Joris Segonds : « J'étais gros, pilier... et buteur ! »

  • Joris Segonds mènera le jeu des soldats roses ce week-end, face au Racing 92.
    Joris Segonds mènera le jeu des soldats roses ce week-end, face au Racing 92. Icon Sport - Icon Sport
  • Joris Segonds était l'an passé le deuxième meilleur réalisateur du championnat, derrière le Castrais Benjamin Urdapilleta.
    Joris Segonds était l'an passé le deuxième meilleur réalisateur du championnat, derrière le Castrais Benjamin Urdapilleta. Icon Sport - Icon Sport
Publié le , mis à jour

Le demi d'ouverture du Stade français, appelé par Fabien Galthié lors de la dernière tournée d'été du XV de France, a un parcours assez incroyable. Il le raconte ici...

Vous avez reçu samedi dernier le premier Oscar Midol de votre carrière. Comment l'avez-vous vécu ?

Pour moi, les Oscars, les autographes et les photos, c'est tout nouveau. A Aurillac, j'étais plutôt tranquille de ce côté là et par nature, je suis un garçon assez simple : je reste un enfant de Decazeville, un petit club de Fédérale 3 où jouent encore mes meilleurs amis. (il marque une pause) Etre honoré de la sorte, comme ont pu récemment l'être de très grands joueurs tels Antoine Dupont ou Steffon Armitage, est pourtant pour moi une immense fierté. C'est un rêve, en quelque sorte...

Mais ?

Il me faut maintenant oublier la saison dernière et basculer sur celle qui se présente. J'ai savouré, j'ai pris mon pied mais il est temps de retourner au boulot. Le Racing en ouverture du championnat, c'est un très gros morceau .

Tout a été très vite, pour vous...

C'est sûr. Il y a deux ans, je jouais à Aurillac et ne m'imaginais pas connaître de telles choses aussi rapidement. […] Cette ascension , j'ai du mal à l'expliquer. Quand j'ai signé à Aurillac, c'était déjà un truc de dingue à mes yeux. Et je n'aurais jamais misé un centime sur le fait que je dispute une saison entière avec le Stade français...

En clair ?

J'ai du mal à réaliser mais j'ai aussi conscience que les choses peuvent aller très vite dans un sens comme dans l'autre : dans mon entourage, de nombreux joueurs ont tout perdu après s'être lourdement blessés au genou ou à l'épaule. Je dois donc garder la tête sur les épaules.

Cela vous agace-t-il d'être simplement catalogué comme un buteur ?

Oui et non. Aujourd'hui, un ouvreur est forcément buteur. Mais ce que j'aime avant tout, c'est le jeu. Je me sers du pied parce que notre plan de jeu, au Stade français, lui accorde une grande place mais j'aime aussi porter le ballon. J'adore jouer au rugby et si on me demande, demain, de ne faire que des passes, j'en serais très heureux.

A qui devez-vous cet incroyable coup de pied ?

Quand j'étais jeune, j'étais gros. Jusqu'à 15 ans, je jouais pilier à Decazeville (Aveyron). J'étais pilier et buteur : tous les jours, je me rendais au stade pour taper des coups de pied.

Etiez-vous un bon pilier ?

(il éclate de rire) Non . J'étais nul en mêlée et les rucks, je n'aimais pas ça. Mais je tapais les coups d'envoi, les pénalités, les transformations et les pénaltouches. Ca, c'était mon job !

Alors ?

Un jour, mon entraîneur à Decazeville m'a dit : « Tu ne prends aucun plaisir en première ligne. Tu vas jouer ouvreur ». Il m'a lancé à l'ouverture et peu après, j'ai signé à Aurillac.

Etes-vous issu d'une famille de rugbymen ?

Pas du tout. Ma mère a fait du basket et mon père du foot... Un mercredi après-midi, j'ai pris un sac à dos, rangé quelques affaires à l'intérieur et rejoint le club de rugby du village. J'avais 5 ans et ce jour-là, mon meilleur ami m'accompagnait. Tout a démarré ainsi.

Malgré votre convocation en équipe de France en juillet dernier, vous pourrez disputer le derby face au Racing 92. Comment les négociations se sont-elles déroulées, vous concernant ?

Lorsque le staff des Bleus a annoncé la dernière compo d'équipe de la tournée, j'ai pris mon téléphone pour appeler Gonzalo (Quesada). Le coach m'a dit qu'il ferait donc le nécessaire pour que je puisse reprendre le Top 14 plus tôt que les autres Tricolores.

Que lui avez-vous dit ?

J'ai répondu que je voulais rejouer à tout prix, quitte à ne prendre qu'une seule semaine de vacances. Je n'étais pas fatigué et à mon retour à Paris, je me suis entraîné comme un fou, seul dans mon coin.

Alors ?

Un soir, Thomas Lombard m'a appelé pour me dire que les négociations avaient porté leurs fruits et que les neuf joueurs n'ayant pas pu disputer une seule minute avec l'équipe de France en Australie pourraient finalement démarrer le championnat. J'étais si heureux... Cette envie que j'aie de reprendre le Top 14, il y avait longtemps que je ne l'avais pas ressentie...

Comment avez-vous vécu le fait d'être appelé par le sélectionneur national sans avoir pu être cappé ?

Quand on m'a appelé, j'ai vécu un rêve éveillé. Mais voilà : je suis un compétiteur et j'aurais voulu avoir ma chance. Les autres joueurs dans ma situation étaient eux-aussi blasés. Ca fait néanmoins partie du jeu. Je savais, en rejoignant l'Australie, que je ne ferais peut-être pas partie des plans. C'était un test, que certains ont mal supporté. De mon côté, je me suis juste dit : « T'es pas encore au niveau des autres. Travaille et reviens y, plus fort ».

Vous êtes aussi sélectionnable pour l'Espagne. Pourquoi ?

Ca fait plusieurs fois que les dirigeants espagnols m'appellent. Mon arrière grand-mère est espagnole et dans les faits, je suis donc sélectionnable pour ce pays. Mais après avoir longuement parlé avec ma famille et mes coachs, l'objectif reste évidemment l'équipe de France.

Recueillis par M. D.

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