en soi. Mais, c’est vrai, nous qui sommes là depuis longtemps, on se rend compte de toute l’évolution. C’est sûr que cette qualification aurait pu arriver plus vite… À certains moments, on n’a peut-être pas fait ce qu’il fallait. Mais il arrive une génération qui a faim et qui n’a pas envie de perdre autant de temps que nous. Elle veut installer le club dans le top 6" : les propos de Clément Maynadier résumaient bien la décennie passée.

Soyons plus précis, le cycle de la frustration a commencé en 2013, dernière année qui a vu l’UBB jouer clairement le maintien. Depuis huit ans, les Bordelais ont toujours, à un moment ou à un autre de leur saison, pensé que cette qualification allait leur tendre les bras. Les métaphores du talonneur barbu se sont faites plus imagées : "Il est certain que nous avons la satisfaction d’avoir changé l’image du club. Nous étions toujours les cons qui arrivaient devant le double-battant et on le prenait en pleine gueule. C’est comme en boîte de nuit, tu arrives tout beau tout frais et tu prends un stop !"

Les statistiques effrayantes de Clermont

Les stops, les vents, les râteaux, c’est fini. Voilà donc les Bordelais déniaisés. Ils se présenteront délestés de cette vieille boule au ventre avec, en plus, cinq mille spectateurs pour le soutenir. Un cadeau royal, un luxe même par les temps qui courent. "Ce quart à domicile, c’est que du positif, nous sommes enfin dans les six. Si nous n’y étions pas arrivés, imaginez la pression terrible pour la saison prochaine. On a su saisir cette chance et on va en profiter, en mettant les ingrédients nécessaires. Imaginez aussi l’enthousiasme vécu cette semaine : on a senti le petit picotement, le même qui existe de la Première Série à l’élite. Celui de la ville qui te suit, des gens qui te parlent pour t’encourager dans la rue ou quand tu vas chercher tes enfants à l’école."

Les Bordelais se sentent portés par un vent divin et préféraient s’en remettre à des ondes positives. Même Christophe Urios, très critique après le match perdu face à Toulouse, n’a pas voulu en rajouter. En vieux renard des phases finales, il n’a pas remis de couche de pression : "Ce que j’ai vu cette semaine n’a rien à voir, en termes d’état d’esprit, avec ce qui s’est passé juste avant. Depuis quinze jours, on avait du mal à se mobiliser. Sans doute que si on avait gagné à Toulon, le fait de jouer une place dans le top 2 contre Toulouse aurait changé des choses. Mais depuis lundi, j’ai senti un vrai changement. Je suis porté par une fierté du travail accompli et par l’envie féroce de s’expliquer. Ce sera mon premier barrage à domicile, en plus, mais ça ne changera pas grand-chose. Le fait que le stade ne sera pas rempli enlèvera la dipension émotionnelle de ce genre de matchs où je me rendais en tant que visiteur, investi d’une mission. La bataille sera basée sur le jeu pur, plus que sur l’environnement."

Les Bordelais n’ont pas besoin qu’on leur fasse un dessin. Le parcours des Clermontois n’est frappé du sceau d’aucune nouveauté historique. Il est moins marquant sur le plan médiatique mais le rapport de force est éloquent : un match nul 16-16 à Bordeaux et une victoire de l’UBB au Michelin, d’un point, à la 86e minute (37-36). La différence de potentiel se distingue au microscope. Urios a apporté son expertise : "Clermont maîtrise complètement ce genre de matchs de phase finale, avec son excellente charnière. C’est une équipe frontale, dure. Mais j’imagine que nous allons vivre match spectaculaire car les Clermontois pratiquent ce genre de rugby et, nous aussi, nous sommes capables d’être spectaculaires. Mais il y aura des moments heurtés et pénibles, un vrai match de phase finale, quoi. Je peux dire une chose, si la charnière de Clermont joue les mains en haut du guidon, nous ne gagnerons pas le match."

On n’a pas senti les Auvergnats particulièrement gênés par ce voyage à Bordeaux, privé du soutien d’un stade plein. L’ASM mettra le cap au sud-ouest avec, dans sa besace, une statistique impressionnante, voire effrayante : l’attaque la plus prolifique (en points) de l’histoire du Top 14 avec 830 points.

Les Auvergnats ont marqué 88 essais (seul Toulouse a fait mieux). Ils sont aussi deuxièmes en termes de franchissements et de passes. Ils ont aussi le meilleur taux de réussite aux tirs au but (88 %). Cette équipe sait convertir ces moments forts et ses opportunités, c’est une certitude. Si on la laisse dérouler autour de ses deux stratèges, les Betham, Moala, Raka, Penaud et Matsushima percent tous les coffres-forts.

Cette brigade, riche de sa force de frappe venue du Pacifique, jouera aussi avec l’idée que chaque match pourrait marquer la fin de l’ère Franck Azéma. Le coach, désormais emblématique, avec ses onze saisons, dont sept comme numéro 1, aimerait bien se surpasser une dernière fois et s’offrir un ultime mano a mano avec Toulouse en demi-finale.

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Jérôme PREVOT
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