Kolbe, les quatre vérités d’un champion

  • Cheslin Kolbe a passé un surprenant drop de 50 mètres en finale du Top 14.
    Cheslin Kolbe a passé un surprenant drop de 50 mètres en finale du Top 14. Patrick Derewiany - Midi Olympique
Publié le , mis à jour

Vendredi soir, Cheslin Kolbe a épaté tout son monde avec un drop-goal exceptionnel. Il a aussi été précieux de par son activité dans les tâches obscures. Après une période de moins bien, le Bok a su répondre présent le jour J. Le champion a parlé. 

« J’ai tapé à l’instinct »

Cette finale restera dans l’histoire pour deux raisons : le doublé du Stade et l’exceptionnel drop-goal de Cheslin Kolbe. « Il a eu un début de match un peu difficile mais il sort du chapeau quand il faut, décrit Clément Poitrenaud. Ça veut tout dire. » À la 40e minute, le Springbok a claqué de plus de 50 mètres une merveille de coup de pied. Avec dix mètres de marge.

Et sur une action anodine, à première vue : « Je ne sais pas ce qui m’est passé par la tête, pour être honnête, raconte l’intéressé. Quand Antoine me transmet la balle, je me dis qu’il faut continuer à les mettre sous pression. À l’instinct, j’ai tenté ma chance et tapé dans le ballon. Quand j’ai vu que ça passait entre les poteaux, j’ai été le premier surpris parce que, dans la semaine, je n’étais pas en réussite. Je suis content que l’audace ait payé. »

La technique, aussi. Capable de jouer arrière, ailier, ouvreur voire demi de mêlée, doté d’un QI rugby au-dessus de la moyenne et d’une longueur au pied insoupçonnée, Cheslin Kolbe possède la panoplie du joueur ultime. Bien au-delà de ses déroutants appuis ayant forgé sa renommée depuis son bord de ligne. Vendredi soir, le Bok a créé du danger sur deux courses, échappant notamment à Arthur Retière pour offrir un frisson à tout le stade (23e).

Mais, à l’exception d’un en-avant sur une relance anodine (18e), il a surtout été précieux partout ailleurs : en défense où, re-positionné au centre, il a repoussé les assauts adverses, arrachant même un ballon à Raymond Rhule ; dans le jeu aérien où il a répondu aux chandelles par des réceptions rassurantes ; et donc dans le jeu au pied, avec ce drop-goal venu d’ailleurs mais qui ne tient en aucune façon au hasard. Seul un grand joueur aux multiples talents en est capable. 

« La saison n’a pas été simple mais j’ai gardé confiance » 

Cheslin Kolbe n’avait plus inscrit de points depuis le 12 février et douze matchs. « Ça n’a pas été ma meilleure saison, vous avez rappelé que je n’avais pas marqué depuis douze rencontres, évoque-t-il. Il y a eu cette blessure que j’ai traînée au début et je n’ai pas été régulier après, j’en suis conscient. Ça n’a pas été simple. »

Et alors ? S’il a perdu son efficacité offensive en cours de saison, le Sud-Africain a conservé intacte son assurance. En lui et en ses capacités : « Avec le soutien de ma famille, de mes enfants, de mes proches en Afrique du Sud et de mes incroyables partenaires et entraîneurs, j’ai pu garder confiance. Ils ont continué à croire en moi. C’était vraiment tout ce dont j’ai besoin. Quand vous n’êtes pas à votre meilleur niveau, il y a toujours des gens pour vous le rappeler mais je sais ce dont je suis capable et ce que je peux apporter l’équipe. Je voulais montrer que même quand l’on fait des erreurs et que l’on est moins bon, il ne faut pas douter.  »

Au Stade de France, l’Oscar Monde Midi Olympique 2019 n’a pas marqué d’essais mais sa présence a compté. La promesse a été tenue et sa mission accomplie : « J’aurais vraiment beaucoup aimé marquer. Mais ça ne dépend pas que de moi, vous savez. Si j’ai pu créer une différence en faveur de l’équipe, j’estime que mon travail a été fait. Ce qui importe, c’est que l’équipe gagne, pas que j’inscrive un essai. Je suis resté concentré sur ce que le collectif et les coachs attendaient de moi. Et tout s’est passé comme prévu. » 

Cheslin Kolbe, le virevoltant Springbok du Stade toulousain.
Cheslin Kolbe, le virevoltant Springbok du Stade toulousain.

« Je n’oublierai jamais d’où je viens »

On peut être athée et sceptique de tout. Mais force est de reconnaître que la foi qui habite Cheslin Kolbe est un précieux allié dans sa réussite. Une lueur intérieure, une motivation intime. Elle éclaire son visage quand il en parle : « Je tiens à remercier Dieu, répétait-il vendredi soir. C’est avant tout grâce à lui si j’en suis là. C’est lui qui m’a béni de ce talent. Je sais que rien n’est acquis et qu’il peut m’être enlevé à tout moment. À chaque fois que j’en ai l’opportunité, je veux répondre présent. »

La croyance du Sud-Africain l’accompagne en toutes circonstances et le pousse à donner le meilleur de lui-même. En parallèle, son histoire personnelle aussi l’inspire et lui confère un supplément d’âme, une croyance en son destin. Un atout invisible, inestimable mais évident quand on l’entend : « Je suis heureux de jouer ce sport à un tel niveau. Il y a tant de jeunes talentueux qui n’ont pas et n’auront jamais cette opportunité. Pour eux, il faut rester positif, travailler sans relâche et donner le meilleur de soi-même. Je suis un privilégié, j’en ai conscience. Je n’oublierai jamais d’où je viens et je sais que, d’où je suis maintenant, je peux donner de l’espoir à tant de jeunes joueurs en Afrique du Sud. Je leur montre que, peu importe le point de départ, si vous avez de la détermination, vous pouvez aller très loin. »

Cette ouverture sur les autres s’inscrit dans la culture club du Stade toulousain : « Cette équipe est un bouillon de nationalités et chacun amène sa touche personnelle. L’état d’esprit et la détermination de ce groupe sont exceptionnels. » 

« Ne pas s’endormir »

En deux ans, Cheslin Kolbe a à peu près tout gagné : le Top 14, le Four-Nations, la Coupe du monde, la Champions Cup et un nouveau Bouclier. Ce compétiteur, longtemps tenu à l’écart des honneurs, est abreuvé de gloire mais a encore soif. « Depuis que je suis à Toulouse, je vis une aventure incroyable avec tous ces titres, ces succès. J’espère que ce n’est pas la fin. Je pense que cette équipe a de quoi continuer à écrire l’histoire. Le chapitre est déjà superbe. C’est ce qui nous fait avancer, de vivre ces grands moments avec des personnes spéciales. »

Il le promet donc, sans sourciller : la ruée vers l’or n’est pas finie, loin de là. Une mission comme une question de principes : « Il est vital de ne pas se laisser endormir par tous les accomplissements du passé et de garder les pieds sur terre. » Son actualité ne lui laisse d’ailleurs guère de répit. Dans moins d’un mois, le Toulousain défiera les Lions britanniques et irlandais sur ses terres. Un événement aussi rare que mythique. De quoi dissiper toute fatigue : « Je ne peux pas me plaindre, je suis encore jeune, à 27 ans. Quand vous avez le privilège de représenter votre pays, il vous faut tout donner, sans compter. Je repars lundi en Afrique du Sud pour retrouver le maillot des Springboks. Cela m’a manqué, ça fait plus d’un an et demi que je ne l’ai porté. »

Depuis le titre au Japon. Ce retour sur la scène internationale s’annonce relevé : « Ça va être un sacré challenge : il va falloir retrouver la cohésion d’équipe face à une sélection redoutable. Tout une nation attend que nous la rendions fière. » En cas de succès dans cette trilogie, Cheslin Kolbe ajouterait une nouvelle ligne à un palmarès qui n’en finit plus de s’écrire.

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Vincent BISSONNET
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Les commentaires (2)
Olivier83 Il y a 1 année Le 28/06/2021 à 14:39

Un extra terrestre et humble avec ça. Que dire de plus ?

neotaist Il y a 1 année Le 28/06/2021 à 14:22

un grand joueur et une classe hors norme qui s'affirme à Toulouse, c'est toujours un plaisir de le voir évoluer sur un terrain, vivement que la prochaine saison commence.
un agenais.