Martin : « Je veux sauver des gens par la foi »

  • Jean-Louis Martin était le pilier droit de l'ASBH, club avec lequel il fut huit fois champion de France. Jean-Louis Martin était le pilier droit de l'ASBH, club avec lequel il fut huit fois champion de France.
    Jean-Louis Martin était le pilier droit de l'ASBH, club avec lequel il fut huit fois champion de France. Pierre Saliba - Pierre Saliba
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Pilier droit du Grand Béziers, qui domina le rugby de 1971 à 1984, Jean-Louis Martin, huit fois champion de France, s’est engagé auprès de l’église évangéliste depuis vingt-cinq ans. Il raconte comment la foi l’a sauvé du suicide et lui a fait aimer la vie pour de bon.

Il y a cinquante ans, en mai 1971, Béziers remportait la finale à laquelle vous aviez refusé de participer afin de laisser votre place à Jean-Pierre Hortoland...
Je vais vous faire une confidence, je ne l’ai jamais dit à personne, ce jour-là, à Bordeaux, contre Toulon, je souhaitais que mon équipe perde. Même si je m’étais composé un personnage « d’encourageur », je vivais un tel conflit intérieur que j’aurais préféré une défaite des miens.

Est-ce une mauvaise pensée ?
Une très mauvaise pensée. J’étais le seul de l’équipe à avoir vécu de près la finale de 1961, la première remportée à l’ASB. J’avais 13 ans. Mon père m’avait empêché d’attendre le retour des champions, vers minuit, mais c’est comme j’y avais participé. Le lendemain, au collège, j’ai dit à mes copains que j’y étais.

Ce n’est qu’un petit mensonge...
On m’a tellement raconté ce que je n’ai pas vu… Du coup de sifflet final jusqu’à 20 heures, je m’étais promené dans les rues. La marée humaine était à son comble quand les joueurs sont arrivés. Cette vision alimenta mon imagination d’adolescent. Alors, quand j’ai commencé le rugby, à 15 ans, en 1963, mon rêve était déjà de ramener ce Bouclier à Béziers. Dix ans après, je suis en passe de le faire mais je me blesse en match amical à La Voulte avant les quarts de finale. Je vais à Paris voir un spécialiste, un sorcier, Émile Wanono, un masseur fort réputé pour avoir soigné la pubalgie de Just Fontaine avant le Mondial 58. Je reste une semaine chez lui. Il me renvoie à Béziers affirmant que je suis guéri. Lors du dernier entraînement, le vendredi, la déchirure se réveille. Je déclare forfait. Alors, Armand Vaquerin, qui était gaucher passe à droite, et Jean-Pierre Hortoland entre à gauche. Armand, âgé de 20 ans à peine, s’était imposé par sa vaillance et son dynamisme. Hortoland, lui, s’engageait moins, mais avait une excellente tenue de mêlée.

Sur une photo très célèbre, prise en demi-finale 71 contre Agen, Hortoland avait monté au plafond le pilier adverse Jean-Claude Avi...
Hortoland l’avait mis sur le toit. De l’autre côté, il y avait Armand, ce n’était pas sa place mais ce fut sa meilleure saison.

Vraiment ?
Il était au Bataillon de Joinville, il s’entraînait tous les jours. Il était rayonnant. Après, il a joué sur ses acquis. Laissant tomber l’entraînement. Quand il a pris en main le bar de ses parents, sa vie a dégénéré. Au départ, nous sortions ensemble, mais ses fréquentations ne nous plaisaient pas. Elles l’ont amené ailleurs. C’était un garçon adorable mais le succès et la gloire ne lui ont pas fait du bien. Je garde en moi l’image d’Armand en finale contre Toulon, celle d’un joueur généreux. C’est mieux comme ça.

Si vous l’aviez voulu, vous auriez pu en être...
Après la magnifique demi-finale, j’ai compris que je ne pouvais pas faire sortir Hortoland. J’étais pourtant le capitaine du pack. Je ne suis pas allé voir notre entraîneur Raoul Barrière pour lui demander de reprendre ma place alors que j’étais guéri. Je n’avais pas de relation avec lui.

Étiez-vous fâchés ?
En 1970, j’avais pris la tête d’une cabale visant à faire partir Raoul Barrière et à faire revenir Pierre Danos. Lors d’un déplacement de début de saison, il avait volontairement laissé repartir le bus d’Aix-en-Provence sans Alain Estève et Richard Astre, partis se promener. Je m’étais mis en colère, nous nous étions sévèrement engueulés. Le soir, j’ai dit à l’équipe que le comportement de Barrière était inadmissible et qu’il fallait aller voir notre président, Georges Mas, pour le faire virer. J’avais 20 ans.

Vous n’aviez peur de rien...
J’étais à la fois inconscient et téméraire, en pleine période estudiantine. En junior, en 1969, j’étais capitaine de l’équipe championne de France. Ce statut me donnait une certaine autorité. Beaucoup en voulaient à Barrière pour ce qu’il avait fait et pour d’autres comportements. Le mercredi après l’incident, j’ai demandé à l’équipe de voter pour démettre Barrière. On s’est retrouvés à quatre contre le reste de l’équipe.

Revenons à 71, comment s’est passé votre retour à Béziers ?
J’ai noyé mon chagrin dans l’alcool. Je me suis saoulé et je n’ai pas arrêté de pleurer. Exception faite de cette finale non jouée, l’année 71 fut magnifique pour moi. En fin d’année, je deviens international. Mon sort se joue à Tarbes en début de saison où nous avons amené la grosse équipe. Elle domine largement celle du Stado. À la mi-temps, Georges Mas annonce qu’il y aura une prime en cas de succès, ce qui n’était pas le cas à chaque sortie. Un avant, Olivier Saïsset, je crois, l’apostrophe : « Et si nous marquons six essais ? » « Je la double. »

Et alors ?
Le match se termine par un 30-3 en notre faveur. Poussée principalement par l’appât du gain, l’équipe se démène jusqu’à la dernière minute pour marquer ce fameux sixième essai. Ce jour-là. Fernand Cazenave, entraîneur de l’équipe de France, est dans les tribunes. Il cherche des joueurs pour Galles B - France B. Il dit à Raoul Barrière : « Il me faut tes piliers. » Il lui répond : « Surtout, ne te trompes pas. Prends Hortoland et Vaquerin, ce sont les meilleurs. »

Barrière était donc très rancunier...
C’était un trait de son caractère. Cazenave avait besoin d’un patron et il m’a sélectionné avec Armand Vaquerin. Je joue contre Galles B. J’enchaîne face à l’Écosse B. Les Australiens débarquent en France en suivant, je suis sélectionné pour le deuxième test, disputé à Colombes. On me nomme capitaine du pack. On gagne. Je fais un match plutôt correct, c’est ma première troisième mi-temps parisienne. Quelques jours plus tard, je fais partie du pack de l’équipe de France qui atomise la Roumanie à Béziers. Je tiens ma revanche contre Barrière. Je retrouve mon autorité dans le groupe. Robert Barran, le célèbre journaliste, ancien joueur du Stade toulousain, écrit que je suis le nouveau Lucien Mias. C’était trop.



Un pilier droit peut bien avoir de l’ego...
Ça ne m’a pas aidé. Quand Barran l’a écrit, il était sans doute sincère mais il y a des compliments qui sont des cadeaux assassins. L’orgueil mène le monde. Il faut garder l’amour-propre mais jeter le reste. En 1972, je dispute mes deux derniers matchs en équipe de France. Après la défaite en Écosse, cinq Biterrois : Vaquerin, Estève, Saïsset, Yvan Buonomo et moi sont appelés. Nouvelle défaite, la greffe n’a pas fonctionné.

Pourquoi donc ?
Pierre Villepreux voulait jouer tous les ballons en première main avec lui intercalé. Pour nous, Biterrois, il était hors de question d’attaquer de la sorte, c’était déjouer. Nos fondamentaux nous l’interdisaient : attaquer, c’est d’abord avancer pour chercher très vite le premier défenseur au delà de la ligne d’avantage. J’avais trouvé dépassé ce que voulait Villepreux. Mais ce rugby proposait du spectacle et donnait de la joie au public ce qui n’était pas toujours le cas dans le système biterrois.

Pourquoi, dans les années 70, le rugby se jouait-il debout au niveau des avants ?
Pour ne pas se faire ressemeler ; pour ne pas s’éliminer en tombant ; pour continuer à progresser en se donnant le ballon. Un avant qui passait par le sol à l’impact avant d’avoir donné le ballon se faisait drôlement engueuler par Barrière.

À propos du ressemelage, pouvez-vous nous en dire plus ?
Les arbitres ne voyaient rien. Ils fermaient les yeux. De telles pratiques étaient courantes. Dans chaque équipe, il y avait des mecs qui filaient des coups de pompes. Ce n’était pas glorieux.

Quels rapports avez-vous entretenus avec Raoul Barrière ?
On ne s’est pas parlés, on s’est évités. Raoul m’a poussé à partir pour Toulon en 1974. Je lui en ai voulu. Plus tard, on s’est réconciliés. J’ai été heureux que Richard Astre me demande de porter son cercueil le jour de l’enterrement de Raoul. Je l’ai fait avec honneur et fierté.

Cette tension fut-elle la première de cette équipe ?
Oui, et il y en a eu d’autres. Entre André Lubrano et Elie Vaquerin en 1972. Entre Armand Vaquerin et Jean-Louis Hortoland, ce dernier préféra partir à Narbonne. Dans un groupe bien géré, ces tensions se seraient dissipées. Encore eut-il fallu que la direction sportive ait cherché à dialoguer.

Mais Barrière n’aurait-il pas pu le faire ?
Vous me faites dire beaucoup de choses. Mais cinquante ans après, il est peut-être temps.

Donc, cette direction sportive…
Raoul était un prof de gym à l’ancienne. Il avait l’habitude de gérer des enfants, comme à l’armée. Quand les joueurs sont devenus un peu plus adultes, matures et internationaux, ce qui fut le cas des trois-quarts de l’équipe, ils pensaient avoir inventé le rugby. Moi le premier, j’ai pris la grosse tête. À partir de ce moment-là, c’est d’un diplôme en psychologie qu’il faut pour entraîner. Raoul Barrière n’avait pas ça en poche. Il était sérieux, plus gueulard qu’autoritaire.

« Raoul Barrière m’a poussé à partir pour Toulon en 1974. Je lui en ai voulu. Plus tard, on s’est réconciliés. J’ai été heureux que Richard Astre me demande de porter son cercueil le jour de l’enterrement de Raoul. Je l’ai fait avec honneur et fierté. »

Mais vous écornez un peu le mythe...
On m’a toujours reproché ma transparence.

Est-ce une qualité ?
Oui, une énorme. Petit, on m’a inculqué quatre principes : ne te mens pas, ne mens à personne, sois miséricordieux avec les pauvres et reste intransigeant avec les puissants. Ce sont les piliers de mon éducation familiale. Je les ai retrouvés plus tard quand j’ai été rattrapé par la foi. J’avoue avoir beaucoup menti dans la vie. Comme tout le monde. Je lisais dernièrement ceci dans « On ne badine pas avec l’amour » de Musset : « Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels. » Il n’épargne pas non plus les femmes dans son texte. Le mensonge avilit l’homme.

Pourquoi avez-vous quitté Béziers pour Toulon en 1974 au lendemain d’une victoire en finale contre Narbonne alors que votre cœur est biterrois ?
Cette saison 73-74, je suis titulaire à droite. Je me sens bien dans cette équipe mais je suis sans travail et je viens de rencontrer ma future femme. J’ai une licence en physique et chimie mais mon savoir n’est que théorique. Je passe beaucoup de temps à jouer au poker.

Ah bon, venant de vous, c’est surprenant...
J’étais un joueur correct. Pour rendre le poker intéressant, il faut mener de longues parties. Quand vous jouez douze heures de rang, de 18 heures à 6 heures du matin, la chance n’a plus rien à voir. Ce sont toujours les meilleurs qui gagnent à la fin. C’était un poker fermé, à l’ancienne, où la psychologie tenait une grande place. J’étais accroc à ce jeu. L’argent me brûlait les doigts J’ai mis un terme à des années de bamboche quand j’ai rencontré ma femme, Monique.

Les parties étaient-elles intéressées ?
Très très intéressées. Je complétais mes revenus avec ça. En 1967, à l’ASB, je touchais deux fois le Smic. Avec les primes de matchs, cela faisait trois fois. Tout ça au black, sans impôts. Nous étions relativement bien payés car l’entreprise Astre du président Georges Mas était florissante. Après 1974, ce fut pour lui la dégringolade. Les comptes de l’ASB furent redressés et les salaires gelés. En 1984, quand j’ai arrêté de jouer, je touchais la même somme qu’en 1970.

À votre retour, en 1976, comment est l’équipe ?
Encore mieux qu’avant. Elle a intégré deux énormes joueurs, Alain Paco, qui fut en 1977 le meilleur talonneur du monde, et Michel Palmié. Réfléchi, mature et toujours gaillard, le groupe n’est pas aussi affamé qu’en 1971. N’oubliez pas que cette année-là, les huit avants ont entre 20 et 25 ans, sept deviendront internationaux. Une équipe de ce type bien managée, et avec moins de caractériels, aurait dû être championne de France tous les ans pendant une décennie.

Les caractériels, c’est toujours utile dans une équipe.
Parce qu’ils se sentaient arrivés, pas mal de joueurs n’ont plus fait de sacrifices. Certains n’ont jamais fait un footing et des abdominaux en dehors de l’entraînement collectif. Si Jack Cantoni s’était autant entraîné que Pierre Villepreux en son temps, il serait devenu le meilleur arrière du monde.

Êtes-vous pour quelque chose dans l’éviction de Barrière en 1978 ?
Pas du tout. Cette affaire m’a complètement dépassé. À ce moment-là, je suis patron du jeu d’avants et rien d’autre. L’année précédente, j’ai repris une entreprise de 40 salariés, et je travaille beaucoup. Après la finale de 1978, je ne pars pas en tournée au Canada avec l’équipe. Barrière non plus. Alain Estève est adoubé comme le parrain des jeunes de l’équipe. Pour comprendre ce qu’il s’est passé à l’automne 1978, il faut remonter à l’année précédente. En finale 77, la troisième ligne est composée d’Olivier Saïsset, d’Alain Estève et de Jean-Luc Meiser, le gendre de Barrière. Arrive la composition de l’équipe pour la phase finale 78. Il n’y aucun problème sauf en troisième ligne. Barrière réunit la commission d’équipe pour procéder à un vote car ils sont cinq pour trois places : Alain Estève, Jean-Luc Meiser, Christian Pesteil, Pierre Lacans et Olivier Saisset. Ce dernier est indiscutable. Il va rester deux places pour quatre joueurs.

Des problèmes de riches...
Oui. Nous sommes sept à voter dont Olivier Saïsset, Richard Astre et Raoul Barrière. Au final, le vote est le suivant : 7 voix pour Saisset, 4 pour Estève, 4 pour Pesteil, 3 pour Lacans, 3 pour Meiser. Estève a pensé que Raoul avait voulu le vider de l’équipe. Le Grand en a éprouvé une haine tenace contre lui. Entre les deux, l’atmosphère est devenue pensante. Alain s’est montré injurieux. Publiquement, il l’a traité plus d’une fois « d’enc… ». Barrière demanda sa tête. Les joueurs se réunirent et votèrent massivement pour Alain. Barrière n’a eu que trois voix dont celle de son gendre et d’Armand Vaquerin.

Et vous ?
J’ai voté pour Estève. Je savais ce que je lui devais. Je me rappelle avoir pris la parole avant le vote. J’ai dit que l’on ne pouvait pas exclure quelqu’un pour un motif autre que sportif. Tout ça a mis de la zizanie entre Armand Vaquerin et Alain Estève.

En vous écoutant, on a l’impression que malgré les titres successifs, Béziers a connu pas mal de tiraillements et de conflits pendant son heure de gloire.
Les conflits sont nécessaires. Ils ont eu sur la vie du groupe un effet régénérateur. Sans ça, jamais l’équipe ne serait allée jusqu’en 1984. Elle gardait intact ce goût du Parc et du Bouclier, ça l’excitait. Tous les trois ans, comme en 1973, 1976, 1979 et 1982, on prenait une bouffe, ça nous remettait en selle. Je voulais arrêter en 1983 après la victoire contre Nice. Finalement, j’ai remis ça en me disant que nous allions gagner encore en 1984. Je m’appuyais sur la série mathématique de nos succès : 71-72, 74-75, 77-78, 80-81. Il était écrit que le Bouclier resterait à Béziers en 1984.

Y a-t-il une explication à cette succession de chiffres ?
L’explication est en haut. C’est la providence. Après ce dernier titre, les anciens sont partis. À ce moment-là, Béziers avait encore une grande équipe mais n’était pas un grand club. Pas à la mesure du Stade toulousain, par exemple. Le futur n’avait pas été anticipé. Les installations sportives manquaient. En partant jouer au stade de la Méditerranée, l’ASB a perdu son âme, restée définitivement à Sauclières. Mais croyez-moi, l’événement qui a fait le plus mal à l’ASB est le décès accidentel de Pierre Lacans en 1985. C’était un très bon capitaine, un ciment pour l’équipe, un gars dans l’affectif.

Quel souvenir gardez-vous des quatre ans passés à la présidence du club ?
J’y arrive en 1988 au terme d’un long combat. Pendant ces quatre années, je suis assassiné à longueur de colonnes par le magazine « Chaud devant », ça me fait un mal terrible. Comme les critiques après la défaite en demi-finale, contre Bordeaux-Bègles, en 1991. C’est à ce moment-là que je reçois un coup de téléphone de Jean Fabre. Il veut que je devienne manager de l’équipe de France que Pierre Villepreux entraînera. Je dis oui mais Fabre est blackboulé. Je retourne au plus près de l’ASB et c’est là que je sens un stress énorme me tomber sur les épaules. À Béziers, je me cachais derrière la tribune de presse pour repousser la pression. Je me sens en situation d’échec. J’abandonne la présidence en 1992. Trois ans plus tard, je connais une grave dépression, accentuée par un problème cardiaque. J’ai 48 ans. Je pense m’en sortir comme ça, avec le temps. Mais non, je tombe dans un tel état d’abattement que lorsque je rencontre un psy, je suis déjà en plein burn-out.


Comment cela se manifestait-il ?
Par un profond état de mélancolie, par des insomnies chroniques. Je veux mourir, me filer en l’air. Je dors une heure par nuit, le reste du temps je suis étouffé d’angoisse. Je me suis battu tous les soirs pendant un mois pour ne pas monter au neuvième étage de l’immeuble pour me jeter dans le vide. Le psy décide de m’hospitaliser. Je me retrouve dans une chambre avec un autre patient qui a la tête d’un psychopathe. Je préfère rentrer chez moi avec mon épouse. Je suis hospitalisé à domicile et c’est à ce moment-là que ma vie prend un tour nouveau et je m’engage dans une démarche spirituelle.

Comment est-ce arrivé ?
En parlant avec notre employée de maison et amie, Isabelle. Je la vois sourire, chanter, heureuse alors que je souffre au plus profond de moi. Sa bonne humeur m’énerve et d’une certaine manière, je lui en veux. « Je vous vois toute gaie, lui dis-je, vous ne devez pas savoir ce qu’est de vivre une dépression. » Elle répond : « Vous voulez voir mon dossier médical ? Je suis une ancienne maniaco-dépressive, j’ai fait de nombreux séjours en hôpital psychiatrique et tout un tas de tentatives de suicide. » « Et vous vous en êtes sortie comment ? » « Par la foi en Jésus Christ, avec des amis chrétiens. » Elle me raconte son histoire. Isabelle m’invite à un repas où des gens témoignent de leur changement de vie après avoir rencontré Dieu. Cette association s’appelle « Les hommes d’affaires du plein évangile ». Ces sont des évangélistes. À ce moment-là de ma vie, je m’accroche à tout.

Quels effets ont eu cette première rencontre ?
Il y a un appel à la prière pour ceux qui veulent se convertir. Je me lève, je prie. Je rentre chez moi et j’oublie de prendre mon traitement à base d’antidépresseur, d’anxiolytiques et de somnifères. Je passe une très bonne nuit, la meilleure depuis de nombreuses années. C’est un véritable miracle. Je m’interroge : « Et si c’était vrai ? Et si le Dieu dont on t’avait parlé pendant ton enfance, n’était pas un père fouettard mais un Dieu plein d’amour qui répondrait aux prières ? » Cela pourrait changer ma vie. Une quête commence, elle dure depuis vingt-cinq ans. J’ai connu beaucoup d’épisodes. Il me faudrait des jours pour raconter tout ça. J’ai retrouvé le sommeil, les pensées suicidaires ont disparu alors que je vivais un match contre la mort.

Êtes-vous en train de le gagner ?
Je suis apaisé et aussi dans une joie permanente quelles que soient les épreuves. Je ne croyais pas ça possible. Je m’appuie sur la foi jour après jour, sur la lecture de la bible. La vie chrétienne est un combat. Je suis un véritable chrétien, de ceux qui s’inspirent des apôtres, des disciples de Jésus Christ. Je suis dans le monde, je témoigne en permanence malgré les lazzis et les moqueries.

Comment vos proches ont-ils pris cela ?
Au début, ma famille a rigolé, puis elle a respecté mon choix. Mes proches, en me voyant entrer dans une église évangéliste, ont cru que je m’étais fait prendre par une secte, qu’elle allait me piquer mon pognon.

Qu’en est-il ?
Rien de tout ça. Je suis chez les évangélistes : mes amis sont restés mes amis, idem pour mes relations. Je ne m’inscris pas dans une démarche communautariste. J’ai une famille spirituelle et une famille tout court. Mon épouse m’a accompagné dans cette aventure. Je me sens parfaitement équilibré. J’ai compris que ce stress qui me hantait, cette dépression dans laquelle je suis tombé venaient de mon caractère d’enfant complexé et timide. J’ai hérité des gênes de ma mère, une réfugiée espagnole, qui vécut les mêmes tourments. Elle fut une mère magnifique, travailleuse. Je me suis posé des d’objectifs très élevés dans la vie, j’ai été trop ambitieux, j’ai pris la grosse tête. Je me suis planté. La réussite sportive et professionnelle ne me suffisait pas. J’en voulais davantage. L’orgueil a précipité ma chute. Il faut se souvenir de la fable du grillon de Florian qui se termine ainsi : « Il en coûte trop cher pour briller dans le monde. Combien je vais aimer ma retraite profonde ! Pour vivre heureux, vivons caché. »

Comment vivez-vous votre engagement au jour le jour ?
En témoignant de ma foi. Je la fais partager. En venant à elle, tu peux trouver la vie éternelle. Si tu ne te mets pas en relation avec Dieu, où iras-tu si quelque chose de grave survient ? Je veux sauver des gens par la foi. J’ai eu la passion du rugby, aujourd’hui, j’ai la passion des âmes.

À qui parlez-vous ?
À des personnes âgées dans des maisons de retraite. Je vais entamer une série de conférences dans la France entière. Je ne suis pas un prédicateur, mais maintenant, je peux parler en public sans être intimidé. Avant, j’avais des idées et je n’arrivais pas à les exposer clairement à l’oral. Je me servirai de mon histoire de l’ASB pour témoigner, je l’ai raconté dans mon livre.

Vous sentez-vous libre ?
Entièrement.

Et heureux ?
Jeune, je ne croyais pas que le bonheur puisse exister. Je ressentais des joies, des peines mais jamais un sentiment de bonheur en continu comme maintenant.

Si quelqu’un vous disait : « Jean-Louis, réveille-toi, arrête avec ça ! » Que lui répondriez-vous ?
Je sourirais car je suis sûr de mon fait. Certains chrétiens nous trouvent trop orgueilleux car nous avons cette conviction de savoir. Moi, je ne dis pas : « Je sais, je sais. »

Si je vous dis que Dieu merci je suis athée. Que me répondez-vous ?
On peut être heureux en ne croyant pas. Il est possible d’atteindre la sérénité par d’autres voies mais ça ne sauve pas.

Que faire alors ?
Se repentir, se convertir. Tu connaîtras un bonheur inégalé. Dieu est amour mais tous n’iront pas au paradis.
 

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