Des rires aux larmes, la séance de tirs au but vue des tribunes

  • Comme un instant suspendu dans le temps, le cérémoniel autour des tirs au but a aussi bien stressé qu’enthousiasmé les quelques milliers de fans en tribunes.
    Comme un instant suspendu dans le temps, le cérémoniel autour des tirs au but a aussi bien stressé qu’enthousiasmé les quelques milliers de fans en tribunes. Patrick Derewiany
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Des visages fermés, des sourires, des chants qui débutent puis s’interrompent, quelques chambrages… Retour sur l’ambiance qui régnait samedi dans les gradins d’Aguilera, durant la fatale séance de tirs au but. Déjà mythique. 

Le derby de samedi soir dernier est déjà entré dans la postérité. Son contexte, ses enjeux énormes, son atmosphère unique et son scénario en ont fait un vrai grand moment de sport. La dramaturgie d’une rencontre dont le sort s’est décidé aux tirs au but a confirmé que ce derby resterait dans les têtes. Et qu’il y resterait comme étant le match de l’année. Alors, que dire pour ceux qui ont eu le privilège de le vivre au stade, entouré de tambours biarrots, de drapeaux bayonnais et de chants basques. 

Comme un instant suspendu dans le temps, le cérémoniel autour des tirs au but a aussi bien stressé qu’enthousiasmé les quelques milliers de fans en tribunes. Sur les coups de 20 heures, le soleil illumine encore la pelouse d’Aguilera lorsque l’arbitre Alexandre Ruiz met un terme aux 20 minutes de prolongation, conclues sur le score de 6-6. 

Les organismes des acteurs présents sur le pré sont usés par un combat acharné de près 100 minutes. Le public aussi semble lessivé par les émotions vécues dans l’enceinte d’Aguilera. En tribunes, au moment où le speaker annonce la séance de tirs au but, on ne sait d’ailleurs pas vraiment quoi faire : applaudir, siffler, rire, pleurer ? L’incrédulité se lit sur quelques visages. Quelques filles en t-shirt noir déposent une demi-douzaine de ballons face aux poteaux, les poteaux qui jouxtent le chemin emprunté par les joueurs biarrots quelques heures auparavant, au moment d’arriver au stade. Un signe avant-coureur ?

« Je me calquais uniquement sur les cris des supporters »

Dans les gradins, on doit compter sur les doigts d’une main ceux qui ont vu pareille chose arriver de leur vivant, ces dernières années. Quelques minutes plus tard, Teddy Thomas nous confiera d’ailleurs qu’il n’avait jamais vécu pareille chose. « Là, je vous avoue que j’ai vraiment fermé les yeux pendant toute la séance (sourire)… Je me calquais uniquement sur les cris des supporters. Sur les "ouais !", sur les "non !"… », a confié l’ailier international, natif de Biarritz et présent au stade. 

Les équipes se disposent donc séparément, à hauteur de la moitié de terrain. Les joueurs de l’Aviron s’agrippent, les gars du BO interagissent. Et avant le premier coup de pompe donné par les visiteurs, les drapeaux rouge et blanc s’arrêtent de flotter dans l’air, l’espace d’un instant. La pression est là.  

Sous les sifflets assourdissants des fidèles d’Aguilera, Gaëtan Germain est le premier à s’avancer. Les huées accompagnent l’élan de l’arrière, qui ne tremble pas dans son exercice favori. Évidemment moins nombreux que les Biarrots, les Bayonnais donnent eux aussi de la voix pour déstabiliser James Hart. Sans succès. 

Oser regarder ou se cacher les yeux 

Manu Ordas transforme à son tour, Bosch également (2-2). Pas de grande effusion de joie dans les deux camps de supporters, la démonstration est globalement mesurée. On passe des sourires aux visages fermés, au fur et à mesure que l’on passe d’un buteur d’une équipe à l’autre. Même sous les masques, on peut lire l’inquiétude des personnes en tribune Serge Blanco. Certains ne regardent pas et préfèrent fixer leurs chaussures, au risque de voir celles d’un joueur faillir.

Sous la chaleur estivale du Pays basque, le public crie, suffoque en même temps et, à chaque coup de pied qui file entre les perches, quelques « hourras » s’échappent de part et d’autre. Rouet, Barry, Costossèque, Couilloud réussissent leur tentative. Le ping-pong se poursuit en tribunes. Sifflets, applaudissements, sifflets, applaudissements… Chaque buteur a droit à sa petite attention, plus ou moins amicale. 

« Il va la louper, il va la louper… »

Derrière Peyo Muscarditz, qui s’avance en direction des 22 mètres, on distingue des joueurs à genoux, certains sont assis, d’autres carrément allongés. Au rythme des « Il va la louper, il va la louper… » scandés et répétés par les fans rouge et blanc, le capitaine recule à petits pas, son ballon tombe, quelques Biarrots se réjouissent. Mais le trois-quarts centre ne se manque pas, même chose pour Saili ensuite. La clameur est encore plus forte lorsque ce dernier réussit sa tentative. 

Les supporters du BO envahissent la pelouse après la séance de tirs au but.
Les supporters du BO envahissent la pelouse après la séance de tirs au but. Patrick Derewiany

Des gens sont debout, téléphones à la main, derrière la barrière. À quelques mètres de là, en hauteur, les Bayonnais se prennent la tête entre les mains. Les spectateurs se lèvent, les uns après les autres. 

Et quand l’ailier visiteur Aymeric Luc s’élance, on tape des pieds, des mains, de tout ce que l’on peut en fait. Luc s’élance, mais Luc rate. L’ambiance dans le stade se scinde un peu plus en deux. Stupeur dans un camp, explosion de joie dans l’autre. Cette fois, malgré les masques, ce sont des sourires que l’on perçoit. De grands sourires, annonciateurs d’une victoire qui ne peut plus échapper aux locaux. Les sièges sont quasiment vides, car presque tout le monde est levé. 

« Le mec a passé sa saison et sa carrière à gratter des ballons, et il nous donne la montée sur un coup de pied ! »

Le capitaine Steffon Armitage, déjà habitué des scènes de liesse durant ses années toulonnaises, libère Aguilera. En un éclair, les fans quittent définitivement leur siège, pour envahir le rectangle vert, provoquant une marée rouge et blanche. On craque des fumigènes, on crie, on pleure et on entonne des « Ici, ici, c’est le BO ! ». La joie se mêle alors au soulagement : « Nous, côté biarrot, on pensait que n’importe lequel de nos joueurs pouvait louper sa frappe, au vu du match… Voilà ils les ont mis, ça se joue à rien », se réjouit « Nuts », tout sourire, maillot du BO sur les épaules. 

Un rang en-dessous, Bruno n’a d’yeux que pour Armitage : « C’est incroyable ce dénouement. Le mec a passé sa saison et sa carrière à gratter des ballons, et il donne la montée sur un coup de pied ! Pour ce supporter, un brin chambreur, la satisfaction est double. Quel bonheur de voir l’Aviron en Pro D2, c’est encore plus beau que la montée ! » (rires)

Les Bayonnais sont restés figés après le coup de pied réussi de Steffon Armitage.
Les Bayonnais sont restés figés après le coup de pied réussi de Steffon Armitage. Patrick Derewiany

Les Bayonnais, eux, restent figés, immobiles. On peut apercevoir des larmes qui commencent à couler sur les joues de quelques-uns. La faute à la dramaturgie d’une séance de tirs au but à inscrire dans tous les livres du Pays basque, d’Histoire, de sport et d’ovalie.

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Dorian Vidal
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