James ne doit pas être oublié

  • James Lasis, arrivé au club de Nice il y a un an, se remet petit à petit de son accident. Toujours hospitalisé en réanimation (en bas à droite), il reçoit chaque jour de nombreux messages de soutien (en haut à droite).
    James Lasis, arrivé au club de Nice il y a un an, se remet petit à petit de son accident. Toujours hospitalisé en réanimation (en bas à droite), il reçoit chaque jour de nombreux messages de soutien (en haut à droite). Photo Stade niçois - Stade niçois
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James Lasis - deuxième ligne de Nice grièvement blessé après une mêlée effondrée face à Narbonne en avril, le joueur anglais est toujours hospitalisé. Grâce au formidable élan de solidarité du monde du rugby et au soutien de ses proches, il retrouve peu à peu la force de reprendre goût à la vie.

Service de réanimation du CHU de Nice. C’est au premier étage que Karl Lasis, le père de James, et Judy, sa mère, nous attendent en compagnie de Régis Bauché, directeur général du Stade niçois. James est allongé sur son lit, face à la fenêtre. Son regard profond, bleu horizon, vous foudroie comme une claque. Pas de faux-semblants, ou d’effusions de sentiments : le temps est compté, les deux médecins postés à son chevet donnent l’ordre : « Attention pas plus de vingt minutes de présence ! »

La conversation s’anime, le débit est limpide, uniquement interrompu par la ventilation assistée. L’interview peut commencer. Voilà bientôt quatre mois que James Lasis n’a pas quitté le premier étage de l’hôpital niçois. Blessé gravement à la suite d’une mêlée effondrée à la 73e minute du match Nice -Narbonne, le deuxième ligne du Stade niçois tente de sortir de la torpeur dans laquelle il a été plongé le 25 avril. Son père Karl explique, dans un français parfait : « Au départ, il était dans la colère et dans l’incompréhension. "Pourquoi moi ?", me répétait-il. Normalement, ce sont les piliers qui sont victimes de ces phases de jeu. Maintenant, son discours a changé. Il souhaite se battre pour s’en sortir. » Si James et sa famille ont le sentiment qu’il progresse, le corps médical, qui le suit au quotidien, est plus réservé et soutient avec une certaine véhémence que son pronostic vital est toujours engagé. Un diagnostic définitif pourra être établi d’ici deux à trois mois. En résumé, James, comme il le souligne dans l’interview ci-dessous, a plus que jamais besoin de soutien, de l’aide de tous.

Une cagnotte en ligne

À ce sujet, Régis Bauché souligne qu’une cagnotte est toujours en cours, afin de soulager financièrement les parents qui sont présents au quotidien au chevet de leur fils (www.leetchi.com/c/soutenir-james-lasis). De multiples initiatives ont été initiées par le club azuréen, notamment par la commercialisation de tee-shirts, de bracelets et de divers produits disponibles sur le site du club (www.stadenicois.fr). Le Stade niçois souhaite aussi préparer dans les prochaines semaines une collecte d’œuvre d’art, de maillots et autres objets de sport afin d’organiser des enchères dont l’objectif pourra permettre l’acquisition d’équipements dédiés au bien-être de ce grand blessé du rugby. Plus que jamais, James Lasis a besoin de ne pas être oublié.

Lasis : « Une aide incroyable qui me donne du courage »

Vous avez publié une vidéo sur Instagram le 23 juillet. Depuis, comment allez-vous ?

Ça va bien. Je progresse petit à petit. J’évolue doucement mais sûrement. J’effectue beaucoup des séances afin d’améliorer ma diction mais j’ai beaucoup de mal à supporter la machine. Mais ça me fait plaisir de parler. Ça entraîne une sorte de retour à une normalité et ça me fait vraiment plaisir.

Et le moral ?

J’ai le moral, franchement. Tout le monde a été incroyable avec moi, les amis, les dirigeants, les joueurs du club et surtout ma famille, ça m’a beaucoup aidé. De plus, je fais des progrès physiquement. Je suis capable de manger normalement. J’ai même repris du poids. Avant l’accident, je pesais 120 kg, puis je suis redescendu à 88 kg et aujourd’hui, je suis remonté à 95 kg.

Comment est rythmée votre journée ?

Je fais un petit-déjeuner lorsque je me réveille. Ensuite, je suis entre les mains des kinés. Nous travaillons beaucoup la respiration et dès que la fatigue arrive, j’arrête. En fin de matinée, j’ai toujours quelques soins à faire. Le midi, je mange un peu ce que me préparent mes parents. Je n’aime pas beaucoup la nourriture de l’hôpital ! L’après-midi, je reprends les séances de travail avec les kinés, pour travailler tout ce qui concerne la motricité. J’effectue trois séances par jour. On me lève, je m’assois ou on me met debout. Mais je dois être attentif car j’ai souvent la tension qui baisse et j’ai tendance à faire de petits malaises. Ces dernières semaines, j’ai beaucoup progressé. Au début, j’avais des médicaments qui m’aidaient à lutter contre la douleur et maintenant, je n’en prends plus du tout. En fin de journée, j’ai des visites, des amis qui viennent, ma copine et ma famille qui sont très présentes. Les personnes du club passent me voir régulièrement et me donnent aussi des nouvelles de l’équipe.

Comment avez-vous vécu l’élan de solidarité qui s’est construit autour de vous ?

Cela m’a beaucoup, beaucoup aidé. Tout le monde est venu me voir, les gens du club de Nice ont toujours été là, toujours ! La présence de ma famille, qui parle peu français, a été déterminante. Je suis au courant de tout, les gens me donnent régulièrement des nouvelles.

N’en voulez-vous pas trop au rugby d’avoir, en quelque sorte, provoqué cet accident ?

C’est sûr, c’est le rugby qui est en partie responsable. Mais il ne faut pas oublier que c’est grâce au rugby que j’ai été capable de vivre tout ce que j’ai vécu. Tous mes amis, je les connais grâce à ce sport. Ce que je suis aujourd’hui, c’est aussi grâce au rugby.

Comment voyez-vous l’avenir immédiat ?

L’avenir ? Mon principal objectif est de me libérer du respirateur artificiel. C’est d’aller le plus vite possible en centre de rééducation et ainsi de travailler sur le corps et les mouvements. Et surtout, continuer à mieux respirer. C’est ça qui est compliqué, surtout en ce moment, pouvoir respirer seul. La blessure cervicale m’empêche de bien le faire. C’est le principal problème que je rencontre au quotidien.

Gardez-vous des souvenirs du moment fatidique ?

Je me souviens de tout, et notamment du moment où je suis monté dans l’ambulance. Je me souviens de la mêlée, d’être tombé au sol, de pouvoir parler avec les médecins et les kinés. Vraiment, je me souviens de tout.

Pour terminer, vous avez souligné l’importance du soutien de tous ces gens qui vous ont soutenu de près ou de loin. Avez-vous un message particulier à leur transmettre ?$

Oui, bien sûr ! Je voulais juste dire à tous ceux qui m’ont aidé, aussi bien au quotidien que pour le minimum : un message, ou même le moindre like, que ce soit sur Instagram ou ailleurs, m’aide beaucoup. C’est sûrement beaucoup plus que ce que ces personnes peuvent imaginer ! Ils pensent que ce n’est peut-être rien mais c’est beaucoup. C’est une aide incroyable. J’ai été ému de voir tout ce monde m’envoyer des messages. Tout cela m’a donné du courage et m’a renforcé. J’ai le sentiment d’avoir du monde derrière moi et je me dis alors que l’on va y arriver. Propos recueillis par J.-C.L.

Né le : 27 décembre 1995 à Rotherham (Angleterre)

Mensurations : 1,95 m, 120 kg.

Poste : deuxième ligne.

Clubs successifs : Rotherham (2017-2018), Mâcon (2018-2020), Nice (depuis 2020).

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Jean-Christophe LECLAIRE
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