Haddad (La Rochelle) : « Pas avec les gloires du passé que tu fais le triomphe de ton futur »

  • "Je n’aime pas être un boulet !"
    "Je n’aime pas être un boulet !"
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Matthias Haddad - Troisième ligne de La Rochelle Champion du monde avec les Bleuets en 2019, à seulement 18 ans, le natif de la Rochelle est depuis considéré comme l'un des futurs prodiges du rugby français. Suivi de près par Fabien Galthié, il reste surtout concentré sur ses débuts en Pro, où il a encore tout à prouver.

Cet été 2021, avec ce Tournoi des 6 Nations terminé à la deuxième place, marque la fin de votre aventure avec l’équipe de France moins de 20 ans. Aventure heurtée par la situation sanitaire mais auréolée de ce titre de champion du monde en 2019. Quels souvenirs en gardez-vous ?

Des souvenirs gravés à vie. C’était une expérience richissime. Que ce soit avec la génération 1999-2000 ou celle de 2001. C’est quelque chose d’unique, j’en suis très fier. Ça s’est un peu mal fini avec les conditions liées à la Covid mais la santé prime avant tout et on peut déjà être reconnaissant et chanceux d’avoir eu un Tournoi des 6 Nations complet.

Vous avez d’ailleurs marqué, face au pays de Galles, votre premier essai "officiel" en carrière. Un moment forcément particulier, non, pour l’ancien trois-quarts que vous êtes ?

C’était sympa, un petit plaisir personnel. Après, franchement, que ce soit moi ou un autre, si j’avais fait la passe, j’aurais été aussi content. C’était un essai en force, pas trop dans mon style. Vous avez deviné, vu mon gabarit, que je ne suis pas non plus le porteur numéro un (rires).

Quel est votre style ?

Plus à venir en course de soutien ou être là au bon moment. Mais, en fait, je n’ai pas vraiment de style car je ne suis pas un serial marqueur (rires).

Qu’avez-vous fait après ce Tournoi ?

Je suis parti direct en vacances, avec ma Corsa et mes copains ! Deux semaines au Pays basque. C’était trop cool. Ces vacances m’ont vraiment fait du bien. J’ai pu me ressourcer pour repartir tambour battant dans cette préparation estivale et ce début de saison.

Vous avez justement intégré le vestiaire professionnel rochelais à l’intersaison. Une marche de plus de gravie ?

C’est un petit rêve de gosse, quand même. Je me sens privilégié. De se dire qu’on se rapproche de plus en plus du monde pro, dans son club de cœur, et qu’on commence à toucher du doigt - je ne dirai pas la consécration - mais le but ultime de quand tu es en école de rugby, c’est génial. Gamin, quand tu vois l’équipe fanion jouer à Deflandre, tu as des étoiles plein les yeux.

Ça vous ramène en 2007, année de votre première licence rugby…

J’avais 6 ans. J’allais au stade avec le petit frère de Mathieu Tanguy. Avec Victor Olivier, aussi (le centre des espoirs a intégré la préparation estivale du groupe pro, N.D.L.R). On faisait les ramasseurs de balle. C’était génial, on vivait Stade rochelais. C’est un rêve de gosse de pouvoir fouler la pelouse de Deflandre, un jour, en match. Ce n’est pas encore arrivé mais le fait de s’en rapprocher un peu plus, c’est cool. Maintenant, il ne faut pas se limiter qu’à ça, comme objectif. Le club a besoin de trophées et si je pouvais en être l’acteur, je serais le plus heureux.

Vous n’avez pas encore connu la victoire, non plus, lors de vos quatre premières sorties en pro, toutes à l’extérieur, la saison passée. Qu’en retenez-vous ?

Quatre expériences complètement différentes. Ça m’apporte forcément plus de bouteille pour la suite. Ça me permet de mieux me préparer pour cette année, de mieux savoir comment aborder les matchs. Tout est différent de la préparation en espoirs. Après, j’aurai aimé que ce soit avec la victoire…

Et vos prestations personnelles, alors ?

Bilan mitigé. J’ai eu des entrées propres et d’autres catas. Contre Lyon (en décembre), je n’étais pas sur la feuille, j’arrive à la dernière minute. Ça se passe bien, je joue douze minutes. C’est frustrant car j’ai l’impression d’avoir cligné des yeux et l’arbitre avait déjà sifflé la fin du match.

Trois mois d’attente avant votre deuxième feuille, à Castres…

J’entre vite en raison d’une commotion de Victor Vito. J’ai vraiment appris, ça m’a mis dans le bain dans des circonstances les moins évidentes à gérer. En termes d’expérience, je suis préparé à entrer en jeu à n’importe quel moment. Mais à Montpellier, je prends un carton jaune dès mon entrée. La tête six pieds sous terre…

Le staff vous relance dans la foulée, à Brive…

Me donner une nouvelle chance trois jours après, c’est énorme. Je pense que peu de clubs feraient ça. Me faire débuter, en plus, je l’ai vécu comme une preuve de confiance. D’autant plus qu’en troisième ligne, il y a du monde, quand même. Romain Carmignani (entraîneur des avants), notamment, m’a vraiment aidé à préparer ce match à Brive, il ne m’a pas lâché ! J’étais vraiment bercé dans de bonnes conditions. Je me sentais allégé. Moins de pression. Ce match est mon meilleur des quatre. Ça faisait du bien de finir sur une bonne note.

Vous êtes du genre à vous mettre la pression ?

Oui mais j’aime bien. Ça me tire vers le haut, ça m’aide à élever mon niveau. Je déteste faire perdre l’équipe et gâcher le sacrifice des autres. Je n’aime pas être un boulet ! C’est pour ça que je me mets la pression.

Est-ce lié aussi, quelque part, à tout ce qui se dit autour de votre potentiel ? Vous êtes considéré comme une graine de star depuis ce mondial moins de 20 ans, durant lequel vous aviez crevé l’écran…

Là-dessus, je ne me prends pas trop la tête. J’ai un entourage qui me met bien les pieds sur terre quand il faut (rires). Je pense à mes copains de rugby mais aussi à ma famille, mes coachs. J’ai ce qu’il faut pour m’enlever cette pression. Ça m’aide à me réguler.

Comme l’impression d’être dans un cocon ?

Carrément. Quand ça ne va pas, si je prends la voiture, en dix minutes, je suis chez mes grands-parents ou mon meilleur ami. C’est important d’en parler. Je suis quelqu’un de sociable. J’aime bien discuter, rigoler avec les gens qui m’entourent. J’adore les relations humaines. C’est pour ça que je me plais à fond dans ce groupe en or.

L’an passé, l’ex-manager rochelais Jono Gibbes disait notamment à votre sujet : "C’est notre responsabilité d’être patient avec lui, d’avoir une vision pour maintenant, les six prochains mois et les dix ans à venir. Car le but n’est pas de jouer une saison de Top 14, mais d’avoir une énorme carrière professionnelle, de joueur des matchs internationaux". La Rochelle prend le temps de vous polir, non ?

Le club m’a bien "drivé" dans le sens où Jono m’avait dit que je jouerai entre trois et cinq matchs la saison dernière. On a cette culture, depuis mes années espoirs, de ne pas brûler les étapes. Bon, si je m’écoutais, je voudrais faire quarante matchs par an et jouer 90 minutes sur 80 (rires). Ce club m’apporte énormément de soutien et de suivi pour que je puisse petit à petit m’épanouir sans me cramer. C’est bien beau d’être double surclassé, champion du monde mais ce n’est pas avec les gloires du passé que tu fais le triomphe de ton futur.

Vous a-t-on donné un chiffre, pour cette nouvelle saison ?

On m’a dit qu’il fallait que je me bouge le cul (rires). Plus sérieusement, j’ai pour objectif personnel de faire une dizaine de matchs. On ne peut jamais être sûr, il y a trop d’aléas dans ce sport. Le fait d’être focus à 100 % en club m’excite encore plus.

"Ce que je veux, c’est jouer en pro pour avoir la chance d’être champion du monde avec la grande équipe de France." Vous souvenez-vous nous avoir dit ça, il y a tout juste un an ?

J’avais vraiment mal tourné ma phrase, je pense que j’étais bourré (rires). Ce que je veux, déjà, c’est performer avec mon club et remporter des titres ici. Quand je vois la saison que l’on vient de faire, purée, ramener une étoile, ce serait fou. Quand on voit l’engouement autour de la ville en pleine période Covid… Le port était inondé, ça transpirait jaune et noir dans toutes les rues. C’est quelque chose qui nous anime, nous, les joueurs.

Vous encore un peu plus, en tant qu’enfant du pays ?

Totalement. Ça me donne envie de tout donner, de jouer tous les matchs que l’on me donne à fond pour ramener ce que ce club et cette région méritent.

Et les Bleus et France 2023, alors ?

Il ne faut pas brûler les étapes, ça viendra si ça doit venir. Pour l’instant, je ne me prends pas la tête avec ça, d’autant plus qu’il y a une très bonne équipe de France.

Vous avez quand même tapé dans l’œil du sélectionneur Fabien Galthié lors d’un entraînement avec les Bleuets, début 2020…

Je me souviens. C’est forcément flatteur mais c’était il y a deux ans. C’est la gloire du passé. Maintenant, il faut se tourner vers le futur pour progresser et avancer. Ça m’excite et ça me donne envie de jouer au rugby, là, maintenant !

Votre attitude, verbale comme non verbale, transpire la détermination…

J’ai la patate et la banane. Je suis déterminé, jeune. J’aborde cette saison avec plus de maturité et de repères. Franchement, je m’entends bien avec tout le monde. Tout se passe bien pour le moment. Je touche du bois. J’ai envie de prouver, montrer. Je trouve que je n’ai pas assez rendu au club ce qu’il me donne. J’ai vraiment envie de tout faire pour ça. Ça reste vraiment mon club de cœur.

Le club d’une vie ? Vous y semblez tellement attaché…

Quoi qu’il m’arrive plus tard, le Stade Rochelais me marquera à vie. Il m’a fait connaître ce sport et vivre mes premières émotions. Comme joueur de l’école de rugby puis comme joueur pro. Après, c’est beaucoup trop tôt pour savoir si j’y ferai toute ma carrière ou non. Mais ça me ferait rêver d’appartenir à l’histoire de ce club. C’est quelque chose que je trouve énorme.

Que peut-on vous souhaiter, Matthias ?

De la réussite. Des très bonnes performances… Et la santé ! (rires) C’est important, la santé

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Romain ASSELIN
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