Pour les Rochelais, pas de champagne mais de la fierté

  • Court instant de communion entre les Rochelais et les supporters avant la réception à la mairie pour les Maritimes. Photo Jean-Christophe Sounalet
    Court instant de communion entre les Rochelais et les supporters avant la réception à la mairie pour les Maritimes. Photo Jean-Christophe Sounalet
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En bouclant sur un non-match une saison qui restera, néanmoins, à jamais gravée dans l’histoire du club à la caravelle, le Stade rochelais n’avait finalement pas le cœur à parader sur le Vieux-Port. Pas sans rien à soulever. Pas après ce scénario déconcertant, pour ne pas dire humiliant.

Tiens donc, il nous a fait le coup de la panne sèche. Lui aussi ! Comme un clin d’œil de l’histoire, le TGV matinal, au départ de Paris-Montparnasse, dans lequel s’étaient assis de nombreux supporters maritimes, n’a jamais démarré, samedi. Il a fallu changer tout ce petit monde de rame pour rallier La Rochelle, avec une heure de retard sur le programme établi. Qu’importe. De festivités publiques, il n’y a point eu, dans la cité des deux tours. Mis à part un court instant de communion avec les supporters, en marge d’une réception à l’Hôtel de ville (lire ci-contre).

«Ben alors, ils sont où les drapeaux ?», pouvait-on entendre devant la gare rochelaise. La réponse d’un passant a fusé : «En berne !» Au lendemain d’une inédite semaine de fusion, la vie touristique avait déjà repris son cours. Un samedi d’été comme un autre, en somme.

Tout était pourtant prêt, calé dans les moindres détails pour faire de ce samedi 26 juin une grand-messe hors-norme, à l’image de l’historique saison réalisée par ce club idolâtré bien au-delà des seules frontières de l’agglomération rochelaise. Des photos du bus à impériale spécialement affrété pour les festivités avaient d’ailleurs fuité, vendredi. Brennus ou pas, les joueurs devaient parader sur le Vieux-Port. Comme en 2014, au soir de l’accession en Top 14. À vrai dire, le dispositif était envisagé de longue date puisque le club à la caravelle avait demandé à la mairie de La Rochelle, avant la finale de Champions Cup en mai dernier, d’attendre la toute fin de saison pour organiser un évènement officiel. Finalement, vers minuit, changement de plan. Parade annulée. Esprits désenchantés.

C’est affreux à vivre

Au retour de Twickenham, déjà, Ronan O’Gara nous avait glissé avoir eu "honte" de se présenter les mains vides face aux supporters présents à la descente de l’avion. Pour autant, les Rochelais pouvaient se regarder dans le miroir, après avoir touché du bout des doigts un premier titre majeur. Un mois plus tard, la donne est bien différente. «Ce n’est pas nous. Ce n’est pas le reflet de ce qu’on a fait toute la saison, regrettait encore O’Gara, qui a déjà brandi le bouclier, en 2016, avec le Racing. Pour faire progresser le groupe, j’aimerais savoir pourquoi.» L’analyse attendra la digestion de ce que le groupe vit comme un choc. Vendredi soir, un immeuble de 36 étages lui est tombé sur la figure. Romain Sazy, hagard, à chaud, vendredi : «Le premier mot qui me vient à l’esprit, c’est "échec". La semaine avait été plutôt propre, le plan de jeu aussi. Ce soir, on ne mérite pas du tout de gagner. On a peut-être sorti notre plus mauvais match de la saison, on n’a même pas combattu. Le parcours est joli, c’est clair. Mais si tu te satisfais de ça, il faut arrêter tout de suite. Être deux fois vice-champions, c’est l’étiquette la plus dure à accepter. C’est affreux à vivre.». Bref, la coupe est pleine. À tous les niveaux.

Dans le cortège des supporters, il y a inévitablement des déçus. Des vexés de ne pouvoir communier comme il se doit. Mais la (très) grande majorité se montre compréhensive. À l’image des Bagnards et de leur président, Maxime Collin : «L’annulation de la parade était à prévoir, en cas de défaite. Je trouve ça logique. Il n’y a rien à fêter. Ok, on a fait deux finales historiques mais on a toujours la vitrine à trophées vide.» Quasiment du "ROG" dans le texte. «On n’a rien fait», objectait d’ailleurs, une semaine plus tôt, l’entraîneur en chef maritime au président Merling, si ému de voir son club s’ouvrir les portes du Stade de France. Qu’elles semblent banales, désormais, ces images de 2017 et ce défilé en bateau, deux jours après une défaite en demi-finale du championnat. Aujourd’hui, le peuple rochelais - on l’a entendu à maintes reprises samedi - ne veut pas voir son bébé «devenir le nouveau Clermont».

S’ouvre maintenant un chapitre de cinq semaines de vacances. À la reprise, Ronan O’Gara prendra les rênes. «Je suis fier d’être le nouveau leader de cette équipe. On ne va pas tout jeter à la poubelle», se projette l’ambitieux et tout aussi exigeant technicien irlandais. «On est des grands garçons. Il faut savoir se regarder. Je suis sûr que le caractère du groupe répondra, jure Sazy. On refera des guichets fermés, la vie redeviendra comme avant. J’espère qu’il y aura des beaux jours et un sacre pour ces supporters.» Le champagne ne demande qu’à sortir des cartons. Pour une «vraie» gueule de bois.

Les Rochelais décorés

Cinquante-six médailles de la ville, d’un coup. Accueilli en mairie samedi, pendant une heure, le clan maritime a reçu les honneurs des élus de l’agglomération, venus saluer «une saison d’exception, de rêve, dixit le maire rochelais Jean-François Fountaine. Soyez fiers. La plus belle victoire est sur l’adhésion du territoire.» Cérémonie marquée par une belle étreinte entre le directeur général Pierre Venayre et son président Vincent Merling, ému aux larmes : «On va digérer et assimiler tout ça, continuer à grandir pour espérer gagner un titre. On en a besoin. La grande communauté jaune et noire le mérite, depuis le temps. Ça va finir par arriver.»

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Romain ASSELIN
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