O’Gara : « Un bon entraîneur ne fait pas deux fois la même faute »

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Promu à la tête de l’équipe première du Stade rochelais à l’intersaison, l’ancien ouvreur du XV du Trèfle (128 sélections) nourrit des ambitions toujours plus affirmées, avant d’entamer ce nouvel exercice par des retrouvailles avec Toulouse. 

Pour la première fois de votre carrière d’entraîneur, vous abordez unesaison dans le costume de patron du staff sportif. Vous en rêviez ?

Ce n’était pas une obsession. On arrive ici naturellement. Je ne fais jamais de plan, je vis dans le présent. Ce n’est pas parce que tu es manager que tu es meilleur que les autres dans le staff. Je crois au partage des responsabilités. Certains m’assimilent au patron mais on n’est pas dans une entreprise. J’ai énormément de faiblesses. Mes forces, je les partage avec tout le staff et même Patrick, en cuisine. C’est un voyage ensemble. Si tu mélanges tout, tu as une bonne recette. Reste à utiliser les bons outils.

Quels changements cette promotion implique-t-elle dans votre quotidien ?

Beaucoup de choses ont changé. Nouveau staff, nouveau fonctionnement. Ça amène de la fraîcheur, des idées nouvelles. Jono (Gibbes, N.D.L.R.) était mon chef l’année dernière. Maintenant, c’est à moi de donner le tempo au groupe et d’inspirer les joueurs. C’était très amical entre nous deux, on a bien bossé mais on est complètement différents avec Jono. Il a fait du très bon travail ici mais j’ai une vision différente. C’est normal, je viens d’Irlande et lui de Nouvelle-Zélande. Bien sûr, il y a beaucoup plus de responsabilités, des responsabilités différentes. Ces deux dernières années, la performance sur le terrain était toutefois déjà de ma responsabilité. J’espère garder un haut niveau de performance. Il y a des choses à améliorer autour de ça.

Au cours de la précédente campagne de Champions Cup, avant l’annonce de votre prolongation, les médias anglo-saxons vous voyaient déjà sélectionneur de l’Irlande. Et vous ?

(Il sourit) C’est le but, oui. Mais pas tout de suite. Un jour. Je garde ça comme une ambition. Je ne dis pas ça avec le melon, on a tous des choses que l’on aimerait faire. J’aimerais gagner quelque chose avec l’Irlande. Ou avec la France, pourquoi pas. Il y a Shaun Edwards (entraîneur de la défense du XV de France) maintenant. Je suis assez à l’aise pour parler français et m’inscrire dans la hiérarchie mais, avant ça, tu dois faire le boulot avec ton club. Mon club, c’est La Rochelle et je dois remercier Vincent Merling (le président) et Pierre Venayre (le directeur général) de m’avoir accordé leur confiance. J’espère montrer un bon niveau de travail chaque jour. Je prends énormément de plaisir dans ce club. Je pense que les jeunes joueurs, ici, ne comprennent pas pourquoi je suis autant en forme.

Que voulez-vous dire ?

Une carrière de joueur passe très vite. Quand j’étais joueur, je n’ai pas assez apprécié, j’étais trop pris par la pression. J’étais dans ma bulle, trop concentré sur ma réussite aux tirs au but le week-end. Je ne pensais pas positif, je voyais le verre à moitié vide… Maintenant, c’est complètement l’inverse ! Je vois le positif partout. Ça, c’est grâce à Scott Robertson (manager des Crusaders) qui a complètement changé ma façon de penser.

Discutez-vous souvent ?

Tout le temps. C’est très naturel avec lui. J’adore sa vision des choses. Il voit l’humain avant le rugby. Pour lui, c’est l’homme avant tout. Et il pense que le rugby, c’est facile pour lui. Je ne peux pas être en désaccord avec lui parce qu’il est fort.

Du coup, avez-vous accepté la proposition du Stade rochelais les yeux fermés ?

J’ai beaucoup réfléchi, beaucoup cogité. Je me suis préparé, dans l’ombre. Je ne suis pas Rochelais mais j’ai beaucoup d’amour et de passion pour ce club. C’est un peu lié à la fidélité. J’adore des mecs comme Sazy, Tanguy, Atonio, Gourdon. Je suis certain qu’ils ont eu des opportunités pour partir mais ils ont décidé de rester. J’adore ces valeurs. Quand on parle de fidèles, je pense à un mec comme Brice Dulin, aussi.

Vous l’avez débauché au Racing, l’an passé…

Il a décidé de quitter un grand club pour être entraîné par moi. Je pense qu’il avait confiance en moi pour booster à nouveau sa carrière. Je suis très fier de réintégrer un joueur très performant en équipe de France. Je veux d’ailleurs que tous les jeunes, ici, et beaucoup d’autres jouent pour l’équipe de France. Comme manager, je veux le meilleur pour chacun. C’est superimportant que leurs ambitions soient très élevées.

Sur le papier, vous voilà engagé jusqu’en 2024 avec La Rochelle…

Il n’y a pas de clause libératoire. Je suis ici pour trois ans, sauf si le club veut me virer (rires). Je n’espère pas mais c’est la réalité du sport professionnel. Je suis très content, ici. C’est un championnat fantastique. Quand tu es à l’extérieur, tu ne l’apprécies pas forcément mais quand tu es dedans, c’est le meilleur championnat du monde.

La dernière finale du Top 14, perdue face au Stade Toulousain (18-8) est-elle totalement digérée ?

Oui. C’était très dur mais on apprend et on continue. Personne n’est mort dans notre équipe. Je préfère perdre une finale qu’une demi-finale. Toulouse, pendant 80 minutes, a été bien meilleur que nous. Bon, même avec toutes nos fautes, on termine à dix points derrière. C’est bizarre et anormal en même temps. De toute façon, on doit accepter les deux défaites en finale de la saison dernière. On ne doit pas dire que la vie est contre nous. Je dois féliciter Toulouse. Ils sont champions d’Europe et champions de France, c’est énorme ! Sur le moment, je n’en ai pas pris la mesure. J’aimerais faire ça un jour. Bravo à Ugo Mola (manager de Toulouse). Je dis ça avec beaucoup de sincérité.

À chaud, au Stade de France, vous disiez que la progression passait par l’analyse de la défaillance globale de vos leaders. Avec davantage de recul, avez-vous des explications ?

On a fait une enquête privée. J’ai trop de respect pour mes leaders pour dévoiler les réponses. Elles restent entre eux. Ça me fait repenser à ma première finale de Coupe d’Europe, à Twickenham, en 2000 : zéro sur cinq aux tirs au but, zéro point… On a fait un bon débrief du match. La réalité, à la vidéo ? On n’était pas précis, du tout. Toulouse a contrôlé le match et mérite sa victoire.

Le Stade toulousain, vous le retrouverez dans une semaine en ouverture du Top 14, à domicile…

C’est le choc de la première journée ! C’est énorme pour nous d’avoir cette opportunité, devant notre public, avec un stade plein, de jouer du bon rugby. On a joué du bon rugby beaucoup de fois l’année dernière donc pourquoi pas ce dimanche-là.

Fraîchement retraité, le Racingman Donnacha Ryan a rejoint votre staff, en qualité d’entraîneur des avants, en binôme avec Romain Carmignani. « C’est vraiment la personne que Ronan avait envie d’intégrer », nous glissait récemment le directeur sportif Robert Mohr. Pourquoi ?

J’ai joué avec lui au Munster, j’étais un grand fan. Nous n’étions pas très proches mais il m’a toujours intéressé. Il ne pense pas comme les autres, il n’est pas fait comme les autres. Il est toujours un peu à contre-courant. Donnacha analyse très bien le jeu. Joueur, il demandait toujours à l’entraîneur pourquoi on faisait ci, pourquoi on faisait ça. Il est hyperintelligent. Je l’ai signé car il a une super personnalité. Il adore parler rugby. Souvent, quand il m’appelait, je me disais : « Oh ! non, on va y passer une heure ! » (Il éclate de rire) En Irlande, on aime bien discuter. Mais, lui, il adore parler, parler, parler. Je connais son niveau et je pense qu’on verra le vrai Donnacha dans deux ans.

Deux ans ?

Sa tête est encore un peu embrouillée, il vient de finir sa carrière. Je suis certain qu’il va entrer dans le vestiaire des joueurs, dimanche prochain, parce que ça fait quinze ans qu’il a l’habitude de faire ça. Son cerveau est formaté.

Est-ce si dur de faire la bascule ?

Personnellement, je ne me souviens de rien au sujet de mes six premiers mois comme entraîneur. J’étais dans un autre monde. Mais Donnacha est un travailleur. Dès fois, je lui dis : « Calme-toi un peu, tu vas mourir si tu continues comme tu es en ce moment. » On n’a pas besoin de faire des choses très compliquées pour être performant et efficace. J’ai besoin de Donnacha, c’est un expert du jeu des avants. Pas moi.

Quel regard portez-vous sur votre recrutement estival ? Vous répétez souvent œuvrer pour avoir, « au moins », deux titulaires à chaque poste…

Mais des bons, hein ! Tu peux trouver trois à dix joueurs par poste, mais sont-ils bons ? (Il se marre)

Estimez-vous que c’est le cas, cette saison ?

Je dois dire que oui. C’est vrai que c’est ma philosophie. Je me bats un peu contre ces histoires de frigo. C’est du déjà-vu en Top 14 : si tu n’es pas dans les vingt-trois ou si tu poses une question difficile à ton entraîneur, tu es au frigo… Pour moi, ça n’existe pas. Ce n’est pas possible qu’un même joueur fasse trente-trois matches. Si tu as un contrat ici, je t’accorde de la valeur et j’ai de l’estime pour toi. C’est quelque chose que j’ai appris aux Crusaders (O’Gara y a entraîné les arrières, en 2018 et 2019). Le rôle des joueurs hors groupe est très puissant. Certains jouent quatre fois dans l’année mais leur investissement et leur impact sur l’équipe restent énormes.

À l’image, par exemple, de Jules Le Bail, non ? Blessé une bonne partie de la saison dernière, il s’est montré décisif pour l’accession directe en demi-finale du Top 14…

(Il hoche la tête en signe d’approbation) Peut-être que je me suis trompé de ne pas lui avoir donné une autre opportunité, ensuite. Aurais-je dû le mettre sur le terrain, en finale ? Je dois vivre avec cette question. J’assume. C’est le passé, je ne peux pas le changer. Mais je dois apprendre encore, je ne suis pas un expert. Un bon entraîneur ne fait pas deux fois la même faute d’affilée. C’est un bon exemple.

Après une saison historique à deux finales, vousdites-vous que la saison à venir ne serait réussie qu’avec un titre ?

Ce serait une grande erreur de prendre les choses comme ça. Il y a énormément de travail pour aller en finale et aucune garantie. Gagner, c’est encore différent. On a raté deux opportunités la saison dernière. La vie est pleine de déceptions, c’est comme ça. Qu’est-ce qu’on va faire maintenant ? Si tu penses que ça ne va jamais arriver, peut-être que ça n’arrivera jamais. Je suis convaincu que si tu continues d’y croire et de bosser, il y aura peut-être une opportunité d’être performant. Je prends plaisir d’être sur ce bateau en ce moment, mais tu ne peux pas juste commander un titre. Tu dois le gagner.

Qu’est-ce qui sépare encore La Rochelle d’unpremier titre majeur, d’après vous ?

Nous avons trop de faiblesses dans les moments clés pour décrocher ce titre mais on n’est pas loin. La marge est infime. C’est quelque chose que j’aimerais accomplir avec ce groupe. Il y a des étapes à franchir, on a déjà un plan pour finir dans les six premiers et on est en train de montrer qu’on est un grand club. Il y a énormément de potentiel, dans ce groupe. On a piqué les joueurs, individuellement. Avec un peu plus de coaching, de standards, de classe mondiale, on peut vivre notre rêve.

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Romain Asselin
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