« Enfin, une fin heureuse » : décryptage de la dernière action des Bleus

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Victimes de galères diverses depuis des années dans l’approche du « money time » et six jours à peine après l’improbable final de brisbane, les bleus ont enfin su trouver les solutions et retenir les leçons pour renverser la vapeur dans les cinq dernières minutes. chronologie d’un « happy end »...

Ce n’est pas que l’on craignait encore le pire, mais… Oh, et puis zut, autant l’avouer : évidemment que nous craignions le pire dans cette fin de match, qui semblait destinée à constituer un épisode de plus de l’interminable litanie des succès tricolores envolés dans le money time depuis quatre ou cinq ans, et plus encore depuis le début de l’ère Galthié... Parce que, comme la semaine dernière, les Bleus avaient mené au score tout au long de la partie avant de se faire reprendre puis dépasser par les Wallabies, mais pas seulement.

En effet, tous les ingrédients semblaient réunis pour la répétition du pire scénario possible, entre cette double absence de Taofifenua et Geraci sur l’essai de Hooper (71e), qui obligea les Bleus à défendre à 13 et permit très certainement aux Wallabies de breaker au bord d’un ruck, ce coup du sort de l’avant-dernière passe de Banks déviée par Jaminet dans les mains de Kellaway, cette contestation en pleine action de Louis Carbonel sans laquelle l’ouvreur tricolore aurait très certainement empêché Hooper de marquer, cet imbroglio de coaching qui obligea le staff tricolore à faire rentrer Anthony Bouthier à la place de Geraci, et bien sûr cette pénalité (très) généreusement offerte à Lolesio pour une faute au sol de Macalou (75e), accusé de ne pas avoir fait l’effort de sortir assez vite de la zone de plaquage… Et pourtant, c’est précisément à ce moment-là que les Bleus parvinrent, enfin à ré-aligner les planètes et faire pencher le sort en leur faveur dans les cinq dernières minutes.

76e : le renvoi court de Carbonel

Le premier étage de cette fusée ? Il résida dans un véritable choix tactique, à savoir changer la zone pour taper le renvoi. Alors qu’il avait jusqu’alors botté tous ses coups d’envoi au fond du terrain à droite sur Koroibete, Louis Carbonel distilla alors une merveille de renvoi en « zone zéro », juste au-dessus du « petit » Hooper, afin de permettre à Sekou Macalou d’aller au contest aérien. On se souvient qu’en finale de la Coupe d’Automne, dans de mêmes conditions, Macalou avait été sanctionné à tort d’un en-avant. Cette fois, cela ne fut pas le cas, mais sa bonne pression ne fut pas vraiment récompensée, l’arbitre M. Doleman considéra le ballon injouable pour le rendre à l’Australie. Pas si grave...

77e : la mêlée de la gagne

Au vrai, on aurait pu écrire des pages entière sur cette dernière mêlée sur laquelle William Servat revient d’ailleurs abondamment en page 4. On se bornera donc ici à résumer l’essentiel : avec un pack de fortune, recomposé avec Danty en troisième ligne et Woki (qui « crampait » une minute plus tôt !) en deuxième ligne, le pack tricolore réussit à enfoncer son vis-à-vis. Grâce doit ici être rendu à l’axe droit remplaçant Bamba-Taofifenua qui, bien soutenu par leur capitaine Anthony Jelonch repositionné en flanker, sut (comme au pays de Galles en 2020) trouver les ressources pour traverser l’édifice adverse. Certes, les Australiens pourront légitimement râler au sujet de l’angle de poussée de Bamba, pas vraiment rectiligne sur le coup et qui contribua amplement à faire exploser la liaison entre le gaucher Bell et son talonneur Lonergan. Reste qu’on pourra tout aussi légitimement rétorquer aux Wallabies qu’à Brisbane une semaine plus tôt, Taniela Tupou avait lézardé l’édifice français en procédant exactement de la même manière. Un partout, la balle au centre, donc...

78e : les « cojones » de Jaminet

C’est probablement là l’aspect le plus évident de cette fin de match. Mais, pour avoir vu les Bleus si souvent manquer la victoire ces dernières saisons par manque de réussite de leurs buteurs, il convient de le souligner… Auteur d’un 100 % jusqu’alors, le Catalan Melvyn Jaminet n’a pas tremblé au moment de porter son total à 23 points et surtout d’inscrire la pénalité de la gagne, sous les sifflets du public de Melbourne. Un joli symbole, puisque l’arrière des Bleus était l’un des principaux incriminés dans l’action qui coûta la victoire la semaine dernière. Un ultime coup de pied techniquement parfait, longuement travaillé auprès de son mentor Jérémy Valls (lire en page 6) et d’autant plus « couillu » qu’au-delà de n’avoir encore jamais joué en Top 14, Melvyn Jaminet n’avait tout simplement jamais buté pour la gagne devant un stade plein, sachant que sa première (et unique) saison au niveau professionnel s’était jusqu’alors déroulée à huis clos...

79e : héroïsme et discipline jusqu’à l’intervention du duo Iribaren - Macalou

Alors que les Australiens restaient fidèles à leur stratégie en tapant un renvoi long dans le dos du bloc français (exactement là où Woki et Danty s’étaient télescopés en fin de première mi-temps…), les Bleus assuraient cette fois-ci la réception par Bouthier. Et si le dégagement d’Iribaren qui suivit n’était assurément pas le meilleur, toute son équipe sut défendre et souffrir ensemble, sans se mettre à la faute, en sortant très promptement des phases de plaquage tout en respectant scrupuleusement les « 50 centimètres de mou » réclamés par Anthony Jelonch derrière les rucks pour ne pas être sanctionnés hors-jeu. Après avoir cherché pendant deux temps de jeu (comme pendant toute la partie) la solution sur l’aile de Penaud (qui ne se livra cette fois pas au hasard et fut même à deux doigts d’intercepter une passe de Koroibete), les Australiens furent ainsi obligés de revenir au milieu du terrain où une une glissade sur les genoux puis un plaquage aux jambes d’Iribaren (on appréciera également le symbole, une semaine après la boulette de Brisbane...) mit au sol le deuxième ligne géant Salakaia-Loto, sur lequel Sekou Macalou se précipita pour gratter le ballon de la gagne.

81e : et forletta joua la dernière pénalité à la main pour attendre la sirène...

Mais encore fallait-il, à cet instant du match, ne pas perdre les pédales comme après le contest de Danty la semaine dernière ! C’est ainsi qu’après avoir tergiversé quelques secondes, les leaders de jeu des Bleus optèrent pour la meilleure solution, retenant ici les leçons de Brisbane… C’est ainsi qu’Enzo Forletta joua tranquillement la pénalité à la main, soutenu par tout son pack pour attendre la sirène, avant de permettre à Louis Carbonel d’expédier le ballon dans les tribunes et de soulager tous les siens dans cette fin de match irrespirable, qui tourna enfin à l’avantage des Tricolores. Il était temps...

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