L'UBB, sa retraite internationale et ses modèles : Jefferson Poirot à bâtons rompus

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Pilier et capitaine de l’ubb Avec le capitaine de l’UBB, nous avons parlé de choses et d’autres. En neuf ans de présence, il a vécu tant d’émotions.

Le pilier et capitaine de l’UBB a attendu neuf ans pour découvrir les phases finales. Il a été servi puisqu’il va jouer sa troisième demie dans la même saison après les deux parcours européens de l’UBB, stoppés en demies face à Bristol, puis face à Toulouse. Mais la carrière de Jefferson Poirot a bien plus d’envergure car il est arrivé à Bègles en 2012 ce qui fait de lui le vétéran de l’effectif. Neuf ans après, il est devenu un capitaine respecté et charismatique. Il a été de toutes les aventures du club, les premières incursions en haut du tableau, les jolies éclaircies, les exploits sans lendemain, mais aussi les pages plus sombres, les changements d’entraîneur, les épilogues saccagés pour pas grand-chose. Le tremplin vers le XV de France aussi à partir de 2016 et puis la grande décision, le retrait volontaire de la sélection à 27 ans, après 36 capes pour mieux se concentrer sur son club. Sous le maillot de l’UBB, son compteur affiche désormais 159 matchs, mais pas de titres. Il espère bien combler ce manque très prochainement, demain soir déjà pour le quatrième duel de la saison entre les Bordelais et les Toulousains. Il sera en première ligne face au roc Faumuina pour servir de rampe de lancements à Jalibert et consorts à l’assaut de la forteresse rouge et noire.

Les conséquences de son retrait de l’équipe de France

Je suis content d’être davantage auprès de mon équipe. C’est ce qui était important pour moi, je ressentais ce besoin, mais pour vivre ça, il fallait sacrifier quelque chose d’immense c’est sûr, mais j’en avais besoin à ce moment-là de ma carrière. Sur le plan physique, je ressens la différence qui existe entre la vie d’un joueur international et un autre, je le vois en observant le calendrier de Cameron Woki et de Matthieu Jalibert. Je m’en rendais déjà compte quand j’étais international, mais là je le perçois encore plus. Il y a des plages de récupération plus importantes pour les non-internationaux. Et encore, cette saison, le Covid a bouleversé pas mal de choses, nous avons dû faire un bloc de six mois très compact et sans repos. Mais dans les saisons classiques, la différence est vraiment nette.

L’évolution du jeu depuis ses débuts

Depuis que je suis devenu professionnel, j’ai vu le rugby évoluer évidemment. D’abord sur le plan de la condition physique, aujourd’hui, la dimension des joueurs a changé, en termes d’intensité des contacts et de répétition des efforts. Tout est plus impressionnant. Par exemple, j’ai beaucoup moins l’impression de dominer les contacts aujourd’hui que je le faisais quand j’avais 18 ou 19 ans. C’est étonnant, normalement, ça devrait être l’inverse. Les défenses sont plus compactes, on n’y voit beaucoup plus d’opposition de systèmes. Mais ce qui est décisif c’est qu’aujourd’hui, un jeune de 18 ans qui arrive, il est prêt en termes de préparation physique. Le niveau général s’en est trouvé augmenté. Sur le plan tactique aussi, les choses ont beaucoup évolué. Le poids des systèmes est plus fort, mais aussi la question de la gestion de l’énergie du cinq de devant s’est imposée. Elle n’existait pas forcément dans les années 2011-2012 et encore moins à Bordeaux où on pratiquait un système de blocs, les joueurs de première ligne pouvaient se déplacer partout, les deuxième ligne aussi d’ailleurs. Aujourd’hui, on pense plus à nous économiser pour que nous soyons performants pour les tâches de l’ombre. La mêlée a aussi bougé. Le grand changement ce fut l’apparition des liaisons, quand j’ai débuté, on ne se liait pas on se touchait. Il a fallu s’y adapter. Pour le reste, ça n’a pas fondamentalement changé.

Le capitanat

Quand je suis arrivé à Bordeaux en 2012, le capitanat n’était pas un objectif de carrière. Mais j’ai eu le sentiment de grandir avec le club. J’ai franchi toutes les étapes de ma carrière avec le club et le club a vécu toutes les étapes de sa construction avec moi. J’ai connu le maintien, j’ai vécu la découverte de la Champions Cup, puis désormais les phases finales. Pour ma part, j’ai débarqué comme jeune joueur remplaçant, j’ai gagné du temps de jeu, j’ai appris auprès des grands leaders et puis la suite a fait que je me retrouve capitaine. Un rôle qui me tient à cœur.

L’entraîneur qui l’a le plus marqué

Chez les jeunes, Nicolas Godignon fut mon mentor, je l’ai souvent cité. Raphaël Ibanez m’a aussi beaucoup apporté au début, quand je suis devenu international. Il a été très important, il avait connu cette expérience, il m’a aussi géré en fonction de ça. Pour le leadership, j’ai appris beaucoup de choses avec Christophe Urios. Mais Rory Teague a été aussi très important pour moi parce que quand il a été évincé, avec d’autres leaders du groupe, j’ai appris à tenir un vestiaire, au-delà du simple rôle de capitaine. Je me suis donc nourri de plusieurs influences, mais si je devais n’en retenir qu’un, ce serait celui qui fut d’abord un coéquipier, avant de gagner le staff. Je veux parler de Jean-Baptiste Poux, je me souviendrais toujours de lui, peu après son arrivée, je me suis retrouvé assis à côté de lui dans l’avion. Il m’a dit : « Toi, tu es un super joueur ballon en main. Ce que les gars vont regarder, c’est le travail spécifique au poste. Et dans ce domaine, tu es trop irrégulier. » À partir de là, il n’a cessé de m’accompagner, naturellement et inconsciemment.

Le joueur qui l’a marqué 

J’ai envie de parler d’un joueur qu’on ne met pas souvent en avant, mais que j’admire beaucoup et qui m’inspire. Je veux parler de Clément Maynadier. Quand il est là, une bonne partie du boulot du cinq de devant est déjà fait. Dans sa vie de tous les jours, il est également remarquable, aussi bien dans le rugby que dans l’extra-rugby (il est ingénieur, N.D.L.R.) que dans sa vie familiale. Sur le terrain, ce n’est pas le talonneur qui va casser la ligne en permanence, encore qu’il a progressé sur ce plan, mais regardez ces statistiques : vingt soutiens offensifs, entre quinze et vingt plaquages par match, du travail en mêlée et en touche. Jouer avec lui, ça procure un sacré soulagement.

Le parcours de l’UBB cette saison

Si on prend du recul sur notre parcours, cette saison je pense que tout ou presque s’est décidé au mois de janvier. C’est ce mois hivernal qui nous a propulsé vers les phases finales. Nous l’avions abordé en ballottage défavorable et nous avons glané 19 points sur 25 possibles avec deux victoires décisives au Racing et à Clermont, mais aussi face à Toulon et Lyon (sur cinq rencontres l’UBB en a gagné quatre et fait un match nul, N.D.L.R.).

Son meilleur moment à Bordeaux

La première qualification pour la H Cup, même si c’était à l’extérieur (à Worcester lors d’un barrage face à Gloucester en 2015, N.D.L.R.). Je me souviens aussi lors de ma première saison de ces deux matchs contre Agen et Mont-de-Marsan en fin de saison, des matchs pour le maintien qu’on a joués devant des foules énormes et qu’on a gagnés (en 2013). Des moments de partage énormes avec le public. J’aurais pu vous citer l’enchaînement quart et huitième de Coupe d’Europe cette saison, mais ils étaient à huis clos.

Sa relation à Kyle Sinckler

Je l’ai cité publiquement récemment, car nous nous sommes suivis tout au long de nos carrières. Je l’ai croisé pour la première fois avec les moins de 18 ans. Depuis on s’est toujours retrouvés en sélection ou en club (il joue à Bristol que l’UBB a rencontré deux fois cette saison). On a toujours fait des comparaisons entre lui et moi et je trouvais ça marrant. En plus on s’entend très bien. Je viens de voir qu’il a été appelé avec les Lions, je suis content pour lui. Je pense qu’il peut créer la surprise, la mêlée n’était pas son point fort à ses débuts, mais il est devenu une référence en la matière, tout en restant dynamique. Il n’était pas de la première liste des lions, mais connaissant son état d’esprit, je pense qu’il peut créer la surprise.

L’avis d’un coéquipier, Maxime Lucu

Jeff nous a énormément apporté sur les périodes où nous étions dans le dur. Il nous a aussi énormément resserré dans des moments où on aurait pu se relâcher, après les succès à l’extérieur. Il nous a souvent dit que lui, ici, il a trop souvent vécu des relâchements de fin de saison, vécus comme des écroulements. Avec Rémi Lamerat, il nous a beaucoup apporté, il est toujours là pour nous remettre sur le droit chemin. Le passage en équipe de France lui a fait du bien, mais il est maintenant concentré sur le club et il a désormais d’énormes objectifs pour l’UBB. C’est ça qui le ronge et qui le mange en ce moment. Sur le terrain, il parle, mais il a des relais : la charnière, Rémi Lamerat et les capitaines de touche. Mais il donne toujours de la voix pour nous calmer, par exemple après notre essai contre Clermont, il était au centre du terrain pour nous donner les meilleures consignes, ne pas subir en suivant, revenir chez eux. Il nous apporte toute sa lucidité.

L’avis de Christophe Urios

Je le découvre finalement car l’an passé, il a fait la Coupe du monde, puis le Tournoi et le championnat s’est arrêté. Cette saison, je trouve qu’il a énormément progressé sur le leadership. Il a vraiment trouvé sa place, ce qui est lié au fait qu’il a arrêté l’équipe de France. Je le trouve très serein dans son fonctionnement, notamment sur les raisons de son choix. Il avait besoin socialement de s’ouvrir, de voir autre chose. Il est très respecté dans le groupe, il amène ce côté professionnel. Il a fallu avoir des échanges avec lui, un peu virulents parfois. Mais aujourd’hui, je le trouve fantastique à l’instar de Rémi Lamerat. Sur le jeu, vous le savez, il amène son dynamisme évidemment, sa capacité à porter les ballons.

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Jérôme PRÉVÔT
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