Anthony Belleau : « Cette blessure m’a permis de tourner la première page de ma carrière »

  • Anthony Belleau - demi d’ouverture de Toulon.
    Anthony Belleau - demi d’ouverture de Toulon. Icon Sport - Icon Sport
Publié le , mis à jour

Victime d’une rupture du ligament croisé antérieur du genou gauche en septembre 2020, il a retrouvé la compétition en fin de saison passée et se dit désormais prêt à rattraper le temps perdu. Sa longue convalescence, la réflexion menée sur son début de carrière, sa concurrence avec Louis Carbonel et le XV de France qu’il garde dans un coin de la tête, l’ouvreur international s’est longuement confié.

Faisons un saut dans le temps : nous sommes le 5 septembre 2020 et Toulon dispute sa première journée de Top 14 contre le Stade rochelais. Vous démarrez à l’arrière, et tout se passe bien jusqu’au quart d’heure de jeu, où vous restez cloué au sol…

J’entends que mon genou craque sur un appui et je comprends immédiatement ce qu’il se passe. Sur le coup, j’essaye de me rassurer en me disant que c’est le ménisque qui est touché, et que l’opération ne sera pas nécessaire, c’est d’ailleurs le premier truc que je dis au médecin… Je sors finalement quelques secondes et je reviens en jeu car je veux à tout prix terminer la mi-temps… Mais c’est impossible.

Le verdict est sans appel : rupture du ligament croisé antérieur du genou gauche, pour neuf mois d’absence. Comment avez-vous vécu cette période ?

J’ai surtout fait attention à ne griller aucune étape, en dissociant bien chaque phase : l’opération, la rééducation, la reprise de la marche, celle de la course, des entraînements, etc. Je savais qu’il était indispensable d’être rigoureux, mais c’était long. Quand tu te lèves chaque matin pour faire le même exercice pendant des semaines… Ne pas varier les plaisirs a été compliqué, même si au bout du compte c’est tout ce cheminement qui rend le retour à la compétition encore plus intense. Là tu te dis : "Ok, j’ai bien bossé, je mérite ce qu’il m’arrive."

Avez-vous connu des périodes de doute ?

J’ai bien conscience que cette longue absence est intervenue au cours d’une saison particulière, tant sur le plan sportif qu’administratif. Si on ajoute l’absence des supporters… Alors dès que le moral n’était pas présent, je me répétais que s’il fallait se blesser une fois dans ma carrière, autant que ce soit durant cette saison éprouvante.

Certains joueurs profitent de cet arrêt forcé pour couper un peu avec le rugby, alors que d’autres regardent cinq matchs par jour. Comment avez-vous affronté cette longue parenthèse ?

Ce n’est pas toujours simple, mais j’ai essayé de prendre du recul. Je savais depuis longtemps que tout n’avait pas été parfait depuis le début de ma carrière, et j’ai enfin pu me poser pour réfléchir à cela.

Comment avez-vous mené cette introspection ?

J’ai pris de la distance avec le terrain juste après ma blessure. Comment ne pas s’éloigner du rugby quand tu as le genou dans la glace ou dans une attelle ? Je n’arrivais pas à m’identifier à ce que tout le monde vivait. Je me suis alors dit que c’était l’occasion de faire un premier bilan sur mon début de carrière.

Et donc ?

J’ai pris conscience qu’à 25 ans, même si je demeure un jeune joueur, je ne suis plus au début de ma carrière. Et cette saison quasi blanche m’est apparue comme une parfaite période de transition.

Continuez…

Cette blessure m’a permis de tourner la première page de ma carrière. Je ne suis plus dans la découverte du rugby pro, et je dois désormais entrer dans un nouveau cycle. J’ai donc pris le temps de réfléchir à ce que j’avais fait de bien ou de mal dans ce premier chapitre, afin d’identifier mes marges de progression.

Ce que vous ne faisiez pas jusqu’alors ?

Tout va très vite dans nos carrières : on joue, on se repose, on s’entraîne et on ne prend pas le temps de la réflexion. Là j’ai eu la possibilité de prendre un peu de hauteur, et de me poser quelques questions. Comment se joue le rugby ? Quelles sont les dernières évolutions ? Dois-je réaliser un travail spécifique ?

Quel rapport avez-vous entretenu avec l’équipe ?

La mise en retrait initiale m’a permis de digérer ce coup d’arrêt dans un premier temps, avant de démultiplier mon envie de retrouver les terrains. Ensuite tout s’est accéléré, puisque dès que j’ai entraperçu le bout du tunnel en revenant au club, Julien (Dupuy, N.D.L.R.) m’a sollicité pour participer aux séances vidéos. Puis je n’ai jamais vraiment rompu le lien avec les mecs, et quand je les voyais sur le pré, je n’avais qu’une envie : les rejoindre. J’ai senti ce désir monter en puissance au fur et à mesure des semaines : tu remarches, tu recours, et plus la fin approche, moins tu tiens en place.

Était-ce important pour vous de retrouver les terrains avant la fin de saison ?

Dès que j’ai retrouvé l’entraînement, nous avons évoqué avec le staff un éventuel retour. Je voulais reprendre, je me sentais prêt. Et je suis d’ailleurs convaincu qu’avoir pu rejouer en fin de saison m’a permis de franchir un cap important, de retrouver des sensations après neuf mois sans rugby. Désormais j’ai re-plaqué, je me suis refait plaquer, j’ai fait des passes, des lancements, et j’appréhende ainsi beaucoup moins la saison qui va redémarrer. Je ne repars pas de zéro.

Vous considérez-vous aujourd’hui à 100 % ?

Je n’ai pas la moindre appréhension, et ce, depuis mon retour à la compétition. Vous savez, avec la fin de saison dans laquelle le club était engagé, je n’aurais jamais fait le forcing si je ne me sentais pas prêt. Je n’aurais pas mis des semaines d’efforts collectifs en péril parce que Monsieur voulait rejouer au rugby.

Désormais quels objectifs vous fixez-vous ?

Ma seule priorité est de retrouver le terrain, d’enchaîner. Vous imaginez, ça fait un an et demi que je n’ai pas enchaîné trois matchs de rugby… Il me tarde de retrouver pleinement la compétition, et je sens déjà à l’entraînement, quand je fais un bon choix ou une accélération, que les sensations reviennent.

En revanche, en votre absence Louis Carbonel a performé et semble prendre de plus en plus de place à Toulon. Quel rapport entretenez-vous ?

Je crois que l’un comme l’autre, nous avons toujours priorisé les intérêts de l’équipe. On échange beaucoup sur le jeu, d’autant que nous sommes tous les deux conscients de faire partie intégrante du projet. Je ne ressens pas avec Louis un défi personnel, et jamais nos intérêts ne passeront avant ceux du groupe. Évidemment que nous sommes en concurrence, et que chacun veut jouer son meilleur rugby pour avoir la confiance du staff à l’ouverture, mais nous avons toujours bossé pour Toulon.

On a tendance à dépeindre Carbonel davantage comme un "attaquant", quand vous semblez plutôt être un "métronome". Que vous apporte cette opposition ?

N’est-ce pas un atout pour l’équipe d’avoir deux ouvreurs au profil différent ? En ce qui nous concerne, sachant que nous sommes compétiteurs et que nous voulons tous les deux jouer le plus possible, cette opposition de styles nous pousse à progresser constamment sur nos "points faibles". Cette concurrence nous tire donc vers le haut et nous permet de se rappeler que rien n’est jamais acquis. Je pense que notre concurrence est bonne pour l’équipe.

Quid du tir au but ? Vous étiez indiscutable avant votre blessure, mais Louis Carbonel a parfaitement pris le relais (88 % de réussite en 2020-2021). Qui va avoir cette responsabilité cette saison ?

Lorsque j’ai retrouvé le groupe en fin de saison, la question ne s’est pas posée, car j’étais davantage focalisé sur mon retour à la compétition. Mais pour celle qui arrive, je ne sais pas. J’ai croisé Louis une seule fois depuis son retour d’Australie et nous n’en avons pas encore parlé. En ce qui me concerne, je m’entraîne à 100 % et je me mets dans les meilleures dispositions, comme si j’allais botter le week-end. Je me tiens prêt, afin de pouvoir en assumer la responsabilité si on me le demande, et nous trancherons plus tard.

Parlons désormais du XV de France. À 25 ans vous comptez 12 sélections, mais Jalibert, Carbonel, Ntamack et peut-être même Hastoy ont incontestablement pris de l’avance durant votre absence. Est-ce que l’équipe de France demeure un objectif ?

Une partie de moi aimerait répondre que c’est loin, et l’autre partie ne peut pas se l’enlever d’un coin de la tête (sourire). J’ai connu l’équipe de France, je sais ce que ça représente dans une carrière et j’ai envie d’y revenir. Je suis un compétiteur, et je veux regoûter à ce plaisir… En revanche, même si j’ai l’ambition d’être rappelé, affirmer aujourd’hui que je postule serait prétentieux. Mais je n’ai jamais lâché les Bleus, c’est une source de motivation.

Vous fixez-vous une échéance ?

Je garde la tête froide, et je sais que ce ne sera pas à court terme. Je n’ai pas enchaîné trois matchs depuis un an et demi, ça ne me tombera donc pas dessus du jour au lendemain. Mais c’est quelque chose que je garde toujours dans un coin de la tête. J’ai envie de remettre le maillot bleu, et je sais ce qu’il me reste à faire. Je garde les pieds sur terre, mais c’est une ambition que j’entretiens, que je nourris, et qui me rattrape à chaque fois que je regarde l’équipe de France.

Pour conclure, votre contrat avec le RCT se termine en juin 2022 : avez-vous commencé à mener une réflexion ?

C’est étrange, j’ai l’impression d’avoir signé mon dernier contrat il y a un mois (en 2018), car depuis tout est allé si vite… Entre le confinement, la saison arrêtée, ma blessure, et voilà que je suis en fin de contrat (rires). La question va donc se poser, mais pas tout de suite. Quand tu n’as pas réellement joué depuis une saison et demi, tu penses d’abord à reprendre, à performer et la question de l’avenir interviendra plus tard. D’autant que je suis certain que les choses se feront naturellement.

Cet article est réservé aux abonnés
Abonnez-vous pour en profiter
à partir de 0,99€/mois, sans engagement
  • Tous les articles en illimité sur le site et l'application
  • Le journal en version numérique dès 20h30 la veille
  • Les newsletters exclusives
Pierrick ILIC-RUFFINATTI
Voir les commentaires
Réagir

Souhaitez-vous recevoir une notification lors de la réponse d’un(e) internaute à votre commentaire ?