Une étude sur les chocs à la tête révèle une baisse de la fonction cognitive du cerveau

  • Riaan Swanepoel victime d'une commotion lors d'un match de pro D2 entre Mont-de-Marsan et Montauban
    Riaan Swanepoel victime d'une commotion lors d'un match de pro D2 entre Mont-de-Marsan et Montauban Icon Sport - Icon Sport
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Les commotions cérébrales dans le rugby continuent d'inquiéter. Selon une étude réalisée par l'université de Galles du Sud, le flux sanguin vers le cerveau et les fonctions cognitives seraient impactés après seulement une saison de rugby à haut niveau. Les scientifiques ont suivi une équipe de Pro 14 pendant une année entière. Ils en sont venus aux conclusions suivantes : les chocs à répétition maltraitent le cerveau des joueurs.

Consultée en exclusivité par la BBC, l'étude doit être publiée ce mercredi dans la revue scientifique Experimental Physiology et révèle un lien tangible entre les chocs causés par la pratique du rugby à haut niveau et la baisse de fonctionnalité du cerveau. Mais pas seulement les commotions cérébrales : les scientifiques mettent en cause les chocs à répétition - un rugbyman peut en subir jusqu'à 11 000 par saison - et ce que l'on appelle les sous-commotions, des chocs qui ne sont pas suffisamment importants pour causer une commotion cérébrale mais qui s'accumulent. Les sous-commotions fragiliseraient le cerveau et, à long terme, provoqueraient les mêmes effets qu'une commotion. Ces traumatismes à répétition brouilleraient la vue, entraîneraient des troubles de la concentration et créeraient des pertes de mémoire chez les sportifs.

Les avants plus impactés que les arrières

L'étude a suivi une équipe professionnelle disputant le Pro 14 pendant toute la saison 2020-2021, en gardant son identité secrète. Elle a testé tous les joueurs de l'effectif au début, au milieu et à la fin de la saison. L'intégralité des joueurs testés présente une baisse du flux sanguin dans le cerveau et des fonctions cognitives moins performantes entre le début et la fin de la saison. « Même sur une période courte, nous remarquons que les fonctions du cerveau des joueurs déclinent. Il y a suffisamment de preuves pour commencer à agir, dans l'intérêt du joueur » a déclaré le professeur Damian Bailey, un des auteurs de l'étude.

« La motivation principale de cette recherche concerne le futur du rugby. Nous voulons un aperçu des conséquences de ces chocs à long terme car nous avons toutes les raisons de croire que les effets néfastes sont cumulatifs, au fil du temps, rajoute le scientifique. Je suis vraiment inquiet pour les jeunes pratiquants ». Le rapport met en lumière une corrélation entre les contacts à répétition, la position du joueur et les performances du cerveau. Selon Damian Bailey, les avants encaissent plus de chocs que les arrières et sont plus impactés en raison de leur présence plus importante dans les zones de combat. 

Il milite aussi pour une réduction des chocs à l'entraînement, qu'il juge peu nécessaires. 20 % des commotions surviennent à l'entraînement, selon un rapport de la fédération anglaise. « J'ai travaillé avec des boxeurs et la vaste majorité des commotions se produisent avec un sparring partner ou lors d'un entraînement. Ce n'est pas un énorme coup de poing qui met KO qui fait mal au boxeur, c'est la répétition des coups. Et c'est ce qui se passe en ce moment avec le rugby » commente-t-il.

Le cas Shane Williams

Le rugby ne manque pas d'anciennes gloires qui souffrent de séquelles survenues dans leur carrière. L'international gallois Shane Williams est l'un deux. La superstar des années 2000 raconte une commotion subie après un placage régulier du géant sud-africain Bakkies Botha, en 2004 : « Ce n'est qu'au retour à l'hôtel que j'ai compris que quelque chose n'allait pas. C'était un des plus gros chocs de ma carrière. Quand j'essaye de me rappeler, tout est flou. Se changer dans les vestiaires, voir la famille dans les tribunes, je ne m'en souviens pas. C'est comme un black-out et la seule chose dont je me souviens, c'est de m'être assis sur le lit et m'être dit : wow, qu'est-ce qu'il s'est passé là ? »

Avec du recul, Williams déclare que si l'incident avait eu lieu maintenant, il serait sorti du terrain lui-même. « Je me questionne tous les jours : ma mémoire se détériore-t-elle à cause de mon âge ? Où est-ce à cause des collisions que j'ai encaissées pendant toute ma carrière ? Je pense que ça fait partie de l'éducation. Si j'avais pris un tel choc aujourd'hui, j'aurais su directement que quelque chose n'allait pas » ajoute l'ancien ailier des Ospreys. Williams s'est d'ailleurs associé à la demande par d'anciens joueurs et coachs britanniques de changer la règle du remplacement. Dans une lettre adressée à Bill Beaumont, ils proposent que les remplacements ne soient effectués qu'en cas de blessure d'un joueur titulaire. Cela éliminerait le changement tactique et la rentrée de joueurs plus frais et plus enclins à être responsables de choc plus violents.

World Rugby attendu au tournant

 « Nous ne sommes pas là pour dire à tout le monde d'arrêter de jouer au rugby. Nous voulons juste le rendre plus sûr » proclame le professeur Bailey. Les scientifiques ont lancé une seconde étude pour déterminer qui, entre des joueurs en activité et des joueurs retraités, avait un déclin des fonctions cérébrales le plus rapide. Cette initiative est liée au besoin de connaître les risques des chocs du rugby à long terme. En Grande-Bretagne, plus de 200 anciens joueurs et joueuses ont intenté une action en justice contre la fédération galloise et anglaise, ainsi que World Rugby. Certains ont développé une démence précoce après la fin de leur carrière et pointent du doigt ces entités comme responsables : « Ils ont échoué à nous protéger des risques causés par les commotions. »

World Rugby a déjà répondu à cette étude : « Nous accueillons favorablement toute recherche qui peut informer et soutenir notre stratégie récemment lancée pour faire du rugby un sport plus progressiste, en terme de bien-être du joueur. » Après avoir mis en place le protocole commotion en 2015, World Rugby est sous pression pour changer à nouveau les règles et protéger les joueurs. Récemment, le président Bill Beaumont avait présenté une stratégie pour faire du rugby le sport le plus sûr. Il mettait l'accent sur « l'innovation guidée par la science et la recherche », « la poursuite de la révision des règles pour protéger les joueurs » ou encore « le dialogue avec la famille du rugby ». Mais là encore, c'est loin de ce qu'espèrent ces anciens joueurs.

Par Gauthier BAUDIN

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