Buros, le goût des longues courses

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Il va découvrir l’équipe de France dans la foulée de sa fin de saison canon avec l’UBB. Retour sur un véritable enfant du ballon ovale qui a débuté le rugby à 5 ans.

Cette sélection de Romain Buros pour l’Australie, on l’a vraiment sentie venir. Vingt-trois fois cette saison, Christophe Urios l’a titularisé en Top 14, plus cinq fois en Coupe d’Europe. Le 19 juin à Lille, sa passe décisive pour Ben Lam sur le second essai bordelais, combinée aux absences des Brice Dulin et de Thomas Ramos finit de rendre sa convocation inéluctable.

Cet appel de l’arrière bordelais sous le maillot national, on l’avait subodoré bien avant les phases finales. On jure que c’est vrai, : il y a quelques mois, un entraîneur d’un club phare du Top 14, pourvoyeur de beaucoup d’internationaux nous avait glissés : "Tu les vois les matchs de l’UBB ? Tu l’as vu ce Buros ? Je m’étonne que Galthié ne s’intéresse pas à lui."

Quoi qu’il arrive cet exercice 2020-2021 restera celui de la consécration de cet arrière fin et délié qui bien sûr peut se décaler à l’aile, même si le 15 lui sied le mieux car il favorise ses longues chevauchées de pur-sang : "à l’aile, il faut plus d’explosivité et être très bon dans les duels. Je pense apporter plus à l’arrière, mais je préfère être à l’aile qu’au bord du terrain."

Mis à l’écart à Pau

Il a débarqué à l’UBB dans une certaine discrétion en 2018, un an avant Christophe Urios. Il sortait d’une année quasi-blanche à Pau. Avec la Section, il avait débuté dès 2015, à 18 ans. Il y joua treize matchs professionnels avant de disparaître des radars à partir de l’automne 2017. Les dirigeants béarnais n’avaient manifestement pas apprécié de le voir s’engager avec Bordeaux-Bègles si tôt dans la saison, il le paya cher. Mais sa décision était prise, l’UBB le voulait et lui voulait l’UBB.

"On m’a alors traité comme un vilain petit canard. J’ai eu du mal à le vivre, mais mes amis de Pau me comprenaient. Ils connaissaient les tenants et les aboutissants de ma décision et ça m’a aidé. Je ne m’entraînais plus avec le groupe professionnel, j’ai accepté car ça libérait des places pour d’autres jeunes, comme mon ami Mathias Colombet par exemple mais quand le staff pro a demandé à l’encadrement espoirs de ne pas me faire jouer, là j’ai trouvé ça vraiment difficile à vivre."

Une arrivée à Bordeaux dans la discrétion

Sa classe naissante n’était pas passée inaperçue et il avait été contacté par plusieurs clubs. Alors pourquoi l’UBB ? "Jusqu’au dernier jour, j’ai hésité. Mais j’appréciais l’identité de jeu de l’équipe, j’avais eu un bon contact avec Laurent Marti, la ville me plaisait, elle n’était pas trop éloignée de ma famille et ça permettait à ma copine de poursuivre ses études."

"Avant, j’avais très peu confiance en moi. Ce fut difficile d’arriver à l’UBB et de m’y sentir légitime. Je n’étais pas à l’aise dans la communication."

Il débarqua en Gironde sans fracas, fidèle à sa nature qui le porte vers la discrétion, voire la timidité. "Avant, j’avais très peu confiance en moi. Au début, à Aire-sur-l’Adour, je jouais demi d’ouverture car je préférais faire jouer les autres que m’exprimer vraiment. Ce fut difficile d’arriver à l’UBB et de m’y sentir légitime. Je n’étais pas à l’aise dans la communication, Christophe Urios m’en a beaucoup parlé. À mon poste, il faut s’exprimer sur les appels offensifs mais surtout sur le travail défensif car un arrière doit organiser la couverture. Et dans notre système, le numéro 15 doit être capable de suppléer le numéro 10, je pense avoir beaucoup progressé là-dessus. Il y a un travail de l’ombre à respecter en rugby, dans la circulation des joueurs car le grand public a tendance à ne voir que les grandes envolées."

Jeune, alors qu’il se contentait de faire jouer autour de lui, prisonnier de sa timidité, il vécut une expérience révélatrice : "Mon ami Mathias Colombet, qui joue actuellement en équipe de France à VII, avait eu un problème. Il avait arrêté le rugby pour faire de l’athlétisme et je l’avais suivi, tout en continuant à pratiquer le rugby. Ça m’a beaucoup apporté en technique de course." Romain Buros comprit sans doute à ce moment-là, qu’il pouvait aussi partir de loin, tenter des percées au long cours en ondoyant dans les défenses adverses. "Je n’ai pas eu de modèles, je n’étais pas été fan d’un joueur en particulier, même si j’ai retenu des qualités chez les uns ou les autres. La classe d’Israel Dagg, l’agressivité ou l’autorité de Mike Brown. Semi Radradra aussi m’a beaucoup impressionné."

La trajectoire de Romain Buros est une ode au rugby français traditionnel ; débuts dès l’âge de cinq ans à Aire-sur-l’Adour dans une famille d’amoureux de l’ovale, la branche paternelle a joué à Villeneuve-de-Marsan et un peu à Aire, la branche maternelle à Saint-Sever. Quand on commence si tôt, on se signale vite aux yeux des cadres techniques : "J’ai eu la chance d’être sélectionné très tôt, dès les moins de 14 ans, puis à quinze ans j’ai intégré le pôle espoirs de Bayonne, puis j’ai été appelé dans les sélections de jeunes. Je suis parti tôt de chez moi, c’est vrai mais je ne l’ai pas eu trop dure, je rentrais toutes les fins de semaine et la première année, je jouais encore à Aire-sur-l’Adour. J’ai plus souffert quand j’ai signé à Pau. Je naviguais entre Bayonne, Pau et Aire, je passais moins de 24 heures par semaine chez mes parents." Il se retrouva même chez les moins de vingt ans avec un an d’avance. Une satisfaction autant qu’une pression pour l’avenir.

Il a donc très tôt vécu les contraintes du monde professionnel, y compris en renonçant aux études qu’il ambitionnait : "Je voulais faire un DUT de génie civil, j’ai fait une année avant d’arrêter car il fallait aller dans un établissement de Tarbes et c’était dur à gérer. En plus j’ai été pris avec les moins de 20 ans avec un an d’avance, c’est peut-être un peu bête, mais j’ai eu plus la tête au rugby qu’autre chose car j’ai commencé à jouer avec les professionnels assez tôt. Mais je suis heureux d’avoir pu faire un BTS en alternance avec Total et même si ça a été compliqué, j’ai pu voir le monde du travail. C’était une formation intitulée "Assistance technique d’ingénieurs", c’est assez technique, on peut préparer une école d’ingénieurs ou être technicien dans pas mal de domaines. C’est vrai, je suis plutôt un matheux, j’ai toujours fait preuve d’une certaine logique."

Devenir maître d’œuvre

On imagine sans peine la difficulté de ces jeunes joueurs, sélectionnés très tôt dans des pôles d’excellence, pour se concentrer sur autre chose que le rugby. Au pôle espoirs de Bayonne, Romain Buros se retrouva au cœur d’une génération prometteuse, celle des Alexandre Roumat, Antoine Hastoy, Martin Laveau, Guillaume Ducat ; Quentin Lespiaucq-Brettes. "À Bayonne, j’ai aussi été très influencé par Pierre Perez, notre responsable. Je suis toujours en contact avec lui Il m’a fait évoluer en tant que joueur et en tant qu’homme. C’était notre deuxième père. Chaque conversation que j’ai avec lui est enrichissante. Il est très bon sur la globalité du jeu, sur la tactique. Sa vision du rugby est celle que j’aime. En plus, il m’a fait évoluer sur la question de la confiance en moi."

Cette question semble être au cœur du parcours de l’arrière aturin. Elle le situe à l’inverse de bien d’autres joueurs qu’on sent guidés par une foi inébranlable en leur propre destin. C’est la preuve manifeste de sa classe. Réussir comme ça chez les professionnels, ça nous paraît presque une gageure. "Je le répète, pour me sentir légitime, je voulais montrer ce que je valais et ça aurait pu me desservir, c’est vrai."

Discuter avec Romain Buros, c’est aussi se rendre compte que les trajectoires balisées par les sélections de jeunes ne sont pas forcément des sinécures. Elles cachent aussi leurs moments de doutes, leurs accrocs, cette pression de ne pas passer le cap que tout vous promet. Et de se retrouver privé des études enrichissantes qu’on n’a pas pu faire. Le DUT de génie civil qu’il n’a pas pu faire, en temps voulu, il le fait comme un dérivatif : "J’aime beaucoup le monde du bâtiment, la rénovation surtout. Je me vois bien reprendre une formation pour devenir de maître d’œuvre par exemple."

Digest

Né le : 31 juillet 1997 à Aire-sur-l’Adour (Landes)

Mensurations : 1,87 m, 89 kg

Poste : arrière ou trois-quarts aile

Clubs successifs : Aire-sur-l’Adour, Section paloise, Union Bordeaux-Bègles.

Premier match professionnel : 12 décembre 2015 : Gwent Dragons - Pau (Challenge européen). Débuts avec l’UBB : 1er septembre 2018 ; Stade français - Bordeaux-Bègles.

Bilan : 53 matchs de Top 14 (dix essais) ; 5 de Champions Cup ; 14 de Challenge européen (trois essais).

 

Le souvenir de Sale 

Au moment de citer son meilleur souvenir de joueur, Romain Buros va chercher un match de Challenge européen de l’UBB. Une obscure rencontre de poule à l’extérieur loin de l’attention médiatique alors que le club ne jouait plus vraiment la qualification :

"C’était à Sale, pour ma première saison à Bordeaux. Nous avions pris cinquante points à la maison le samedi d’avant contre le même adversaire. Nous étions allés gagner là-bas, avec une équipe très jeune. Les conditions étaient horribles, humides et froides. À la mi-temps, j’avais dû changer mes chaussettes tellement elles étaient mouillées. C’est un match qui m’a vraiment marqué, à cause de toute l’envie qu’on y a mis et pourtant, je n’avais touché que deux ou trois ballons."

C’était le 15 décembre 2018 sous l’autorité de Joe Worsley et Bordeaux l’avait emporté 17-14 avec deux essais du talonneur Florian Dufour et trois coups de pied de Baptise Serin.

Romain Buros jouait à l’arrière au sein d’une ligne de trois quarts très inexpérimentée avec Nicolas Plazy, Lucas Lebraud, Simon Desaubiès, Geoffrey Cros plus Lucas Méret à l’ouverture.

Il faisait presque figure de papa. Ceux qui connaissent le stade de Sale, perdu dans une zone périphérique, peuvent imaginer ce qu’on y ressent par une froide soirée de décembre. Mais les matchs fondateurs n’ont pas toujours besoin de cadre grandiose.

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