Didier Lacroix face aux lecteurs

  • Malgré la réussite sportive, de nombreux supporters présents ont voulu savoir si la crise sanitaire était toujours un frein pour le club. Didier Lacroix s'explique.
    Malgré la réussite sportive, de nombreux supporters présents ont voulu savoir si la crise sanitaire était toujours un frein pour le club. Didier Lacroix s'explique. HAUTE-GARONNE - FREDERIC CHARMEUX
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Le président du Stade toulousain Didier Lacroix est venu à la rencontre des lecteurs de Midi Olympique ce mardi. Il est bien sûr revenu sur la saison dernière et l’incroyable doublé, avant d’évoquer les mois à venir.

Le président du Stade toulousain Didier Lacroix avait rendez-vous mardi dernier avec les lecteurs du Midi Olympique et de la Dépêche du Midi pour une conférence exclusive. Il n’était pas venu seul mais avec ses deux gardes corps privilégiés de cet été 2021 : le Bouclier de Brennus et la Coupe d’Europe. Après avoir enregistré une émission spéciale pour la chaîne de télévision viàOccitanie où l’ancien troisième ligne a répondu aux questions de Judith Soula (rédactrice en chef Sports de viàOccitanie), d’Emmanuel Massicard (directeur délégué de Midi Olympique) et de Jérôme Lacroix (chef des Sports de La Dépêche du Midi)., Didier Lacroix s’est plié au jeu des "questions-réponses" avec les lecteurs présents. Avec franchise, "sans langue de bois" comme il l’a souvent répété, le président des Rouge et Noir n’a évité aucun sujet, en livrant quelques anecdotes croustillantes comme cette "passe d’arme" entre Antoine Dupont et Jérôme Cazalbou après la finale du Top 14 pour expliquer la soif de vaincre de la génération actuelle. Le demi de mêlée a glissé au manager de haut niveau : "Plus que cinq Jérôme."

Il a aussi répondu avec sérieux, tout en maniant l’humour, pour répondre à un lecteur clermontois sur la santé financière du club toulousain : "On attend la construction de l’usine Michelin juste à côté, pour venir nous aider comme elle fait déjà avec Clermont, tout en gardant une dynamique de la gagne supplémentaire que celle de Clermont." Didier Lacroix s’est longuement confié sur les finances, mais aussi sur le recrutement en essayant de rassurer un jeune garçon, soucieux d’un éventuel départ de Pita Ahki s’il venait à être convoqué chez les All Blacks.

Il a donc aussi évoqué la saison prochaine et le recrutement du Stade toulousain. L’occasion pour un lecteur bayonnais de demander si le champion de France allait prêter des joueurs à l’Aviron pour l’aider à retrouver le Top 14 au plus vite. Il a aussi fait preuve de pédagogie pour expliquer les changements à prévoir en raison des nouvelles règles et s’est longuement expliqué sur la stratégie mise en place au niveau de l’équipe féminine.

Cette rencontre s’est terminée par une séance photo, où tous les chanceux présents ont pu immortaliser le moment avec Didier Lacroix entouré des deux trophées.


Les finances : « Nous allons vers une stratégie de recapitalisation »

 

Les difficultés économiques sont réelles, même si nous sommes dans une politique de recrutement pour rester compétitifs bien entendu. Le Stade toulousain a un modèle économique qui lui permet de rester à l’équilibre avec des titres et avec une qualification en Coupe d’Europe, hors période Covid. Sauf que pour modéliser sur les huit années à venir, il est possible, très certainement, que nous ne soyons pas européens, une fois, deux fois, trois fois ? Là, ça commence à faire beaucoup en huit ans. Mais, à chaque fois que nous ne sommes pas européens, on perd en moyenne 4 millions d’euros sur la saison. Donc avec une qualification européenne, le club est à zéro donc à l’équilibre. Avec des titres, hors Covid, vous gagnez un million ou deux millions. Si vous modélisez sur huit ans avec deux non qualifications et un titre, misons même sur deux, vous faites le total et vous êtes à moins six millions d’euros. L’économie du Stade toulousain est donc là. Il faut se demander sur les huit ans à venir combien de fois nous n’allons pas être qualifiés. Comment anticiper et prévoir cet échec sportif qui va arriver, parce que ça arrive à tout le monde. Nous avons déjà été douzièmes avant d’être champions. Il peut nous arriver des accidents. Montpellier n’était pas loin de la descente la saison dernière, Clermont ne s’était pas qualifié il y a trois ans. ça peut arriver car nous sommes onze ou douze clubs à avoir l’objectif de se qualifier pour la Coupe d’Europe. Nous sommes obligés de prévoir que nous allons devoir jouer dans la deuxième partie du tableau dans les huit ans à venir. Le problème de la Covid est que nous vivons actuellement avec des aides de l’État qui ont été déterminées pour la fin de l’année civile de l’année dernière et que l’on prévoit d’avoir les mêmes aides reconduites sur la période de janvier à juin. L’État n’a pas encore sorti son décret sur l’année 2021. ça veut dire que nous sommes tous en train de spéculer sur le fait d’avoir ou non les mêmes aides. On prévoit d’avoir à peu près les mêmes aides. De son côté, la DNACG ne peut pas prendre en compte ces aides. Le Stade toulousain ne peut pas vivre sans ces aides de l’État. On vit grâce au partenariat, le public à travers la billetterie et ce qu’il consomme les jours de match. Donc sans public, le Stade toulousain ne peut pas vivre. Beaucoup de clubs ont un mécène ou une entreprise dans les moments difficiles. Notre club appartient à plein de sociétés et à nos deux associations de manière majoritaire. Sans ces aides de l’État, nous sommes d’ores et déjà dans une difficulté majeure. La situation, économique, est gravissime. Nous sommes passés la saison dernière parce que les joueurs ont fait des efforts sur leurs salaires. On va commencer cette nouvelle année, sans savoir si nous allons être dans une situation dégradée ou non. Une fois que ce sera visible, nous devrons prendre les mesures qui s’imposent. Nous allons très certainement vers une stratégie de recapitalisation du Stade toulousain, en faisant appel au moins aux entreprises déjà actionnaires aujourd’hui, à celles qui veulent y rentrer et nous réfléchissons également à un appel au public. On a eu un élan de soutien énormissime il y a moins d’un an avec le mur de soutien de 22 000 participants.


Recrutement : « J’ai l’impression qu’Anthony Jelonch est là depuis un moment »

 


Nous sommes dans une évolution mesurée. L’arrêt de Jerome Kaino avait été anticipé de très longue date. Anthony Jelonch n’avait pas osé quitter Castres il y a trois ans alors que nous n’étions pas loin d’obtenir une décision favorable. Elle a été acquise maintenant depuis un an car Anthony était notre priorité […] J’ai presque l’impression qu’Anthony est là depuis un petit moment. Entre temps, il est devenu capitaine de l’équipe de France. C’est quelqu’un qui avait l’ambition depuis chez les jeunes de jouer sous le maillot Rouge et Noir et nous sommes ravis que ce soit le cas dès la saison prochaine.
Après nous avons aussi les deux Argentins qui nous ont rejoint en cours de saison, Mallia et Chocobares qui ont gagné leur place rapidement. Ils vont être challengé par Sofiane Guitoune qui voudra reprendre sa place. Notre quatrième homme recruté est Nainai-Williams avec son côté utility back, sa soif d’animation. C’est un joueur expérimenté que l’on suit depuis longtemps. Mais les premières recrues du Stade toulousain, ce sont celles que vous avez déjà vu : Youyoute, Meafou, Josh Brennan, ceux qui ont gagné le titre en espoir. Et je pense que dans cette équipe, nous avons cinq ou six joueurs capables de jouer très rapidement en équipe première.

La peur de perdre Ahki ?


J’ai peur que Pita soit appelé par les All Blacks car ça va l’amener à revenir en Nouvelle-Zélande et donc à ne pas jouer avec nous. Et comment ne pas avoir envie de jouer pour les All Blacks ? Mais le but du boss du Stade toulousain, c’est de dépersonnaliser le club. Il ne doit pas avoir besoin de son président, il ne doit pas avoir besoin de son entraîneur, il ne doit pas trembler de perdre Antoine Dupont, ne doit pas trembler de perdre Cheslin Kolbe. On doit tous être en capacité d’être remplacé demain matin. Et ceux qui pensent qu’après leur départ, le Stade toulousain se cassera la figure, ils se trompent énormément. En revanche, c’est plus compliqué pour chacun d’entre nous de créer son remplaçant. Mon ambition est donc de me dépêcher de me préparer à trouver le petit Pita Ahki. Est-il Toulousain aujourd’hui ou pas ? S’il s’en va, est-ce que nous avons son remplaçant ou dois-je aller le chercher ? Quand on parle d’Antoine Dupont, c’est plus compliqué car c’est le numéro un, quand c’est Pita, quand c’est Cheslin c’est très compliqué. Mais notre avantage au Stade toulousain, c’est que nous avons les trois dans la même équipe et qu’un jour c’est Thomas Ramos qui te fait gagner une fois, une autre fois, c’est Mathis Lebel ou Romain Ntamack, et encore une autre fois on va marquer trois fois devant avec Julien Marchand. Il ne faut pas penser le remplacement d’une personne par une personne mais par un système qui te permet d’essayer de dépersonnaliser les choses pour que le Stade toulousain soit plus fort que les hommes. 

 

Les évolutions structurelles : « Agrandir Ernest-Wallon ne me paraît pas nécessaire »

 

Nous ne souhaitons pas augmenter la capacité d’Ernest-Wallon, mais nous travaillons sur l’amélioration des prestations au sein du stade, avec une étape déjà validée qui s’appelle la Cité des Rugby, avec son musée, pour pouvoir jouir d’une expérience rugby en dehors des jours de match. Nous irons certainement joué quelques matchs au Stadium, ce qui justifie notre volonté de ne pas accroître la capacité d’Ernest-Wallon. Je suis pour qu’il y ait deux ou trois matchs au Stadium avec 33 000 places. Agrandir le stade ne me paraît pas nécessaire, j’aurai plus envie que l’on reconstruise un nouveau stadium.
En revanche, nous réfléchissons pour avoir une nouvelle boutique, une nouvelle brasserie, pour avoir d’autres systèmes de buvettes et d’autres systèmes expérimentiels pour que les gens puissent venir au stade en dehors des matchs. Demain, on pourrait y venir dans un espace de co-working, dans un espace de vie, où l’ensemble des gamins du quartier pourraient venir sur le playground de devant, ou l’ensemble des étudiants pourraient venir travailler. Je crois que l’envie de télétravail va amener la création d’espaces nouveaux et nous voulons faire partie de cette expérience pour faire venir des gens sur le lieux en dehors des jours de match. C’est le fil conducteur de notre stratégie.


Formule du championnat : « C’est une année stratégique pour le rugby français »

 

Je suis un profond démocrate et nous avons dit à la Ligue que nous allons ouvrir une période de débats, justement sous le prétexte du calendrier de 2023. Il faudra se prononcer sur le calendrier et sur ce fameux Top 12 qui est un gros mot incroyable, ou d’une autre formule, car un Top 16 avec deux poules de huit diminue aussi le nombre de matchs. Aujourd’hui, ce Top 12 est en minorité car nous ne sommes pas très nombreux à jouer les deux compétitions même si nous avons récupéré La Rochelle, un profond défenseur du Top 14, qui va avoir le même problème des doublons et de superposition des calendriers. Je suis un grand défenseur du championnat de France et je ne dénigre pas le Top 14. Je suis capable d’entendre Jacky Lorenzetti qui veut multiplier les dates dans sa salle. Mais je veux que l’on fixe un cap pour nous adapter à l’une ou l’autre des solutions. Le débat va s’ouvrir et je pense que c’est chouette ce qui se passe en ce moment à la Ligue, pour que l’on arrête de se battre uniquement par voie de presse. Quoi qu’il arrive, ce sera le calendrier international qui dictera sa loi. Ce sera aux clubs français de s’y adapter. Nous allons avoir une vision beaucoup plus claire du rugby dans cette année qui est stratégique. De nombreuses décisions très importantes, en vue de 2023 mais aussi pour préparer l’après 2023, vont devoir être prises dans les six huit mois à venir. 

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Nicolas AUGOT
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