Lions, Boks et nouvelle règle

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    Lions, Boks et nouvelle règle. Focus Images / Icon Sport - Focus Images / Icon Sport
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Le débat sur l’esthétique ou la force, l’affrontement ou l’évitement et la multiplicité des formes de rugby qui peuvent conduire à un même objectif - la victoire - a souvent été abordé, dans cet espace éditorial. Il nous revient encore une fois de plein fouet, en cet été 2021 riche en rencontres. Et notamment celles-ci : trois tests-matchs entre les champions du monde Springboks et la sélection ultime quadriennale des Lions.

Deux matchs ont été joués. Un partout, balle au centre avant le "decider"*, comme aiment à l’appeler nos voisins anglo-saxons. Mais plus que le résultat, c’est le spectacle proposé qui a beaucoup fait parler. Ou plutôt, l’absence de spectacle par le mouvement : "une régression de vingt ans", "l’assurance de bientôt vider les stades de leur public" ou "la plus mauvaise publicité pour le rugby" : entraîneurs, anciens joueurs, journalistes ou tout simplement supporters jugent durement cette tournée, certes pauvre en grand air. Une tendance lourde, amplifiée par la confrontation télévisuelle directe avec le rugby à 7 des JO, où le combat s’efface nettement au profit du spectacle.

Alors, régression ou cycle ? Opportunisme ou appauvrissement ? Stratégie ou manque d’ambition ? Celui qui gagne a toujours raison, déjà. Tour à tour, les deux équipes ont ainsi eu raison de s’en tenir à un plan de jeu restrictif, de pression, où l’on attend la faute de l’adversaire. Le rugby à XV n’est pas celui du 7 et ses cycles, ses tendances dictent cela, en 2021. Toutefois, cela pourrait bientôt changer, en même temps que quelques réglementations. C’est tant mieux.

Si on peut regretter la difficile lisibilité qu’elle impose au grand public, il faut tout de même louer la capacité de ce sport à ne pas se figer dans ses habitudes. Il constate et corrige, en permanence. Ainsi, la règle du "50/22" va entrer en vigueur, justement pour mettre un terme à ces interminables échanges de jeux au pied de pression, où l’initiative devient prohibée.

Une mesure efficace ? Elle semble en tout cas bien pensée. Pour faire simple, elle devrait obliger les défensives à dégarnir leur premier rideau, pour densifier leur couverture en fond de terrain. Et, par effet domino, elle devrait pousser les attaques à chercher de nouvelles solutions, à la main, sur la ligne d’avantage.

Si tout se passe comme tel, que les équipes acceptent effectivement de renouer avec un rugby de risque et de possession, ce sera une bouffée d’oxygène divertissant, à deux ans de la Coupe du monde en France.

En attendant, on tirera tout de même un immense coup de chapeau aux champions du monde sud-africains. Par ce rugby de férocité et d’hyper-structuration au combat, celui qui exprime leur éducation profonde à ce jeu, depuis tout jeunes, les Springboks ont étouffé leurs adversaires britanniques, lors du deuxième test-match. Un tour de force collectif, après vingt mois sans avoir disputé la moindre rencontre. Ça n’assure pas encore le gain de la tournée, mais au moins le respect dévolu aux équipes immensément solidaires. Et qu’importe, finalement, la forme de rugby pratiquée.

* "le décideur", comprendre le match décisif

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