Ibrahim Diallo : « Je suis devenu l'ovni de la famille »

  • Révélation de la saison passée, le troisième ligne du Racing Ibrahim Diallo est fier de son parcours.
    Révélation de la saison passée, le troisième ligne du Racing Ibrahim Diallo est fier de son parcours. Icon Sport - Icon Sport
Publié le , mis à jour

Flanker du Racing 92 Cet été, Ibrahim Diallo a participé à la tournée du XV de France en Australie et fêté, face aux Wallabies à Melbourne, la première sélection de sa carrière. Attachant, sans filtre, il revient pour nous sur un parcours atypique...

Vous êtes rentré d’Australie le 18 juillet dernier. Qu’avez-vous fait de vos vacances, après ça ?
J’ai passé plusieurs semaines au Sénégal avec mon petit frère (Mohamed) et mon père (Issa). Une partie de ma famille vit encore là-bas. Il y avait dix-sept ans que je n’étais pas revenu à Dakar : je me suis ressourcé, j’ai fait du quad, du jet ski et tout ça m’a fait du bien.

Que sait votre famille africaine du sport que vous pratiquez ?
Pas grand chose. En choisissant le rugby, je suis devenu l’ovni de la famille ! Chez moi, tout le monde mange foot, dort foot, vit foot… Depuis le début de ma carrière professionnelle, mes parents commencent pourtant un peu à maîtriser les règles. Après les rencontres du Racing, mon père se risque même à des debriefings. Il me dit : « T’as pas assez couru, tu n’as pas été très bon en touche, t’as bien plaqué… » Ça me fait rire.

Y a-t-il du rugby au Sénégal ?
Oui. J’ai même profité de mon séjour là-bas pour visiter des gens de la Fédération, découvrir leurs projets…

Quelle était la situation en Afrique, par rapport à la pandémie ?
À Dakar, on portait le masque dans la rue, des concerts ont été annulés et toutes les compétitions de lutte sénégalaise, aussi. J’ai également l’impression que les gens, là-bas, sont un peu plus réticents qu’en France, par rapport à la vaccination.

Basculons sur la dernière tournée du XV de France en Australie : comment avez-vous vécu la quatorzaine l’ayant précédée ?
C’était long, hein… Tu fais vingt heures d’avion, t’es loin de chez toi et là, t’es obligé de passer deux semaines de ta vie dans un hôtel ! D’un autre côté, cela nous a aussi permis de créer des liens, de nous découvrir.

De quelle manière ?
On jouait aux cartes, on faisait des tournois de ping pong, on rigolait. De toute façon, je déteste la solitude et n’aurais pas pu passer deux semaines à regarder le plafond de ma chambre ou mater des séries sur Netflix. Je me serais tiré une balle. […] Au tennis de table, les grands maîtres étaient Louis Carbonel et Jérôme Garcès (ancien arbitre et actuel membre de l’encadrement tricolore, N.D.L.R.). Ils étaient quasiment intouchables.

Comment aviez-vous appris que vous partiriez en tournée ?
À l’origine, je devais être appelé par Karim (Ghezal). Mais il n’avait pas mon bon numéro. Fabien (Galthié) s’est donc chargé de m’annoncer que je partais. J’étais aux anges.

Qu’avez-vous éprouvé au moment de votre première Marseillaise, à Melbourne ?
Un peu avant d’entrer dans le stade, je n’étais pas bien : j’avais la tremblote, je transpirais. Et puis, les premières notes de l’hymne ont résonné et j’ai tout oublié : j’ai profité de l’instant, j’ai refait les grands moments de la saison à rebours… J’ai failli verser une larme, ouais…

Quid du niveau de jeu ? Y a-t-il vraiment un fossé entre le Top 14 et le niveau international ?
Au niveau des impacts, ça ne tape pas plus fort. En revanche, la vitesse est hallucinante. Tu n’as jamais le temps de te poser, de réfléchir. Au niveau international, les mecs arrivent en touche, se placent ; t’as à peine le temps de les compter que le ballon est déjà reparti à l’autre bout du terrain. C’est fou.

Vous avez un physique plutôt longiligne. Cela a-t-il toujours été le cas ?
Non. Enfant, j’étais même une petite boule. Ma transformation s’est produite à l’adolescence, au moment où j’ai quitté Sarcelles et signé au Racing.

Quel est votre plat préféré ?
Je suis un dingue de sucre. Quand je descends chercher du pain à la boulangerie, je remonte parfois sans ma baguette mais lesté d’une tropézienne, un cookie au Nutella ou un gâteau plein de crème… Mais à côté de ça, je fais des efforts. Vous savez, je ne suis pas une force de la nature comme peuvent l’être Hassane (Kolingar) ou Jordan (Joseph). Il faut que je bosse, pour être au top.

Depuis toujours ?
Oui. Enfant, mon père m’imposait des séances de gainage et de footing, tôt le matin. Je détestais ça et aujourd’hui, il reproduit la même chose avec mon petit frère. […] Papa, il réveille tout le monde le dimanche matin, nous traîne au stade pour faire des pompes, du sprint et des trucs comme ça.

Comment êtes-vous venu au rugby, au juste ?
À l’école primaire, j’ai participé à quelques tournois de rugby. Ça m’a plu et j’ai pris une licence dans la foulée, à Sarcelles. C’est un club très « famille », on mangeait tous les mardi soir ensemble et j’ai trouvé ça cool. […] Au foot, tout était déjà axé sur la performance : très jeunes, les enfants étaient classés par niveaux, ça me dérangeait… Peut-être parce que j’étais nul, remarquez…

Avant de vous imposer au Racing la saison dernière, vous avez passé beaucoup de temps dans l’ombre. L’avez-vous mal vécu ?
(il soupire) Je faisais beaucoup d’efforts, je me donnais à fond et à la fin, je n’avais pas les récompenses que j’espérais. Je vivais mal le fait d’être toujours vingt-quatrième homme. Je détestais m’échauffer et repartir m’asseoir sur le banc. Vingt-quatrième, c’était horrible…

Que vous disait Laurent Travers ?
« Ne t’inquiète pas, sois patient. Travaille et ça paiera. » Ça s’est vérifié l’an passé.

Georges-Henri Colombe, avec lequel vous avez grandi au Racing, est souvent dépeint comme trop gentil par ses coéquipiers. Vous fait-on aussi ce reproche ?
Oui. Ma mère me dit d’ailleurs souvent : « Ibou, ne sois pas trop gentil. Trop bon, trop con ! »

Et sur le terrain, alors ?
Là, c’est le jour et la nuit ; je n’en ai plus rien à foutre.

Comment ça ?
Je ne suis pas bagarreur mais si je peux faire mal au plaquage, je ne me défile pas. J’ai tendance à plaquer très bas, aux chevilles ou aux genoux. J’aime quand le mec tente de m’esquiver au dernier moment, ça me fait plaisir. Ça veut dire que j’ai fait mon job.

Avez-vous un défaut ?
Je suis étourdi. J’oublie les combinaisons en touche alors qu’on a répété le truc des dizaines de fois… « Toto », ça le rend fou. Il m’insulte, me menace mais rien n’y fait. Des fois, je zappe. Il faut vraiment que je travaille là-dessus, je crois.

Votre première cape a-t-elle changé votre vie au quotidien ?
Franchement, non. On m’a juste demandé un selfie, l’autre jour, à Paris…

À quoi rêvez-vous, désormais ?
Comme beaucoup, je rêve de pouvoir disputer la Coupe du monde en France. Mais avant ça, il faut que je franchisse d’autres étapes, que je m’impose vraiment en club… L’équipe de France, ça ne tombera pas du ciel.

Et si le rugby vous ferme ses portes, aurez-vous un plan B ?
Je me suis beaucoup posé la question, ces derniers temps. J’ai donc décidé de me relancer dans une école de commerce, histoire d’avoir un bagage scolaire. Si le rugby s’arrête demain, il faudra bien que je trouve un boulot.

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