Pascal Papé : « Dans cette tournée, certains ont plus à perdre qu'à gagner »

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Pascal Papé (Ancien international) En 2007, l’ancien deuxième ligne avait été nommé capitaine du XV de France pour la tournée d’été en Nouvelle-Zélande dans des conditions proches de celles que les Bleus s’apprêtent à connaître en Australie. En suivant, il n’avait pas été retenu pour la Coupe du monde en France. Il met en garde sur les écueils à éviter…

Vous aviez été nommé capitaine en 2007 du XV de France, lors de la tournée d’été en Nouvelle-Zélande disputée dans des conditions similaires à celles que les Bleus s’apprêtent à vivre avec de nombreux nouveaux joueurs. Quel est le message à passer dans ces moments-là ?

Le message est simple : quand on a la chance de porter le maillot de l’équipe de France, il n’y a pas trop de questions à se poser. Représenter son pays, ça doit être une fierté, un honneur. Peu importent les conditions. Certes, il manque les finalistes du Top 14 ou les joueurs laissés au repos mais c’est une vraie chance, pour tous ceux qui sont aujourd’hui en Australie. Dans d’autres conditions, peut-être n’auraient-ils jamais été appelés par le sélectionneur ? Ça permettra peut-être à certains joueurs d’engranger de l’expérience, de progresser et d’accélérer leur apprentissage du très haut niveau.

Pour vous, cette tournée, est-ce une chance ou un piège ?

C’est une chance immense. L’occasion de montrer ce que l’on vaut dans des conditions qui ne sont pas simples. Ça, c’est pour les joueurs qui découvrent le XV de France. En revanche, pour les joueurs qui sont déjà internationaux, qui ont un statut à assumer, qui ont déjà joué sous l’ère Fabien Galthié, qui ont un rendement à produire, c’est une tournée où ils vont devoir faire preuve de beaucoup de caractère pour montrer que, quelles que soient les conditions, ils sont au niveau attendu. Ceux-là ont plus à perdre qu’à gagner. C’est ce qui s’est passé pour moi en 2007. Bernard (Laporte) m’avait nommé capitaine car 80 % des joueurs n’avaient jamais connu l’équipe de France. Or, même si j’avais déjà une petite expérience, je n’avais que 25 ans et je manquais de vécu au niveau international. Peut-être même que je n’étais pas prêt à assumer un tel statut ? En clair, il y a vraiment deux catégories de joueurs : ceux qui n’ont rien à perdre et qui vont marquer des points ; et ceux qui vont devoir assumer leur rôle d’international confirmé. Ceux-là ont tout à perdre. Après, pour être tout à fait honnête, je pense qu’il vaut mieux que cette tournée se déroule en Australie qu’en Nouvelle-Zélande…

Justement, pourquoi dans l’imaginaire collectif a-t-on moins peur des Wallabies que des Blacks ?

Tout simplement parce que statistiquement, c’est une équipe que l’on bat plus souvent. J’ai dû jouer cinq ou six fois contre l’Australie et je dois avoir 50 % de victoires. C’est moins vrai contre les Blacks (rires). Je n’ai pas souvenir, non plus, d’avoir pris une fessée en Australie. Cette équipe fait donc un peu moins peur naturellement. Et puis, aujourd’hui, c’est aussi une équipe en reconstruction, avec beaucoup de nouveaux joueurs, quelques retours et peut-être des incertitudes. Certes, nous avons peu de recul en raison de la situation sanitaire qui ne permet pas de savoir quel est le niveau réel de cette équipe mais si j’avais été encore joueur aujourd’hui, j’aurais préféré affronter l’Australie que les Boks, par exemple. Le XV de France n’est pas non plus à l’abri de prendre une branlée. Dans ce genre de tournée, tout est possible. Les bonnes comme les mauvaises surprises.

Durant votre carrière, vous êtes-vous déjà rangé sur le côté pour ne pas prendre le risque de vivre une tournée un peu "casse-gueule" ?

Jamais. C’est peut-être pour ça que je me suis d’ailleurs cassé la gueule en 2007. Avec le recul, je crois que cette expérience a forgé un peu mon caractère. J’ai beaucoup appris de cet épisode. Mais bon… Je n’ai peut-être pas participé à la Coupe du monde 2007 mais j’ai fait celle de 2011 et je m’y suis régalé. Avec le résultat que l’on connaît. En revanche, pour répondre à votre question de façon transparente, à la fin de ma carrière internationale, le sélectionneur a préféré me laisser au repos plutôt que de m’emmener en tournée d’été car j’avais beaucoup joué durant la saison. C’est pourquoi je n’ai pas été en tournée en 2013 (Nouvelle-Zélande), ni en 2014 (Australie). C’étaient des décisions prises en concertation avec Philippe Saint-André. Surtout pas un refus de ma part. Pour moi, une sélection en équipe de France, ça ne se refuse pas.

Connaissez-vous des joueurs qui ont préféré décliner une tournée, en prétextant une blessure ou autre chose ?

(Il souffle longuement) Oui, bien sûr ! Mais c’étaient des mecs rincés par la saison qu’ils venaient de disputer. Des mecs à 45 matchs dans l’année, au bout du rouleau. Franchement, je peux le comprendre. Je pense que ça relève aussi d’une certaine honnêteté vis-à-vis du XV de France. Ces joueurs-là savaient au fond d’eux qu’ils ne pourraient pas être compétitifs. Comment leur en vouloir ? C’est impossible de reprocher à un joueur son honnêteté et sa transparence.

Anthony Jelonch a été nommé capitaine pour cette tournée. Quel est l’écueil à éviter pour lui ?

D’abord, il doit être fier de cette nomination. Ce n’est pas complètement anodin d’assumer ce statut. Il entre dans la lignée de ces joueurs qui ont porté le XV de France, qui ont représenté leur pays, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Ensuite, il devra être performant sur le terrain et essayer de tirer le groupe dans son sillage, tenter de lui apporter de la confiance. C’est la base de sa mission. Évidemment, sur le papier, ça paraît simple. Mais c’est tout de même beaucoup de responsabilités pour un joueur qui n’a pas une grande expérience ni de la fonction, ni du niveau international. Maintenant, s’il a été choisi pour cette fonction, c’est qu’il en a pleinement la capacité.

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Arnaud Beurdeley
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