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  • Barlot, Carbonel, les Bleus et leur capitaine Jelonch ont plus que fait trembler l’équipe d’Australie. Hélas, le dernier virage, dans les ultimes secondes de la rencontre, fut fatal aux Tricolores.
    Barlot, Carbonel, les Bleus et leur capitaine Jelonch ont plus que fait trembler l’équipe d’Australie. Hélas, le dernier virage, dans les ultimes secondes de la rencontre, fut fatal aux Tricolores. Photo Photox/Scott Powick - Photo Photox/Scott Powick
Publié le , mis à jour

Rien ne sert de courir ni de mener au score 83 minutes et 28 secondes durant, il faut gagner à point ! Les Bleus de Fabien Galthié l’ont appris à leurs dépens, mercredi face à l’Australie. Eux qui ont lâché une victoire toute promise et tout acquise en début de rencontre, à coups de combinaisons millimétrées et d’inspirations éclairées. Hélas, patatras, la france n’y arrive toujours pas.

Imaginez l’ouvrage en tête de gondole des meilleures librairies : « Le suicide pour les nuls, méthodes offertes par le XV de France. » Non, et fort heureusement, la morale n’autoriserait pas de mettre en exergue un tel bouquin dans les rayons, ni même d’en concevoir les écrits d’ailleurs. L’éthique a ses vertus que les hommes de Fabien Galthié ont oubliées depuis belle lurette. Parce que, s’il fallait découper l’analyse de cette autodestruction d’anthologie, il serait aisé d’y trouver six chapitres dans les seules trois dernières minutes de ce funeste Australie- France. Jugez plutôt… Premier tome : la pénaltouche de huit mètres par Louis Carbonel. Deuxième tome : l’annonce sur lui-même en plein recul par Dylan Cretin. Troisième tome : le mauvais réflexe par Teddy Iribaren. Quatrième tome : le lancer de patate par Melvyn Jaminet. Cinquième tome : la désertion par Damian Penaud. Sixième et dernier tome : le sabordage par le reste de la troupe. Bon, vous ne tenez pas le best-seller de l’année mais, s’il venait à être adapté un jour sur grand écran, nul doute que le film d’horreur viendrait longtemps hanter les nuits du staff des Bleus.

Mais comment, après un grattage héroïque de l’exemplaire Jonathan Danty qui offrait un succès de prestige à ce XV de France « new-look » pour sa première confrontation avec une nation sudiste depuis près de deux ans, les coéquipiers du capitaine (novice et tout aussi exemplaire) Anthony Jelonch ont-ils pu tout ruiner ainsi ? Faites un tour de table, ou de comptoir, autour de vous et tous les qualificatifs y passeront : incompréhensible, injuste, dramatique, terrible, ridicule, on en passe et des meilleurs (le terme, on en conviendra, n’est pas des plus adéquats).

 

Le remake de Twickenham

 

Le problème ? C’est que cela devient une malheureuse et douloureuse habitude. Certes, d’aucuns rétorqueront que les Bleus sont allés puiser au plus profond de leurs ressources pour renverser les Gallois au bout des arrêts de jeu, lors du dernier Tournoi et s’offrir le droit de rêver à une victoire finale dans la compétition une semaine avant son terme. Reste qu’ils n’y sont finalement pas parvenus et que le bilan des fameux « money time » demeure sacrément maigre, depuis la prise de fonction de Fabien Galthié. C’est même dans un concours de boulettes suprêmes que ses joueurs se sont lancés. Il y avait

eu, d’emblée, le décalage horaire d’Antoine Dupont qui avait envoyé le ballon en tribunes une minute trop tôt, contre les Anglais, ayant débouché sur un point de bonus pour ces derniers qui leur a permis de souffler le gain des 6 Nations… à l’équipe de France. Il y eut également ce «craquage » de Brice Dulin, qui a préféré tenter une relance improbable contre l’Écosse en mars dernier, plutôt que de taper en touche et d’assurer la victoire des siens qui ne pouvaient rien espérer de mieux. Résultat : la France s’est inclinée. Cela vous rappelle quelque chose ? Oui, les Bleus ont inventé le « rebis repetita » à Brisbane, où l’oeuvre fut cette fois collective. Là-bas, ils ont même poussé l’art jusqu’à rejouer la scène de Twickenham. Ce fut, quasiment point pour point, le remake de la finale de Coupe d’Automne des Nations en décembre.

Le contexte était le même, ou presque : l’absence des cadres habituels (Baille, Marchand, Haouas, Leroux, Willemse, Ollivon, Alldritt, Dupont, Ntamack, Fickou ou Vakatawa). Le scénario fut identique : des Français homériques, intrépides, courageux et valeureux à souhait, qui prennent les devants au score et luttent pour ne pas voir leurs adversaires revenir. Le dénouement fut, là encore, similaire : une équipe qui craque à la fin et doit se contenter des honneurs.

Les « perdants magnifiques »

 

Attention, il convient de ne surtout pas tout jeter pour ce qui est de ce premier test australien. Bien au contraire. Entre un groupe remanié, des novices lancés au feu qui - pour certains - passaient même du Pro D2 à la scène internationale, un manque de repères communs et une quatorzaine à l’arrivée sur place, c’est l’enfer qui pouvait être promis à cette équipe de France. Pour la millième fois depuis la Coupe du monde 2019, le constat est implacable : notre équipe nationale possède des talents en pagaille, de la moelle à souhait et une faculté extrême à se sublimer. Cela a suffi à la réconcilier avec le grand public. À l’autre bout du monde, Jaminet a prouvé qu’il avait un coup de pied de mammouth et des c.… en plomb. Villière a démontré qu’il était désormais le premier choix dans la hiérarchie des ailiers. Danty a rappelé combien il était hallucinant de le voir célébrer seulement sa septième cape, et Bamba qu’il avait tout en lui pour être, demain, ce pilier droit 2.0. Jelonch a attesté qu’il ne fallait pas pleurer la convalescence d’Ollivon et Barlot que, s’il réglait la précision de ses lancers, il était une énième bombe dans le vivier des talonneurs. C’est encore et toujours une belle nouvelle en vue de 2023, objectif affiché et assumé par l’ensemble du rugby français, mais surtout par sa génération dorée. Mais il paraît que le triomphe est d’abord une routine, une drogue même. Et les Bleus ont plutôt tendance à passer par la cure de désintox avant l’heure.

D’ici-là, Messieurs, il faudrait vraiment gagner quelque chose : un Tournoi, une coupe Covid ou une tournée, peu importe en fait. Le modeste coureur cycliste Christophe Mengin, célèbre pour s’être cassé la gueule lors du dernier virage de la 6e étape Troyes-Nancy du Tour de France qui lui était promise (2005), avait un jour avoué : « On me parle plus de ma chute à Nancy que de mes quelques victoires. C’est une mentalité très française que d’aimer les perdants magnifiques. » Les Bleus actuels en sont, plus magnifiques que jamais d’ailleurs, qui ont aussi adopté cette fâcheuse coutume de la gamelle dans l’ultime virage.

 

Vite, à la table des mariés

 

Si la dernière victoire finale d’un Français sur la Grande Boucle remonte à 1985, et Bernard Hinault, nos rugbymen ont trop de génie en leur sein pour accepter telle disette. Au diable l’estime et la charité. Il est grand temps, derrière tant de promesses, de faire de ces dauphins des requins, pour reprendre une maxime bien connue du milieu sportif. Et si Fabien Galthié - qui devait procéder à une large revue d’effectif dès mardi prochain pour le prochain test – a confessé qu’il n’était plus sûr de rien pour ce qui est de ses compositions, c’est à coup sûr qu’il mesure à quel point son squad imparfait a largement de quoi rafler la mise sur cette virée australienne. Parce que, si les deux nations adversaires sont supposées être chacune en reconstruction, une seule peut s’inviter aujourd’hui à la table des mariés. Oui, la France sait compter une équipe B, voire C, performante quand la rencontre de mercredi a accouché des difficultés wallabies à aligner une équipe A.

La logique serait donc de s’apitoyer encore une fois sur un calendrier ubuesque (faire rentrer treize mois en une année, voilà une mission taillée pour Gérard Majax, plus que pour les instances de ce sport) et regretter que les titulaires français n’aient pu éventrer cette triste carcasse australienne. Mais il n’y a plus d’énergie à perdre là-dessus. Il ne devrait même ne plus y avoir d’énergie à perdre tout court. Messieurs les « plus que des doublures », si vous avez la rage, ce doit désormais être celle de vaincre.

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