Les ententes chez les jeunes sont-elles inévitables ?

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    Les ententes chez les jeunes sont-elles inévitables ? - Pablo Ordas
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Autrefois rarissimes et mal vécues, les ententes sont pratiquement devenues la norme chez les clubs des villes moyennes, symbole de la désaffection de la jeunesse pour le rugby. Irrémédiable ?

On vous parle d’un temps que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître. Celui d’un rugby florissant, où n’importe quel petit club de ville moyenne, voire de village, ne se posait même pas la question de savoir s’il pourrait aligner une équipe par catégorie : minimes, cadets, juniors. Un temps où, certes, les licenciés ne se comptaient pas en beaucoup plus grand nombre qu’aujourd’hui. Sauf que le rugby féminin y était inexistant ou presque et la plupart des écoles de rugby encore embryonnaires.

Et puis ? Après des années sans réels changements, le temps des ententes est venu, qui correspondait peu ou prou au changement de millénaire. Officiellement, pour permettre aux gamins de prétendus "petits clubs" d’évoluer au meilleur niveau possible et de parfaire leur post-formation (notamment au travers des Reichel B, devenus Bélascain). Officieusement, pour trouver des solutions afin de faire face à un début de baisse des licenciés. Une tendance qui n’a fait que s’amplifier au fur et à mesure des années, à tel point qu’une immense majorité des clubs jusqu’à la Fédérale 2 se trouve obligée de jouer le jeu des ententes, de façon à répondre "officiellement" aux obligations de la FFR en matière de formation. Un phénomène qui se déploie désormais jusqu’aux équipes fanions des clubs de village, contraints, parfois la mort dans l’âme, de s’allier au voisin et éternel ennemi pour survivre. D’où cet invraisemblable paradoxe qui veut que si le nombre de clubs reste peu ou prou le même, celui des équipes sur les terrains chaque week-end a considérablement chuté…

Un effet collatéral ?

Mais revenons à nos moutons, à savoir la formation et les équipes de jeunes, où les ententes sont semble-t-il devenues un passage obligé pour les villes moyennes, faute de pratiquants. Un constat d’échec qui s’explique par une offre de pratiques sportives et culturelles autrement plus fournies qu’au siècle dernier. Mais pas seulement. «On a subi en partie cette désaffection parce qu’il y a eu des facteurs que nous ne maîtrisions pas, comme les succès du foot ou du hand, l’émergence de nouvelles pratiques ou même la violence du jeu à haut niveau qui a refroidi bien des parents, nous confiait un responsable d’une école de rugby de l’Isère. Mais c’est aussi de notre faute. Le rugby a été en vogue après le Mondial 2007 mais on n’a pas su surfer sur cette vague. On a pris certaines choses pour acquises et on a arrêté de travailler. Et comme les petits clubs aiment singer ce qui se fait au plus haut niveau, on en a copié les travers. Des nouveaux investisseurs sont venus, qui ont voulu construire des bonnes équipes et ont commencé à faire circuler de plus en plus d’argent chez les joueurs, même à des niveaux très bas. C’est tellement plus facile et plus rapide d’aller chercher un bon joueur chez son voisin que de le faire grandir chez soi… Mais comme l’économie des petits clubs n’est pas extensible, tout cet argent dépensé l’a été au détriment de la formation. On a arrêté de travailler pour aller chercher des jeunes, d’aller les chercher dans les écoles. Nous avons été fainéants, c’est tout, et on en paie le prix.» En espérant seulement que, dans le sillage des clubs d’élite obligés par la politique des Jiff à former de plus en plus, la Coupe du monde 2023 constituera cette fois un tournant à beaucoup mieux négocier.

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Nicolas ZANARDI
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