Marc Lièvremont (ancien sélectionneur du XV de France) : « Dingue de perdre de cette façon »

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    Marc Lievremont. Jean Paul Thomas / Icon Sport - Jean Paul Thomas / Icon Sport
Publié le , mis à jour

Pour l’ancien sélectionneur du XV de France, aujourd’hui consultant pour Canal +, ce match, qui aurait dû se conclure par une victoire française, va susciter de la confiance pour la suite de la tournée.

Quel est votre sentiment à l’issue de cette cruelle défaite du XV de France ?

C’est dingue de perdre de cette façon. On peut toujours se poser la question : "Pourquoi ne pas avoir joué ce dernier ballon à la main ?". Ou "pourquoi n’a-t-on pas été chercher une touche plus longue ?" Mais bon, jusque-là, l’équipe de France avait été conquérante en touche. Dylan Cretin était encore sur le terrain… (il souffle) C’est comme ça. Ça tombe sur Iribaren qui venait de rentrer, qui est un mec expérimenté, qui a la tête sur les épaules, qui est un stratège. Il a sûrement paniqué, filé le ballon comme une patate chaude à Jaminet qui ne s’y attendait pas. Et voilà… (il souffle encore longuement). C’est quand même couillon car cette équipe avait fait ce qu’il fallait pour débuter sa tournée de la meilleure des manières. Quand je pense que ça fait plus de trente ans qu’une équipe de France n’a plus gagné en Australie…

Mettez-vous la gestion de cette dernière action sur le compte de l’inexpérience ?

(Il souffle) Je n’en sais rien. On s’est tourné vers la solution de facilité en choisissant Dylan Cretin, sur un saut en avançant dans l’alignement. Seulement, les Australiens ont eu une bonne lecture de la situation. Résultat, il a été gêné et n’a pas pu bien capter le lancer. Après, tout s’est enchaîné. Donc, pour répondre à la question : dans la fébrilité de ces deux ou trois passes approximatives, il y a un léger manque de concentration. Inconsciemment, les mecs se sont peut-être dit qu’une fois la conquête du ballon acquise, c’était gagné. Mais franchement, c’est tellement dingue…

L’indiscipline n’a-t-elle pas coûté cher à cette jeune équipe de France ?

Quand on dit qu’une équipe a été indisciplinée, c’est qu’elle a été sous pression, qu’elle n’a pas maîtrisé son sujet et qu’elle a laissé la possession à l’adversaire. Fatalement, une équipe comme ça commet des fautes. Maintenant, même si les Bleus ont commis beaucoup de fautes, ça n’a jamais été des fautes énormes d’antijeu. Et puis, il fallait bien que les Australiens réagissent, ils ont été tristes pendant un long moment en première mi-temps. Voir même pathétiques. De façon étonnante, pour un arbitre de l’hémisphère Sud, il a été très tolérant avec nos joueurs. Sur les trois ou quatre fautes successives dans la zone de marque juste avant la mi-temps, d’autres arbitres auraient sorti un carton jaune. L’équipe de France s’en est quand même bien tirée.

Vous évoquez la possession du ballon : l’équipe de France ne l’a-t-elle pas abandonnée trop rapidement, après avoir pris le score ?

C’est le scénario du match qui a voulu ça. De façon logique, avec quinze points d’avance, l’équipe de France s’est placée dans une situation attentiste. Et c’est dommage car, lorsqu’on a tenu le ballon, on a été bien plus efficace que les Australiens. Avec le peu de ballons que l’équipe de France a eus à exploiter, elle s’est montrée très réaliste. C’est peut-être toute la limite de cette stratégie de dépossession - un terme que je n’apprécie pas - même si elle nous a aussi réussi parfois. C’est vraiment la limite d’une forme de conditionnement, d’une approche stratégique où on rend constamment le ballon. Une stratégie servie par le scénario du match.

Qu’avez-vous pensé du coaching de Fabien Galthié ?

J’ai trouvé qu’il avait été tardif. Mais bon… Le staff, grâce aux GPS, a bien plus de données que nous, qui sommes à l’autre bout du monde. Mais je m’attendais à un coaching plus rapide, notamment avec six avants sur le banc des remplaçants. Peut-être dès le début de la seconde période. Je pense que le staff technique avait l’esprit déjà tourné vers le deuxième test-match. L’objectif, c’était de garder de la réserve et de la fraîcheur dans cette perspective.

Justement, en six jours, cette équipe peut-elle capitaliser sur cette rencontre et rebondir ?

Ce ne sera pas la même équipe, elle sera encore plus jeune, encore moins expérimentée. On n’arrête pas, à juste titre, de louer la profondeur du réservoir français. On va voir ce que ça donne. Personnellement, je trouve ce groupe de joueurs assez homogène. Ce sont des jeunes qui jouent régulièrement en Top 14, qui ont tous été bons cette saison. Ce deuxième test va se jouer sur cette profondeur d’effectif car j’ai le sentiment que les deux équipes ont rivalisé sur les contenus. Or, je ne suis pas sûr que l’Australie a le même vivier que nous. Sans faire injure à personne, ce deuxième test, ce sera l’équipe deux de l’Australie contre l’équipe de France numéro 3. Et ça n’a rien de péjoratif dans mon propos. Au contraire, j’y crois vraiment. Cette équipe australienne ne m’a pas fait forte impression, je n’ai pas vu énormément de talent. L’équipe de France sait où elle va. Certes, il y a de la frustration, de la déception, mais dans les contenus, ce premier test est de nature à générer de la confiance.

"L’équipe de France sait où elle va. Certes, il y a de la frustration, de la déception, mais dans les contenus, ce premier test est de nature à générer de la confiance."

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Arnaud BEURDELEY
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