XV de France : c'est quand la bonne heure ?

  • À Brisbane, les Bleus de Gabin Villière, Damian Penaud et Baptiste Couilloud avaient réalisé une entame de feu. Après avoir mené 15 à 0 grâce à un doublé de l’ailier toulonnais, le XV de France n’avait pu contenir la révolte australienne. Rageant. Mais aussi encourageant. Photo Photox/Scott Powick
    À Brisbane, les Bleus de Gabin Villière, Damian Penaud et Baptiste Couilloud avaient réalisé une entame de feu. Après avoir mené 15 à 0 grâce à un doublé de l’ailier toulonnais, le XV de France n’avait pu contenir la révolte australienne. Rageant. Mais aussi encourageant. Photo Photox/Scott Powick - Photox/Scott Powick
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Même remanié et rajeuni, le XV de France plaît, étonne. Mais il lui manque le plus important : conclure. Six jours après la frustration ultime de Brisbane, les Bleus se doivent une revanche. Ils n’ont pas à complexer et ont tout pour provoquer le déclic tant attendu.
 

«Tous les pays nous les envient.» En juin, comme l’avait prétendu L’Equipe en une de son journal, l’Europe du football avait de quoi désirer le triangle d’attaque de la bande à Deschamps, sur le papier. Aujourd’hui, le titre un tantinet provocateur vaudrait presque pour le XV de France : le monde du rugby porte un regard empreint d’une admiration teintée de jalousie sur le rugby hexagonal, capable d’aligner trois équipes de niveau international en conservant un haut niveau de performance.

Samedi, pendant 80 minutes et une dizaine de secondes, les commentaires flatteurs ont ainsi fleuri sur Twitter en voyant cette improbable sélection à huit capes de moyenne et un tiers de bizuths s’ouvrir en grand la voie d’un succès majeur en terres hostiles : «Leur réservoir n’a pas d’égal au monde», «la France a une densité de joueurs incroyables», «la profondeur du talent dans le rugby français est juste effrayante, c'est censé être leur équipe B-C», pouvait-on ainsi lire de la part de connaisseurs plus ou moins avertis, depuis l’Afrique du Sud ou l’Australie.

Sans douze des quinze titulaires du dernier match du Tournoi, les ambassadeurs des deux meilleures équipes de son championnat ou encore son habituel capitaine, la formation de Fabien Galthié a très longtemps surpris agréablement. Par sa vista et son insouciance tout d’abord puis, à un degré moindre, par sa résilience. Les Villière, Danty, Vincent, Jelonch et autres Barlot ont réalisé des prestations de cadres en puissance. Et encore, le grand public a eu droit à un tout petit aperçu des talents des Carbonel, Macalou et Jaminet, pour ne citer qu’eux.

L’impression ressentie lors de la finale de la Coupe d’automne des Nations s’est confirmée à Brisbane : cette génération est dorée sur plusieurs niveaux. Et cette question mérite plus que jamais d’être posée : qui, aujourd’hui, peut s’asseoir à la table du XV de France et dire «j’ai autant de qualités individuelles que toi» ? La Nouvelle-Zélande et puis c’est tout, sûrement… Regardez donc l’embarras du choix à l’aile, en troisième ligne, au centre, à l’ouverture, au talonnage. Voilà pour l’autosatisfaction.

Pour le reste, cette réflexion d’Antoine Dupont résonne de plus en plus tristement à mesure que les frustrations se suivent et se ressemblent : «En soi, ce que les gens disent, même si ça peut être agréable, ça ne signifie rien de concret, avait déclaré le demi de mêlée, dans ces colonnes, au début de la nouvelle année,. Ça ne confirme rien. Les compliments et les distinctions individuelles, les éloges, ça n’offre pas de titre.» Les Français, rois de Twitter, champions de Youtube, favoris des médias, en sont conscients : toutes les promesses du monde ne valent que si elles sont tenues et concrétisées en actes forts. À ce jeu, à ce niveau, la victoire vaut plus que tout. Or, le premier test de mercredi, comme lors du Tournoi 2021, de la Coupe d’automne des nations et des 6 Nations 2020, a laissé ce même satané goût de métal dans la bouche. Celui de la médaille d’argent auxquels les Bleus, beaux joueurs et perdants magnifiques, commencent malheureusement à être abonnés…

Et pourquoi pas gagner la série ?

Loin de nous l’envie de revenir, pour la énième fois, sur le scénario catastrophe de mercredi et sur les boulettes des mois passés. Seul compte maintenant la capacité de réaction de la troupe tricolore. Si le doute était permis avant le premier impact, au vu du poids des absents et des conditions de la préparation, Anthony Jelonch et ses partenaires peuvent désormais regarder ces Wallabies dans le blanc des yeux sans sourciller. «On ne savait pas où on allait avant ce premier match, on a finalement eu des certitudes plus que positives, évoquait Arthur Vincent. Il faut que l'on arrive confiants dans nos têtes. On a su rivaliser et mettre en danger l'Australie.»

Au point de pouvoir prétendre remporter un premier test en Océanie depuis 2009, voire de gagner la série. Et pourquoi pas ? «C'est un objectif pour toute l'équipe, reconnaissait Jean-Baptiste Gros vendredi. Ça n'a pas été fait depuis longtemps, surtout ici. Ça serait bien d'avoir une victoire avant de parler de gagner la tournée.» «Le plus excitant arrive, ça c'est certain. On est dans le vif du sujet», appuyait Arthur Vincent. Pour y parvenir, les appelés de mardi devront hausser d’un ou plusieurs crans le rendement dans des secteurs clés : la discipline, péché mignon de la première bataille, le combat dynamique, là où les Australiens auront trouvé leur salut, la conquête, où la roublardise des uns a contrasté avec l’inexpérience des autres, et enfin dans la gestion des moments clés, bien entendu. À Wilfrid Hounkpatin et à ses partenaires du jour de hausser le curseur. Sous peine de revivre le même scénario.

Si l’on pardonne plus facilement à la jeunesse, on attend beaucoup des gens qui ont du talent. Et malgré toutes les circonstances atténuantes et les excuses que l’on pourra trouver à ce contingent de juillet, quitter l’Australie sur un 3-0, une fanny de plus, serait un désaveu par rapport à ce que le rugby français a à nous offrir et à tous les espoirs suscités depuis deux ans. À l’approche de la moitié du mandat de Fabien Galthié, après trois revers sur les quatre dernières sorties, les supporters sont en droit d’attendre plus. Le déclic paraît si proche. Alors, c’est quand la bonne heure ?

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