Kolbe à Toulon: tous les détails d'un départ sur fond de désaccord financier

  • Cheslin Kolbe, qui échappe ici à un défenseur clermontois, pourrait ne plus porter les couleurs toulousaines et prendre la direction du RCT.
    Cheslin Kolbe, qui échappe ici à un défenseur clermontois, pourrait ne plus porter les couleurs toulousaines et prendre la direction du RCT.
Publié le , mis à jour

Vendredi, la nouvelle est tombée. Cheslin Kolbe s'est officiellement engagé à Toulon. Récit d'un transfert hors norme et inattendu  qui affolait la planète ovale depuis quatre jours. L'information s'est confirmée vendredi matin. Le Sud-Africain Cheslin Kolbe jouera bien à Toulon cette saison après son retour de ses devoirs en équipe nationale. Il ne portera plus les couleurs du Stade Toulousain où il était arrivé en 2017 avec qui il a brandi trois trophées majeurs. Un premier chiffre circule, son contrat aurait été racheté pour 1,8 millions d'euros, record du rugby mondial. Jamais un "transfert" (le mot est peu usité en rugby) n'était monté aussi haut. 

Le pétard est parti d’Angleterre, lundi soir. Un tweet du journaliste Neil Fissler (The Rugby Paper) : « Rumeur du soir : Cheslin Kolbe discute avec Toulon. » Une première « balle » qui a rapidement trouvé de l’écho, en France. Qu’en était-il vraiment ? « Tout ce que je peux dire à ce stade, c’est que les deux clubs étudient la faisabilité de l’opération, ensemble et avec le joueur » confirmait, mercredi, le président du RCT Bernard Lemaître sur Rugbyrama. Kolbe, donc, pourrait bel et bien quitter officiellement Toulouse dans les prochains jours et enfiler une nouvelle tunique, au terme de la séquence internationale en cours, qui le laisse pour l’instant à disposition des champions du monde Springboks. La destination toulonnaise est effectivement la plus probable, à l’heure où nous écrivons ces lignes. « Il se peut que Toulouse et le RCT trouvent un accord. Pour l’instant, cela me semble prématuré » tempérait encore Lemaître sur Rugbyrama. Car le joueur, engagé pour deux saisons encore au Stade toulousain (2023), ne sera pas libéré sans une importante indemnité financière sur laquelle il faut s’accorder. Aussi, la fuite de l’information a éveillé d’autres appétits (voir ci-contre).

Pour expliquer les envies de départ de Cheslin Kolbe, les envies de recrutement du RCT et la porte ouverte par le Stade toulousain, beaucoup de raisons sont avancées : un investissement moindre du joueur, depuis son sacre mondial au Japon, et des performances sportives moins éblouissantes que lors de ses deux premières saisons en rouge et noir ; un comportement parfois jugé individualiste, en interne ; des absences (trop) régulières pour cause de sélection nationale ; l’idée que le Stade toulousain, aux finances serrées par les huis clos – comme tous les clubs du Top 14 – ne verrait pas d’un mauvais œil l’entrée de « fraîche » dans les caisses. Tout ceci est vrai. Mais le principal argument est ailleurs, bien plus simple : c’est un divorce financier qui se joue depuis plusieurs mois à Toulouse, entre le club et son joueur-star.

« Une question d’heures, peut-être de jours »

C’est l’aboutissement dans une impasse de négociations autour d’une nouvelle revalorisation salariale que le joueur a souhaitée, puis réclamée. Quelles sont ces prétentions ? 1 million d’euros annuels, depuis le retour de la Coupe du monde. Un traitement que la direction du club ne lui a pas octroyé, malgré de longs mois de négociations. Jusqu’à se retrouver franchement en froid avec son joueur. « Je ne suis pas optimiste. Je crains qu’on ne le revoie plus », confiait un membre du staff toulousain, à la reprise des entraînements début août, alors que Kolbe est actuellement en Afrique du Sud. Toulon, mis au parfum dans l’été de ces désaccords, a fait connaître son intérêt pour « débaucher » l’ailier champion du monde. Le RCT a rapidement fait savoir à l’entourage du joueur que, de son côté, il serait plus enclin à répondre aux exigences salariales.

Kolbe sous le maillot toulousain
Kolbe sous le maillot toulousain Icon Sport - Icon Sport

Il a également fait savoir au club toulousain qu’il était disposé à entamer des discussions autour du montant du dédommagement, pour racheter les deux dernières années de contrat du joueur. Dès lors, les trois parties ont trouvé un intérêt commun dans la mise en place d’une transaction. Elles sont entrées en négociations. Lesquelles avancent bien, selon plusieurs acteurs du dossier. « C’est une question d’heures ou de quelques jours », confiait l’un d’eux, en milieu de semaine. « Ce pourrait être réglé. dans le week-end. »
Arrivé à Toulouse dans un certain anonymat, malgré une très belle cote dans les catégories de jeunes et un début de carrière prometteur aux Stormers, Kolbe s’est rapidement imposé comme LE phénomène du Top 14. Et le très bon coup de l’été 2017 pour le Stade toulousain qui, face aux performances du joueur et l’appétit qu’il éveillait légitimement chez la concurrence, l’avait rapidement prolongé. En novembre 2018, Kolbe se ré-engageait avec le club haut-garonnais jusqu’en 2023, une première revalorisation salariale à la clé. Un processus qui allait se répéter quelques mois plus tard : dans le courant de l’année 2019, avant qu’il ne décolle pour le Japon où il serait sacré champion du monde, Kolbe obtenait une seconde revalorisation salariale (cette fois sans signer de nouveau contrat). Avec des émoluments évalués à 640 000 euros annuels, il devenait alors le joueur le mieux payé de l’histoire du Stade toulousain.

Toulouse n'a jamais voulu lui donner un million d'euros par saison

Au retour de la Coupe du monde, Kolbe a encore changé de statut : il était le phénomène du Top 14, il est désormais celui du rugby mondial. Le Sud-africain change de représentants et confie sa carrière, la gestion de son image et de ses partenariats à Roc Nations Sports, la branche sportive de l’agence fondée par le rappeur américain Jay-Z. Désormais, pour tout ce qui concerne Cheslin Kolbe, c’est à des intermédiaires américains que le Stade toulousain s’adresse. Et ceux-ci sont gourmands : très vite, ils évaluent la valeur salariale de leur joueur à 1 million d’euros par saison. Une somme dont ils ne démordront pas, que le club n’accordera pas et qui conduira au divorce qui se profile.

Kolbe médaillé avec les Boks !
Kolbe médaillé avec les Boks ! PA Images / Icon Sport - PA Images / Icon Sport

C’est donc dans ce contexte que l’intérêt de Toulon s’est fait connaître. Et les discussions entre les deux clubs avancent bien, cette fois-ci accompagnées par CSM, la plus puissante « écurie » d’agents en France. En milieu de semaine, une indemnité  avoisinant les 1,8 million d’euros était proposée par Toulon  (une somme qui ne sera pas prise en compte dans le salary cap du RCT). Impossible de ne pas imaginer que le salaire de un million d'euros n'a pas été accordé au joueur dans le Var. 

Qui pour compenser son départ à Toulouse ?

Après ce coup de tonnerre, Bernard Lemaître tient là son premier recrutement retentissant, à la tête du RCT. Une manière, pour lui, de s’affranchir définitivement de l’ombre des années Boudjellal et d’ouvrir pleinement sa propre page.

Côté toulousain, le départ de Kolbe aura  un impact sportif. S’il était régulièrement monopolisé par sa sélection ou parfois blessé, ces dernières années, Kolbe n’en reste pas moins exceptionnel dès lors que les grands matchs arrivent : en finale de Top 14 en juin dernier, sa performance avait été éblouissante. Lors de la tournée des Lions, cet été en Afrique du Sud, il a récidivé sous le maillot des Springboks, avec notamment un exploit personnel décisif lors du deuxième test-match.

Comment, alors, compenser sportivement ce départ ? Le poste d’ailier n’est pas le plus garni de l’effectif toulousain, même si des polyvalences peuvent permettre d’assurer le coup. Arthur Bonneval, Matthis Lebel et Dimitri Delibes sont en poste ; le jeune Nelson Epée, très prometteur, devait être prêté à 7 et pourrait finalement rester ; Maxime Médard, Sofiane Guitoune, Juan Cruz Mallia ou Lucas Tauzin peuvent également dépanner à l’aile.

Au printemps, les Toulousains avaient approché Teddy Thomas, qui a finalement prolongé au Racing 92. Ils ont également avancé sur les pistes menant à Melvyn Jaminet et Pierre-Louis Barassi, mais ces arrivées ne devraient pas être effectives avant l’été 2022 (voir ci-dessous). Avec une sérieuse enveloppe à dépenser, des suites du départ probable de Kolbe, ils auront toutefois de quoi scruter le marché.

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Les commentaires (6)
Jeanh19 Il y a 1 mois Le 27/08/2021 à 15:04

Lorsque l'on signe un contrat, la moindre des choses est de le respecter. Quand le tête enfle, ça complique les choses. De plus, certains club sont entrain de pourrir le sport et le rugby en particulier.

StadeToulousain Il y a 1 mois Le 26/08/2021 à 17:37

Le président du RCT agit sous la pression de ses supporters après une mauvaise saison et ce n'est pas de bonne augure. Kolbe ne va jouer que 6 mois par saison, risque de se blesser, de ne pas s'aclimater sportivement, socialement et n'a pas été aussi flamboyant l'an dernier... Il devra s'aclimater très rapidement car 6 mois, c'est très court si il doit mériter son salaire et ses indemnités. Les supporters du RCT critiquaient Bernard Lemaitre sur son manque de recrutement, c'est réglé mais à quel prix? Si Kolbe veut passer d'un club dernièrement double champion de France et champion d'Europe à un club qui ne va même pas jouer la grande coupe D'EUROPE cette année, ce n'est pas pour son amour du RCT...

hubert64 Il y a 1 mois Le 26/08/2021 à 07:45

Bonjour,
Je suis d'accord avec Le_Vauguierois, le rugby devient une affaire de gros sous chez les professionnels, on en a un exemple flagrant, ici.