Laurent Cabannes : « Quand j’étais jeune, j’étais un peu con »

  • Laurent Cabannes : « Quand j’étais jeune, j’étais un peu con »
    Laurent Cabannes : « Quand j’étais jeune, j’étais un peu con » Photos Racing 92 et archives Midol
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    Laurent Cabannes : « Quand j’étais jeune, j’étais un peu con » Photos Racing 92 et archives Midol
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    Laurent Cabannes : « Quand j’étais jeune, j’étais un peu con » Photos Racing 92 et archives Midol
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Laurent Cabannes (ancien troisième ligne de Pau, du Racing et de l’équipe de France). Observateur distant mais avisé du rugby actuel, l’ancien Racingman a toujours été un joueur et un homme épris de liberté. Il ouvre pour nous sa boîte à souvenirs, évoque sa reconversion, son amour pour l’Afrique du Sud, ainsi que le terrible accident qui aurait pu le priver de sa carrière internationale.

Que devenez-vous ?

Grande question ça ! J’ai une boîte d’évènementiel spécialisée dans l’informatique. J’organise des réunions, des meetings, des conventions dans ce secteur-là. Je vis aujourd’hui à Biarritz. Les sociétés d’évènements ont été à l’arrêt pendant 14 mois car les gens étaient chez eux. Nous avons organisé des évènements en visio mais plus en présentiel. Il y a eu un fort ralentissement depuis plusieurs mois et l’on ne sait pas vraiment de quoi l’avenir sera fait.

Quelle relation entretenez-vous avec le rugby ?

Je monte toujours des opérations autour du rugby pour mes clients mais j’observe le rugby d’assez loin. Je suis membre de la commission des règlements et de la discipline de la Ligue, donc cela me tient dans l’actualité puisque nous avons plus d’une quarantaine de réunions par an, mais je ne suis pas investi dans un club ou une association.

Suivez-vous toujours vos anciens clubs, comme la Section paloise ou le Racing 92 ?

Bien sûr ! Je suis le rugby par ces deux clubs auxquels je suis très attaché. Je vais parfois à Pau car ce n’est pas très loin de Biarritz, mais je me rends moins souvent au Racing car je suis rarement à Paris le week-end. Et puis je suis l’actualité générale du rugby, au-delà de ces deux clubs.

En parlant de vos anciens clubs, vous avez fait partie des rares Français à aller jouer en Afrique du Sud. En 1995, vous avez joué une saison à la Western Force, pourquoi ?

J’y suis allé bien plus tôt ! J’y suis allé en 1987, en 1993, en 1994 et 1995. J’ai joué avec la Western Province en 94 et 95. J’ai adoré ce pays, alors j’y suis retourné. Je n’étais pas international au début, donc je suis devenu sociétaire d’un club situé à côté du Cap. J’y suis revenu et j’ai fini par jouer pour la province.

Comment vous êtes-vous retrouvé en Afrique du Sud ?

Au départ, je voulais aller en Nouvelle-Zélande. Une amie qui travaille dans l’hôtellerie internationale devait me trouver un club là-bas. Et, par je ne sais quel mystère, cela ne s’est pas fait. Elle m’a trouvé un club en Afrique du Sud. En 1987, la situation était particulière là-bas : il y avait encore l’apartheid. Mais c’est ainsi que j’ai intégré le False Bay Rugby Club. J’y allais durant l’été, sur les mois de juin, juillet et août. Ensuite, j’ai gardé mes contacts. J’y suis resté quelques temps après la tournée de l’équipe de France en 1993, puis en 1994 et en 1995 j’y suis resté six mois après la Coupe du monde.

Laurent Cabannes : « Quand j’étais jeune, j’étais un peu con »
Laurent Cabannes : « Quand j’étais jeune, j’étais un peu con » Photos Racing 92 et archives Midol

Comment était le rugby sud-africain à l’époque ?

C’était conforme à l’idée que l’on se fait du rugby sud-africain ! Ils ont toujours été dans la dimension physique, avec un rugby âpre. Certaines provinces avaient des styles de jeu distincts, comme c’était le cas en Europe. Mais le jeu était déjà basé sur l’engagement et l’intensité. Ce sont leurs grandes forces, encore aujourd’hui. Ils sont même les références en la matière.

Que vous a apporté cette expérience ?

Moi, j’avais envie de me balader l’été. L’Afrique du Sud était, pour des raisons politiques, sortie du rugby international. C’était une coïncidence, une opportunité mais cela m’a beaucoup plu.

Vous n’aviez pas vraiment le profil ni le gabarit d’un joueur sud-africain, souhaitiez-vous vous tester dans ce rugby âpre et frontal ?

Ce n’était pas mon idée de départ mais effectivement j’ai dû me mesurer à ce qui se faisait là-bas. De façon inattendue, je me suis retrouvé confronté à ce rugby qui n’était pas forcément le mien, mais auquel je me suis adapté. Et puis au rugby, il faut toujours s’adapter aux situations… Ce fut intéressant à plusieurs titres. Le rugby n’était pas encore pro, mais les joueurs des provinces s’entraînaient déjà très régulièrement.

Vous vous êtes retrouvé en finale nationale contre la province du Natal où jouaient Thierry Lacroix et Olivier Roumat…

C’est vrai ! Je me suis retrouvé contre eux, d’autant qu’on venait de passer plusieurs semaines ensemble pendant la Coupe du monde. On avait de sacrés joueurs avec nous : Joel Stransky, Garry Pagel et bien sûr Chester Williams… Mais eux aussi avaient des super joueurs, puisqu’ils ont gagné la finale !

Vous avez ensuite choisi de continuer votre carrière en Angleterre, aux Harlequins puis à Richmond…

C’est ça. Là, j’étais un peu sur la fin. J’ai eu une opportunité pour jouer aux Harlequins via Dick Best, un ancien entraîneur de l’Angleterre. Je voulais encore me balader. D’ailleurs j’ai toujours pris le rugby comme un prétexte pour faire mes valises. J’aurais pu finir au Racing, mais d’autres joueurs arrivaient. J’aurais aussi pu revenir à Pau mais cela ne s’était pas fait. Donc j’ai préféré continuer à voyager avec mon sac à dos.

Vous avez cumulé 49 sélections avec le XV de France, quels grands souvenirs en gardez-vous ?

Il y en a tellement ! Je n’ai pas de préférence, mais je retiens quand même les séries que l’on a remportées avec l’équipe de France en 1992 en Argentine puis en France contre les Springoboks, en 1993 en Afrique du Sud, en 1994 en Nouvelle-Zélande. Encore aujourd’hui ce n’est pas facile de gagner dans ces pays là donc c’est précieux.

Vous avez disputez deux Coupes du monde, en 1991 et 1995. Gardez-vous de l’amertume sur cette demi-finale perdue face à l’Afrique du Sud ?

Je garde un bon souvenir de 1995, d’abord parce que c’était dans un pays que j’aimais, et puis j’étais heureux de voir l’Afrique du Sud reconnecter au rugby international. Après, ce n’est jamais très bon de garder de l’amertume, car cela commence à remonter ! Mais effectivement, cette défaite nous avait fait mal. On avait le sentiment d’être passés à côté d’un gros truc car on avait une génération qui avait la capacité de gagner quelque chose, d’aller plus loin. Sportivement, cela avait été une grande déception avec une équipe qui arrivait à la fin d’un cycle.

Vous avez failli ne plus jamais jouer au rugby à cause d’un accident de la route subi en décembre 1988. Pouvez-vous nous en rappeler les circonstances ?

Vous aimez revenir en arrière dans le journalisme ! J’avais eu un accident de voiture assez sérieux. Après ça, j’avais peu de chances de refaire du sport. Les chirurgiens étaient assez pessimistes donc j’étais très content d’y être arrivé. Je n’ai pas joué pendant un an et demi, je suis resté longtemps sur le carreau. J’ai repris un ou deux matchs avant la finale de championnat de France en 1990 (gagnée contre Agen, N.D.L.R.). J’étais loin d’envisager la reprise du rugby, et encore plus de jouer en équipe de France ! J’ai eu de la chance, et j’ai été bien pris en charge par les chirurgiens.

Où étiez-vous blessé ?

J’étais un grand blessé de la route. Un polytraumatisé avec pas mal de pépins qui m’ont valu trois opérations à l’épaule et au bras. J’avais vraiment peu de chance de rejouer au rugby. Un autre sport à la rigueur, mais pas le rugby c’était vraiment pas gagné…

Cela ne vous a pas empêché de revenir, et de signer une superbe finale de championnat de France en 1990 contre Agen…

C’est vrai que j’ai eu un parcours atypique. J’avais rejoué un match, puis mon chirurgien m’avait dit qu’il fallait réopérer. J’étais donc reparti pour une longue période d’inactivité. Mais les choses étant ce qu’elles sont, le Racing s’était qualifié pour les phases finales et on avait fini par gagner. On m’a pas mal branché avec ça d’ailleurs…

Pourquoi ?

Parce qu’on avait une équipe atypique, avec des joueurs fantasques, cela marquait aussi un peu la fin de l’époque du rugby à papa… c’était une décennie assez rigolote. En face, Agen représentait le rugby traditionnel et nous, on a mis fin à leur hégémonie. C’était un peu la revanche du Nord sur le Sud car à l’époque, c’est Agen, Toulouse, Toulon qui allaient en finale. Au Racing, on a décomplexé les gens du Nord, le rugby d’en haut.

Laurent Cabannes : « Quand j’étais jeune, j’étais un peu con »
Laurent Cabannes : « Quand j’étais jeune, j’étais un peu con » Photos Racing 92 et archives Midol

Avez-vous jamais songé à entraîner une équipe ?

Non. À la fin de ma carrière, j’ai eu envie de partir dans une vie professionnelle un peu différente. C’est un jeu que j’adore, qui m’a passionné, qui me passionne un peu moins aujourd’hui car je ne suis pas impliqué dans un club.

On vous a vu en consultant télé pour Canal + en 2000, pourquoi ne pas avoir continué ?

J’étais consultant avec Frédéric Viars, c’était assez sympa d’autant qu’on était dans les belles années Canal. Mais je ne voulais pas en faire mon métier.

Quel regard portez-vous sur l’équipe de France aujourd’hui ?

Ils ont une génération intéressante, voire très intéressante. On a vu qu’ils sont compétitifs contre les meilleures équipes. Tout le monde salive à l’idée de la prochaine Coupe du monde, d’autant qu’on a connu des années plus difficiles. J’écoutais Fabien Galthié l’autre coup, il disait qu’il voulait tripler les postes. Je crois qu’il les a même quadruplés. Cela laisse augurer un renouveau du rugby français. Les joueurs pratiquent un rugby enthousiasmant, ils sont formés en France et jouent en Top 14. On a même vu qu’un joueur de Pro D2, Melvyn Jaminet, a signé une très belle tournée. Cela veut dire que les clubs français travaillent bien.

Et sur les troisième ligne ?

L’équipe de France est riche à ce poste. Je n’aime pas mettre des joueurs en avant, mais c’est vrai que certains me plaisent. Déjà on a Charles Ollivon, qui est blessé pour le moment mais qui reviendra. On voit aussi que beaucoup de jeunes joueurs arrivent en même temps : Woki est intéressant, Jelonch prend des épaules et de l’épaisseur… et il y en a d’autres, sans compter ceux que l’on ne connaît pas encore et qui se révéleront d’ici deux ans et demi. J’y vois un signe de la santé du rugby français et de ses clubs. On a beaucoup critiqué le Top 14 et le Pro D2, mais on voit bien que ces championnats forment des joueurs compétitifs.

Vous retrouvez-vous dans l’un d’entre eux ?

J’aime bien Cameron Woki. Je ne le connaissais pas trop car à Bordeaux-Bègles je suivais davantage Alexandre Roumat, le fils d’Olivier, qui me plaît aussi. Woki a intégré progressivement le groupe France, et il a un profil intéressant. Sa marge de progression est énorme aussi… Il est offensif, plein d’énergie, il couvre du terrain… J’ai pu vérifier sa grande activité en me penchant sur ses statistiques.

Il paraît que vous étiez absent à votre propre Oscar Midi Olympique au début des années 90 ?

(rires) Ouais mais quand j’étais jeune, j’étais un peu con ! J’ai raté pas mal de trucs comme ça, à Stade 2 par exemple. Enfin non, je n’ai pas raté, je n’étais pas enthousiaste à l’idée d’y aller. J’étais un peu écorché, j’ai eu mes côtés difficiles quand j’étais jeune. Après, je vous rassure, ça m’a passé !

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Simon Valzer
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