Aux bons souvenirs du Racing

  • Les « Racingmen » du Stade rochelais, Arthur Retière, Brice Dulin et Ronan O’Gara, ont pesé énormément sur cette demi-finale. Les deux premiers étant les acteurs du seul essai du match quand le technicien irlandais a établi un plan de jeu parfaitement exécuté. Les « Racingmen » du Stade rochelais, Arthur Retière, Brice Dulin et Ronan O’Gara, ont pesé énormément sur cette demi-finale. Les deux premiers étant les acteurs du seul essai du match quand le technicien irlandais a établi un plan de jeu parfaitement exécuté.
    Les « Racingmen » du Stade rochelais, Arthur Retière, Brice Dulin et Ronan O’Gara, ont pesé énormément sur cette demi-finale. Les deux premiers étant les acteurs du seul essai du match quand le technicien irlandais a établi un plan de jeu parfaitement exécuté. Photo Midi Olympique - Patrick Derewiany
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Arthur Retière, Brice Dulin et Ronan O’Gara sont tous trois passés par le Racing 92, où ils ont connu des fortunes diverses. Vendredi soir, ils ont – chacun dans leur rôle – participé à dominer leur amour d’antan. Ah, ce fameux destin...

Il y a des des soirs de gloire où l’histoire personnelle se mêle à celle de tout un peuple. Celui maritime, qui a versé sa joie dans le port de La Rochelle, va enfin rejoindre le Stade de France pour écrire la plus belle page de son roman. Mais il fallait saisir « l’occasion en Nord » et battre ce Racing, si particulier aux yeux de certains des actuels pensionnaires jaune et noir. Arthur Retière, Brice Dulin et Ronan O’Gara ont – chacun à leur manière – brillé pour tromper leur amour d’antan. Pour Retière, c’est une habitude… En mai 2019, quand la Rochelle avait crucifié les Ciel et Blanc en barrage à Colombes, c’est déjà lui qui avait anéanti les espoirs franciliens en signant l’essai de la victoire.

Vendredi, c’est encore Retière qui a marqué le seul essai du match. Un soulagement pour son équipe, et pour lui après des mois difficiles. Entre mise à l’écart brutale du XV de France, blessures puis relégation sur le banc pour les phases finales de Champions Cup, il a connu sa traversée du désert. « On t’oublie vite, ça fait partie de la vie, confiait-il dans Midi Olympique vendredi. […] J’ai eu pas mal de soucis. » Lesquels se sont envolés le temps d’une demi-finale. Vendredi, Arthur Retière fut électrique. Portant le danger, par sa vitesse et ses appuis, dès qu’un ballon lui passait entre les mains. « Il avait été pas mal dans le dur ces dernières semaines, mais quand il nous sort une prestation comme ça, on retrouve le vrai Arthur, le vrai « Fifou » comme je le surnomme, se réjouissait son capitaine Romain Sazy. C’était un électron libre. » Rien de mieux que d’affronter le Racing pour le relancer. L’aventure aurait aussi pu être belle si le « roi Arthur » avait atteint les sommets avec l’équipe francilienne. Lui, le fils de l’ancien entraîneur des Bleus et actuel DTN Didier, lui-même enfant du Racing. Il y a été formé, il en était un talent en devenir, international dans les catégories de jeunes… Mais a dû s’exiler sur la côte atlantique en 2016, à 20 ans, pour éclore au haut niveau. Il ne totalisait qu’une seule apparition en Top 14 avec le Racing, neuf maigres minutes de jeu. Au Plessis-Robinson, on ne comptait pas vraiment sur celui qui jouait demi de mêlée et qui a développé ensuite sa polyvalence. « Arthur avait 18 ans et il était en recherche de temps de jeu, racontait son père il y a deux ans. Il a pris sa décision seul. […] Quitter un tel club était une prise de risque. La Rochelle n’avait pas le statut qu’il a aujourd’hui. » Voilà qui ressemble à une petite revanche sur le destin.

« On a vu leur patte »

Sur son essai vendredi, il fut parfaitement servi par une passe au pied de Brice Dulin. Autre joli clin d’œil. Lui aussi était apparu en difficulté, du moins essoufflé, dans la foulée du Tournoi des 6 Nations. Normal, tant l’arrière international avait enchaîné les sorties majuscules depuis l’été dernier. « Avoir un pic de forme et redescendre derrière, c’est dur à vivre », avouait-il vendredi. L’ancien Racingman a fait le dos rond et entamé sa remontée en puissance. « Il a serré les dents pour jouer et s’est bien reposé ensuite, notait son entraîneur Ronan O’Gara la semaine passée. On va voir LE grand Brice ce week-end, j’en suis certain ! » Il n’avait pas menti. À Lille, il fut impeccable, autoritaire sous les ballons hauts, précis au pied et décisif. Lui qui a quitté le Racing, presque à contrecœur voilà près d’un an, pour vivre une deuxième jeunesse.

À l’époque, les dirigeants franciliens avaient été contraints de faire des choix forts pour respecter les limites du Salary Cap. Zebo sous contrat, Beale en approche, il n’y avait plus de place pour Dulin… Il est parti et a réussi son pari, jusqu’à retrouver le numéro 15 en équipe de France. Et, forcément, sa connaissance de l’adversaire était précieuse en demie… « Pour Brice, il n’y a rien eu d’exceptionnel, il a juste été à son niveau, soufflait Teddy Iribaren après le coup de sifflet final. C’est un excellent joueur, un très bon relanceur, fabuleux sous les ballons hauts. » Dulin, lequel entretient un rapport singulier avec son entraîneur Ronan O’Gara depuis… le Racing 92, où l’Irlandais fut membre du staff entre 2013 et 2017. L’ancien ouvreur sait mieux que personne comment piquer ou conforter l’Agenais d’origine. La démonstration de vendredi, c’est aussi la leur. « On a vu leur patte, mais pas forcément parce qu’ils viennent du Racing », évacuait Iribaren. N’empêche, O’Gara a vu juste. « On sait que Ronan est un excellent technicien, reprenait le demi de mêlée. Il a analysé nos points faibles et les a trouvés puisque nous n’avons pas été assez efficaces dans notre couverture. » Et Maxime Machenaud d’ajouter : « Il savait qu’on délaissait certaines zones par rapport à notre montée défensive et les Rochelais l’ont très bien exploité. »

« Ils nous ont aidés »

Difficile de ne pas évoquer un rapport de cause à effet. C’est au Racing, aux côtés entre autres de Laurent Travers que Ronan O’Gara a appris le métier de technicien, s’est construit et a grandi. C’est là aussi qu’il a apporté sa science du jeu et sa soif de l’emporter. Lui, le compétiteur hors normes, avouait ainsi à son arrivée dans les Hauts-de-Seine : « Le Racing 92 n'avait pas de culture de la gagne, jusqu'à présent. Ce n'est pas un manque de respect pour les anciens mais, ces dernières années, on a seulement gagné le championnat de Pro D2. Être fier de porter des couleurs, c'est bien. Mais ça ne suffit pas. Il faut gagner, désormais. Et je ne dors bien que lorsque je gagne... »

Il a été champion de France en 2016. Impossible de ne pas effectuer un parallèle avec le Stade rochelais, ce club qui n’a pas remporté le moindre titre majeur dans son histoire, où il a débarqué en 2019. Entre-temps, il a passé deux saisons aux Crusaders – ce qui se fait de mieux au monde – pour combler son besoin de savoir. Il est revenu en Europe plus armé, plus ambitieux encore, lui qui sera numéro un du staff maritime l’an prochain. Au moment des retrouvailles avec son ex-employeur dans un rendez-vous couperet, l’ancien Munsterman ne manquait pas d’idées, trait qui lui colle d’ailleurs à la peau. Dans ces mêmes colonnes, il avait un jour expliqué qu’il avait eu celle de replacer Juan Imhoff à la mêlée après l’exclusion de Machenaud lors de la finale de 2016. Sortie modérément appréciée et jugée déformée par ceux qui composaient alors l’encadrement racingman avec lui. Vendredi, le staff rochelais a mis sur pied un plan parfait, lequel a étouffé son adversaire. Le vécu de Ronan O’Gara ne peut y être étranger... « Il a fait partie des meubles au Racing et il connaît cette équipe, son état d’esprit, comme Brice qui connaît pas mal de joueurs, notait l’entraîneur des trois-quarts Sébastien Boboul. Ils nous ont aidés. Mais on a croisé plusieurs fois cette formation et on sait comment la jouer. » Retière, Dulin et O’Gara, trois hommes et un coup fin.

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