2007 : irruptions de bleus chez les Bleus

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Tournée de Galère Nouvelle-Zélande 2007 Ce fut la première tournée parasitée par les impératifs du calendrier. Le XV de France de Bernard Laporte allia défier les All Blacks avec une équipe de réservistes et quelques grands noms à la recherche d’un repêchage qui, jamais n’arriva. Les scores furent très lourds, mais de ce marasme, naquit une icône inattendue, Sébastien Chabal.

Cette année-là, on a avalé la première arrête du professionnalisme. Les effets conjugués de la poule unique et de la Coupe d’Europe faisaient sentir leurs effets. Le XV de France qui préparait une Coupe du monde à domicile fut contraint de partir en tournée en Nouvelle-Zélande, privé des joueurs demi-finalistes du championnat, soit les gars du Stade français, Clermont, Toulouse et Biarritz. On cite pêle-mêle : Harinodoquy, Traille, Rougerie, Mignoni, Dominici, Pelous, Michalak, Poitrenaud, Dusautoir. Jamais on avait vu la France partir avec un groupe aussi dévalué a priori. « Ces tournées sont absurdes », avait tonné Bernard Laporte.

Un joueur de Pro D2 appelé

Le sélectionneur fut donc contraint de dresser une liste assez baroque, avec plus d’une dizaine de joueurs de Top 14, clairement loin du niveau international ; plus des espoirs très prometteurs, mais encore tendres comme les troisième ligne Damien Chouly et Fulgence Ouedraogo, 21 ans et 20 ans, champions du monde l’année précédente chez les moins de 21 ans. Il y avait même un joueur de… Pro D2, le pilier Franck Montanella, ambassadeur d’un FC Auch alors triomphant. « C’est un miracle, il y a deux ans, je jouais en Fédérale 1. » Ce gros tempérament était évidemment la curiosité du groupe. En plus, il ne se cachait pas derrière son petit doigt : « Je ne veux pas paraître prétentieux, mais j’adore la mêlée et que ce soit Carl Hayman ou un autre, je vais entrer sur le pré pour le tordre, comme si j’étais à La Rochelle ou à Dax. J’espère simplement que j’aurais la chance de jouer quelques minutes. » Dans le monde déjà trop aseptisé, ces déclarations nous avaient bien rafraîchis. Un autre pilier, le Berjallien Olivier Sourgens avait fêté ses 35 ans en janvier. Il promettait d’être le plus vieux débutant en Bleu de l’Histoire, mieux qu’Albert Cigagna.

À ce moment-là, on comprit l’infernal hiatus qui opposait les pays du Nord à ceux du Sud. Pour les uns, les tournées avaient perdu de leur prestige, elles étaient devenues des corvées de fin de saison. Les autres pestaient contre ces soi-disant grandes nations qui leur envoyaient des seconds couteaux.

Fidèle à lui-même, Bernard Laporte avait planté le décor avec franchise : « Avec cette équipe, on ne tirera aucun enseignement des résultats. 80 à 90 % de ceux qui feront le Mondial ne seront pas là. Les enjeux sont uniquement individuels… Je vais expliquer ça aux joueurs. Mais une fois qu’on a dit ça, on n’en parle plus. »

« Les enjeux uniquement individuels », l’allusion était claire. Parmi les 32 appelés, figuraient quelques grands noms piégés dans une situation ambiguë : Christian Califano, Thomas Castaignède, Olivier Magne, vrais seigneurs en fin de carrière. L’arrière Julien Laharrague, 28 ans et onze sélections, n’avait pas tout à fait la même aura, mais s’en rapprochait : « Je me souviens qu’il y avait ceux qui n’espéraient rien, ceux qui espéraient quelque chose et… ceux qui n’avaient pas droit à l’erreur. J’étais clairement dans cette dernière catégorie. » Quatorze ans après, il en parle avec détachement, Cette tournée sonna le glas de sa carrière, il fut même coupable d’un impair : « Grippé, je suis arrivé en retard à un entraînement. Je m’étais endormi. Je pense que ça m’a coûté le Mondial. Je sortais d’une bonne saison avec Sale, j’étais affûté, mais avec le recul, je ne regrette rien. Le truc qui reste positif, c’est que j’ai pu jouer en sélection avec mon frère, Nicolas. On avait débuté ensemble à Tarbes, on s’est retrouvés avec l’équipe de France, c’était moment fort. »

Bernard Laporte avait nommé un nouveau capitaine, Pascal Papé, valeur en pleine ascension. On pensait bien que cette distinction vaudrait quitus pour le mondial.

Quatorze essais encaissés en deux matchs

En tant que téléspectateur, on a gardé une image sombre de ces deux tests face aux All Blacks, les scores sont éloquents. 42-11 à Auckland et 61 à 10 à Wellington : quatorze essais encaissés. Même en sachant tout du contexte, on avait ressenti de la honte, pour le drapeau, mais aussi pour le rugby, seul sport à se dévaluer ainsi lui-même.

Quatorze Français avaient fait leurs débuts internationaux dans ces conditions, dont le trois-quarts aile de Bourgoin-Jallieu, Jean-François Coux, 27 ans, neuf saisons d’élite au compteur. Il marqua un essai au premier test face à Joe Rokocoko, un de ses adversaires habituels… à la Playstation. Pour lui, ce voyage aux antipodes n’eut rien d’une descente aux enfers : « Non, ce ne fut pas pour nous une tournée galère. On l’a savourée comme un moment génial, on savait que sportivement, ce serait compliqué contre les All Blacks, mais on était contents d’être là. En plus on s’est retrouvés à six ou sept Berjalliens. Tout était rocambolesque pour moi, j’ai été convoqué au dernier moment après le forfait de Pepito Elhorga, alors que j’allais partir en vacances. Je ne devais pas jouer le premier test, j’ai profité de la sanction de Laharrague. J’ai eu la chance de marquer sur un service d’Olivier Magne au pied. J’avais levé le bras, il m’a vu. Franchement, sur le premier test, nous n’avons pas été tant largués que ça. Je dis toujours, que je n’ai pas été physiquement impressionné par les All Blacks, dans les contacts, on a tenu la route à l’image de Sébastien Chabal. En revanche, ils m’ont sidéré par leur vitesse d’exécution. »

À l’intérieur du groupe l’atmosphère n’avait rien de plombé : « Nous n’avions pas de pression, avec les anciens, ça se passait très bien. Je me souviens de très bons moments avec Califano. » Envoyé spécial de Midi Olympique, Emmanuel Massicard confirme : « L’atmosphère n’était pas du tout sinistre. C’était au contraire une colonie de vacances. Olivier Sourgens par exemple, malgré ses 35 ans était heureux comme un gosse. »

Comment en vouloir à des joueurs honorés par ce choix, même s’ils ne se mentaient pas sur leur niveau réel ? Mais il y avait clairement plusieurs catégories parmi les 32. Vu de loin, on ne savait pas trop quoi penser du trio prestigieux Califano-Magne-Castaignède. On pressentait que la fin était proche pour eux et on souffrait de les voir coincés dans cette ornière en plein hiver austral. «Cali» 35 ans, n’avait plus été appelé depuis quatre ans. Il nous détrompe : « Non, ne vous inquiétez pas pour moi, cette tournée fut un très bon souvenir. J’avais débuté en 94 en Nouvelle-Zélande et je finissais l’aventure au même endroit. Bernard Laporte m’avait appelé pour me demander si je voulais y aller. Je lui avais répondu : Bien sûr, ça ne se refuse pas. »

La douleur de Magne et de Castaignède

Mais Olivier Magne et Thomas Castaignède, 34 et 32 ans jouaient encore leur carte à fond. Le premier ne cache pas les sentiments qui l’étreignaient : « Je n’avais pas fait le Tournoi, je jouais en Angleterre, aux London Irish, et j’étais handicapé par une blessure au pied. Mais je n’étais pas du genre à refuser une sélection par calcul. » Le troisième ligne a pris l’avion, le regard droit pour relever le défi et renverser les augures : « Je savais que ce serait dur face à des Néo-Zélandais impitoyables, mais j’ai relevé le défi. De toute façon, j’ai toujours pensé que ce n’est pas au joueur de refuser une sélection ou d’arrêter sa carrière. Ce sont les circonstances qui doivent l’imposer. » Il venait de vivre seize mois loin du maillot bleu. À discuter avec lui, on prend conscience de son état d’esprit, celui d’un vétéran prêt à se surpasser une dernière fois. « Je pensais que le staff ferait abstraction de certaines choses. Je n’étais qu’à 60 % de mes moyens. » On le sait, le pari fut perdu pour le flanker aux 89 sélections en dix ans. Son patriotisme et son goût du risque ne seraient pas récompensés. Il ne serait pas de la liste fatidique, épilogue amer d’un parcours de surdoué. Sur le moment, on ne l’a pas suffisamment perçu : « Bernard Laporte a en plus choisi l’option de rugby plus physique que celui que je représentais, il a pris Vermeulen et Martin (Vermeulen blessé laissa sa place à Dusautoir, N.D.L.R.). Oui, j’ai été déçu mais je m’en suis expliqué avec lui. Je ne lui en veux pas.» Olivier Magne ne vivrait pas sa dernière odyssée, une Coupe du monde à domicile pour aider ses cadets. Thomas Castaignède aurait aussi des mots d’amertume et de détresse confirmant qu’entre lui et Laporte, le courant n’était jamais vraiment passé : « Je me doutais bien que je n’allais pas en être. Au moment de la publication de la liste, j’étais un peu dans la peau d’un mec qui est en prison et qui sait qu’il va être guillotiné. Quand, à un moment donné, on te dit et on te répète que tu es l’arrière numéro un. C’est un peu comme si on me portait le gâteau d’anniversaire et qu’au moment de souffler les bougies, on l’avait enlevé. » (Sud-Ouest). Pourtant, cette tournée déstreuse sportivement fut «sauvée» par un phénomène totalement inattendu, la «Chabalmania». La carton sur Masoe au premier test, la mâchoire cassée d’Ali Williams. «On a vu monter le péhnomène, les unes «Caveman» surgir...» poursuit Emmanuel Massicard. Incroyable : la France prend deux piquettes historiques, mais lance médiatiquement son Mondial avec le phénomène Chabal, promu tête de gondole des BleusTosu les médias se l’arrachaient. . Impossible de s’en passer. Au cruel jeu des dominos, le jeune capitaine Pascal Papé, plutôt valeureux sur ce pénible séjour en hiver néo-zélanais manquera la fameuse liste.

Quatorze néophytes

Sur ces deux matchs, quatorze joueurs ont fait leurs débuts internationaux :

Damien Chouly, Jean-François Coux, Nicolas Durand, Michael Forest, Nicolas Laharrague, Gregory Le Corvec, Arnaud Mignardi, Franck Montanella, Olivier Olibeau, Julien Pierre, et Benjamin Thiéry au premier test ; plus Lionel Mazars, Fulgence Ouedraogo, Olivier Sourgens au second. Seuls Chouly, Pierre et Ouedraogo firent carrière ensuite avec les Bleus.

Quatre joueurs seulement sur les 32 sélectionnés firent la Coupe du monde en septembre suivant : Raphaël Ibanez, Sébastien Bruno, Sébastien Chabal et Nicolas Mas.

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Jérôme Prévôt
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