Toulouse, la leçon d’occupation

  • Antoine Dupont a parfois pris le relais de Thomas Ramos pour jouer au pied et renvoyer les Rochelais dans leur camp.
    Antoine Dupont a parfois pris le relais de Thomas Ramos pour jouer au pied et renvoyer les Rochelais dans leur camp. Midi Olympique - Patrick Derewiany
  • Antoine Dupont a parfois pris le relais de Thomas Ramos pour jouer au pied et renvoyer les Rochelais dans leur camp.
    Antoine Dupont a parfois pris le relais de Thomas Ramos pour jouer au pied et renvoyer les Rochelais dans leur camp. Midi Olympique - Patrick Derewiany
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En s’adaptant à la perfection à leur adversaire ainsi qu’aux conditions météorologiques, les Toulousains ont suivi à la lettre un plan servi par la poylvalence du duo Ramos-Kolbe et accéléré par la blessure précoce de Brice Dulin, face auquel les Rochelais n’ont jamais réussi à trouver de solution.

À quitte ou double. Pour trahir un secret d’alcôve, c’est ainsi que l’on avait qualifié devant son auteur le choix d’Ugo Mola que de repositionner Cheslin Kolbe à l’arrière plutôt que Maxime Médard, à l’heure de pallier le repositionnement à l’ouverture de Thomas Ramos, précipité par le K.-O. de Romain Ntamack. À dire vrai, au vu des prévisions météorologiques pluvieuses sur Saint-Denis, on s’était même quelque peu interrogé quant à la pertinence de ce choix, tant le pied gauche de Médard pouvait sembler précieux au vu des circonstances. Reste que le boss du Stade toulousain avait, comme souvent, un bon coup d’avance… En l’espèce ? Son plan consistait certes à placer Kolbe à l’arrière sur les phases offensives, mais surtout de le faire monter au centre en défense pour soulager Ramos des taches obscures pour mieux lui permettre de se concentrer sur son rôle d’ouvreur. Un rôle "hybride" que Maxime Médard n’aurait à l’évidence pas pu tenir, et légitimait après coup d’autant plus la titularisation de Kolbe avec le numéro 15, qui sut surveiller comme le lait sur le feu le véloce Raymond Rhule…

Une charnière encore parfaite à contre-emploi

Pendant que Kolbe plaquait dans le premier rideau, avant de se repositionner au fond du terrain dans un épuisant jeu de navettes aller-retour ? Thomas Ramos, lui, en profitait pour conserver toute sa lucidité. Un luxe qui lui permit de respecter à la lettre un plan dicté aussi bien par la pluie qui tombait sur Saint-Denis que par d’autres considérations stratégiques. En effet, sachant que La Rochelle présentait avant cette finale les meilleures statistiques d’occupation du terrain de tout le Top 14, Ugo Mola et ses hommes se doutaient que leurs adversaires se trouveraient dépourvus de solution s’ils devaient perdre cette bataille de l’occupation. Dans leurs propres 50 mètres, le plan des Haut-Garonnais était ainsi limpide : pas plus de deux temps de jeu avant de jouer au pied. À ce titre, Thomas Ramos délivra une partition de très haut niveau, à l’image de plusieurs touches indirectes remarquables où toute la panoplie du jeu au pied y passa, des vrilles pied gauche aux frappes décroisées. Avec un Antoine Dupont dont la précision des coups de pied dans la boîte fut tout bonnement métronomique (lesquels retombaient à chaque fois dans le couloir des cinq mètres, permettant à ses ailiers d’imposer une immense pression), la charnière toulousaine sut également profiter sans scrupule de la faillite des Rochelais sous les ballons hauts.

La fracture de Dulin,

premier tournant du match

Brice Dulin victime d’une fracture ouverte du petit doigt, l’arrière-garde maritime fut en effet très vite privée de son meilleur élément pour résister au bombardement aérien de Toulouse, Leyds et Retière connaissant notamment d’énormes difficultés sous les chandelles. Ce que Toulouse ne se priva pas d’exploiter, quitte à parfois renier leurs préceptes de jeu à la main en bottant notamment directement des chandelles sur plusieurs coups francs accordés par M. Raynal. Car l’intelligence situationnelle, c’est aussi ça, oui…

Les deux premiers drops de la saison,

symboles d’intelligence tactique

D’intelligence ? C’est justement de cela qu’il fut encore question, lorsqu’il s’agit pour les Toulousains de valider tous leurs temps forts. Alors qu’ils n’avaient pas inscrit le moindre coup de pied tombé de la saison, les Toulousains ont attendu le meilleur moment de la saison pour frapper des drops, à l’image de ce coup de pied de Ramos dès la 9e (d’autant plus surprenant que les Toulousains n’étaient même pas en situation d’avantage !) qui donna un premier coup sur la tête aux Rochelais, avant que l’énorme frappe de Cheslin Kolbe depuis le milieu du terrain joue le rôle d’assommoir. Un hasard ? Pas vraiment, tant le staff rouge et noir rabâchait depuis de longues semaines à ses joueurs l’importance des drop-goals en phase finale. De fait, même si ces deux coups de pied n’ont pas été à proprement parler "préparés" collectivement, difficile de voir pour autant dans ces situations autre chose que du pragmatisme, les hommes de Mola sachant pertinemment qu’entre la pluie et la forte densité du rideau rochelais, trouver des espaces sur les extérieurs paraissait illusoire. Forts de leur avance de 12 points, les Toulousains n’avaient ainsi plus qu’à gérer leur deuxième période en renvoyant inlassablement les Rochelais dans leur camp, à qui l’on peut probablement reprocher de n’avoir jamais su trouver de plan B et de s’être enferrés dans leur stratégie. Quand bien même il semblait difficile de faire autre chose sous une pluie diluvienne, l’enjeu d’un Brennus valait peut-être de tenter quelque chose…

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Nicolas ZANARDI
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