Coqs en stock - Barlot : «La quatorzaine, ça peut être très sympa…»

  • Gaëtan Barlot ne se voyait pas vraiment aller en Australie.
    Gaëtan Barlot ne se voyait pas vraiment aller en Australie. Icon Sport - Icon Sport
Publié le , mis à jour

Le talonneur Gaëtan Barlot revient sur sa première tournée avec le XV de France, sur son été riche en émotions et sur ses espoirs de succès avec le Castres olympique. Rafraîchissant !

Le 18 juillet, vous avez achevé votre première tournée avec les Bleus. Qu’avez-vous fait depuis ?

J’ai mis ce temps à profit pour profiter de ma famille et de mes proches. Je suis parti visiter la Côte d’Azur avec ma compagne, puis je suis allé voir mes parents dans la région de Clermont-Ferrand… Voilà, vous savez, la saison a duré un an et un mois, alors je crois que c’était très important de vraiment couper avec le rugby pour régénérer le corps et l’esprit.

Racontez-nous comment vous avez appris que vous étiez convoqué pour cette tournée…

Pour tout dire, j’avais prévu de déménager dans ma nouvelle maison castraise la semaine où l’équipe de France devait décoller pour l’Australie. J’étais donc dans mon ancien logement, au beau milieu de mes cartons, quand mon téléphone a sonné. C’était William Servat au bout du fil. Il m’a annoncé la bonne nouvelle… C’était une sacrée émotion !

Vous ne vous attendiez vraiment pas à cette convocation ?

Je me rendais bien compte que je faisais une fin de saison très correcte, à l’image de celle de mon club. Mais j’avais le sentiment qu’il y avait quand même beaucoup de bons talonneurs qui pouvaient postuler en équipe de France et qui étaient devant moi dans la hiérarchie. Et puis, malheureusement pour eux, j’ai vu Pierre (Bourgarit, N.D.L.R.) et Camille (Chat) se blesser… Ensuite, j’ai vu les équipes mobilisées pour la fin de la phase finale de Top 14 qui ont conservé leurs talonneurs. Petit à petit, l’idée que je pourrais être appelé a pris un peu d’épaisseur dans ma tête mais je n’y croyais pas vraiment…

Comment avez-vous vécu la période de quatorzaine qui vous a été imposée lors de votre arrivée en Australie ?

J’ai changé d’avis sur le concept de quatorzaine (rires) ! Quand on est avec de bons gars, ça peut s’avérer très sympa en fait. Au vrai, au début, nous nous sommes dit que cela allait être très long et difficile à gérer. Et puis, finalement, tout le groupe a joué le jeu et cette période de confinement a contribué à resserrer le groupe. Je crois que notre état d’esprit est né pendant cette quatorzaine.

Comment occupiez-vous votre temps ?

Nous sommes devenus de redoutables joueurs de cartes et de ping-pong… Et on a aussi mis à profit cette période pour travailler spécifiquement sur nos adversaires australiens.

Comment vit-on les dernières secondes avant d’entrer sur la pelouse pour disputer son premier match international ?

C’est très puissant. Franchement, je ne pensais pas connaître des émotions aussi fortes un jour. On revoit toute sa carrière défiler dans sa tête, on repense à tous les efforts consentis pour en arriver là. On se rend compte que c’est un privilège que d’être à cette place et que sur la masse de tous les joueurs, rares sont ceux qui ont eu l’honneur de porter le maillot Bleu. C’est vraiment beau.

Et la première Marseillaise, alors ?

Je l’ai vécue très intensément. Je crois que c’est ce jour-là que j’ai réellement pris conscience de la beauté de notre hymne et de la portée de ses paroles. Je peux vous dire qu’après ça, vous pouvez aller jouer un match de rugby ! Ça conditionne drôlement bien ! (rires)

Pourtant, votre première action en tant qu’international fut un échec (lancer en touche raté)…

Oui, je crois que je me suis laissé un peu rattraper par l’émotion et j’ai fait un mauvais lancer. J’avais la pression, nous étions dans nos 22 mètres… Ce n’était pas évident…

Heureusement, vous avez su vous ressaisir, au point d’être trois fois titulaire au cours de cette tournée. Avec un peu de recul, quel bilan personnel tirez-vous de cette aventure en Bleu ?

Pour moi, le bilan est très positif. Je suis arrivé pour jouer cette tournée dans mes petits souliers, j’espérais à peine gratter quelques minutes de temps de jeu pour obtenir ma première cape. Alors, jouer les trois matchs et qui plus est en tant que titulaire, c’était un peu inespéré et je suis fier de l’avoir fait. Je me suis prouvé que j’étais capable de disputer trois matchs de haut niveau en dix jours et j’ai pris confiance en moi. Je suis fier de moi et du groupe car mine de rien nous avons réussi à accrocher les Australiens sur leurs terres alors que l’on nous promettait l’enfer. On s’en sort avec les honneurs et en plus j’ai fait de très belles rencontres, alors je suis aux anges !

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Coqs en stock - Gaëtan Barlot : « La quatorzaine, ça peut être très sympa… » Icon Sport

Avec qui vous êtes-vous particulièrement lié durant cette aventure ?

Je m’entends bien avec tout le groupe mais j’ai appris à mieux connaître Baptiste Pesenti, Baptiste Couilloud et Enzo Forletta par exemple. C’était une sacrée aventure humaine, vous savez !

Comment jugez-vous l’écart de niveau entre test international et Top 14 ?

Je n’ai qu’une saison de Top 14 dans les jambes alors je ne suis peut-être pas le mieux placé pour répondre à cette question mais la marche entre les deux niveaux me paraît quand même importante. Avec les Bleus, tout est plus rapide et précis. L’impact physique est colossal et la moindre erreur se paye comptant. Tenez, revenons sur l’action de mon premier lancer raté… J’envoie une saucisse et les Australiens en ont immédiatement profité… Lancement de leur part et on prend un essai limpide… Bon, celui-ci fut refusé pour en-avant mais ça donne une idée du niveau… Tous les détails comptent, tout est millimétré et précis.

Qu’est ce qui a changé dans votre vie depuis que vous êtes devenu international ?

Oh pas grand-chose, vous savez… Je reviens de vacances sur la Côte d’Azur et on ne m’a pas reconnu dans la rue ! Par contre, j’ai eu droit à un joli comité d’accueil et à une petite fête en mon honneur quand je suis revenu dans mon village, à Saint-Ours-les-Roches où on m’a même remis la médaille de la ville ! J’ai aussi eu droit à de belles attentions de la part de L’AS Pulvérières, qui fut mon club formateur, et dont je portais le nom sur mon maillot.

Votre parcours, loin du giron fédéral, peut donner confiance à beaucoup de jeunes joueurs. En êtes-vous conscient ?

C’est vrai que je n’ai pas suivi la trace du joueur international « classique ». Je n’ai jamais eu de sélection chez les jeunes, je ne connaissais pas Marcoussis, j’ai galéré longtemps avant de faire ma place en première à Colomiers… Je suis la preuve qu’avec du travail et un peu de réussite, on peut toucher ses rêves.

Avez-vous douté ?

Quand j’avais 20 ans, le rugby ne marchait pas trop pour moi. Je jouais en espoirs à Colomiers mais je n’avais pas de convention avec le centre de formation. Je n’étais pas sûr que je passerai le cap du rugby professionnel donc j’ai suivi une formation et je suis même allé travailler un an en parallèle du rugby pour ne pas trop gamberger. C’était « chaud ». Et puis, cette année-là, tout a fini par s’accélérer au niveau du rugby. Colomiers m’a lancé en professionnel puis le Castres olympique est venu me chercher. Preuve qu’il faut toujours y croire.

On vous positionne volontiers dans la catégorie des joueurs hyperactifs et vous n’hésitez pas à participer au jeu d’attaque. D’où vous vient ce goût pour le jeu de mouvement ?

Pour ça, je crois que je dois beaucoup à ma formation à Colomiers. Mon entraîneur d’alors, Fabien Berneau, qui évoluait troisième ligne au cours de sa carrière de joueur, était très porté sur le mouvement et il me demandait de bouger sans cesse. Cela me va très bien et je ne me verrais pas passer des matchs entiers en étant statique à attendre entre chaque mêlée. J’aime quand ça bouge !

Que peut-on vous souhaiter, désormais ?

Je veux faire une belle saison avec mon club, le Castres olympique. Nous avons de jolis défis face à nous cette année. Essayer d’accrocher une qualification pour la phase finale de Top 14 après notre échec rageant lors de la dernière saison est un objectif pour moi car je n’ai encore jamais joué de matchs couperet dans notre championnat domestique. Je vais aussi découvrir la Champions Cup et je suis très excité à l’idée de jouer cette coupe si prestigieuse. Bien sûr, si je peux faire quelques autres apparitions avec le XV de France j’en serai très heureux mais je veux vraiment donner la priorité à mon club cette année.

Vous êtes encore jeune mais avez-vous commencé à penser à ce que sera votre vie après le rugby ?

Je n’y pense pas beaucoup, encore. J’ai la chance d’avoir pu passer il y a quelque temps un BTS de technicien de laboratoire. J’ai déjà travaillé un an dans cette branche avant que ma carrière rugby ne s’accélère et j’ai vraiment aimé cette expérience. Alors, peut-être que j’y retournerai après le rugby si ce métier n’évolue pas trop d’ici là. Bon d’ici là, tout peut changer et si vous me posez à nouveau la question dans cinq ans, je répondrai sans doute différemment !

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