Matthew Clarkin : « Ce n’est que le début, pas une finalité »

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    Matthew Clarkin : « Ce n’est que le début, pas une finalité » Icon Sport
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L’ancien troisième ligne dresse un bilan de ses trois premières années à la tête du secteur sportif du BO et évoque ses grands principes.

Matthew, vous êtes devenu le patron sportif du BO en 2018 et après trois ans de travail, votre équipe va jouer en Top 14. Plutôt pas mal pour une première expérience de directeur sportif, non ?

Oui, avec un peu de recul, j’ai envie de dire que c’est une belle réussite. Mais je sais que je fais juste partie d’un groupe de personnes qui a beaucoup œuvré ces dernières années pour que le club retrouve son ambition. La clé ? C’était de retrouver un certain état d’esprit qui te permet d’être ambitieux. Il fallait que tout le monde soit plus aligné sur le secteur sportif et au niveau de l’organisation, pour voir quels sont les comportements qui pouvaient nous amener à réussir les objectifs. 

Quel regard portez-vous sur le travail effectué ces trois dernières années ?

Je ne vous cache pas que j’ai vendu aux propriétaires du club un projet avec une montée au bout de cinq ans. C’était sans compter la première année où nous avions récupéré un effectif qui n’était pas le nôtre. Au milieu, il y a eu ce fameux projet Aguiléra, qui aurait dû nous permettre d’améliorer les infrastructures, l’effectif et d’apporter une plus-value à l’économie du club. Malgré ça, nous avons pu remplir tous nos objectifs sportifs beaucoup plus vite que prévu. Forcément, j’en suis très satisfait, mais ce n’est que le début, pas une finalité.

Pouvez-vous nous parler de votre méthode ?

L’objectif d’une personne qui a ce rôle de directeur sportif est d’amener une certaine stabilité, une certaine cohérence à la fois dans le discours et dans le quotidien. Nous sommes dans un milieu où il y a beaucoup de pression, d’enjeux personnels, collectifs, sportifs et économiques. Il faut donc essayer d’être une source de sérénité au milieu de tout ça et de créer un environnement au sein duquel tout le monde peut s’exprimer et se sentir à l’aise, tout en sachant que l’équipe passe d’abord. Tout le travail fourni par les joueurs, la femme de ménage, moi, c’est juste pour faire en sorte que le club soit le plus performant possible. 

En quoi votre méthode a-t-elle évolué en trois ans ?

J’ai pris beaucoup de leçons pendant mes deux dernières années. Notre président me dit toujours que je vis dans le monde des Bisounours. J’ai bien envie de croire en certaines valeurs : l’honnêteté, le respect, mais parfois, c’est compliqué dans ce milieu de respecter toutes ces valeurs-là sans se faire avoir. J’ai appris beaucoup de choses ces dernières années, et maintenant, je suis un peu plus prudent et méfiant. Je ne dis pas ça dans un sens négatif, c’est juste que j’apprends. Cependant, j’essaye de rester moi-même. Quand tu manages ou que tu diriges, soit tu le fais à ton image et les gens sentent que c’est authentique. Mais si tu essayes d’être quelqu’un d’autre, de jouer un rôle, ça ne passe pas. Les gens sont trop intelligents, ils voient si ce n’est pas sincère. 

Le Matthew Clarkin directeur sportif est-il différent du capitaine et troisième ligne de l’UBB ?

C’est difficile à dire. Je reste la même personne, mais je suis beaucoup plus âgé, j’ai plus de vécu et honnêtement, je ne fais pas trop de comparaison. J’ai bien enterré le joueur de rugby, il n’existe plus. Il est désormais au fond d’un placard, quelque part. Je savais que pour réussir et être performant dans ce nouveau rôle, il fallait couper le cordon. C’est plus facile à dire qu’à faire. J’ai essayé de prendre tout ce que j’ai appris ou vécu en tant que joueur, pour mieux diriger, sans pour autant avoir le point de vue d’un simple joueur de rugby. Le directeur sportif doit voir tous les soucis du quotidien en regardant l’intérêt et le besoin de tout le monde. 

Quels sont les futurs axes de développement du secteur sportif biarrot ?

Ce n’est pas un secret : nous voudrions améliorer les conditions de travail. Je ne me plains pas, nous avons assez pour travailler. Il ne faut pas toujours regarder ce qu’il se passe ailleurs, mais à mon avis, il faut toujours avancer, essayer de construire afin d’être plus performant, à la fois sur le terrain, dans notre quotidien et dans notre capacité de travail sur le marché qu’est le sport professionnel. Il y a plein de choses qu’on n’a pas et que les autres ont. Si je veux recruter un joueur de haut niveau, je ne peux pas lui proposer des conditions de travail de haut niveau et c’est forcément une contrainte importante. Nous voulons donc avoir des installations à la hauteur de nos ambitions.

À la découverte du staff rouge et blanc

De l’arrivée de Barry Maddocks à la prolongation du contrat de Shaun Sowerby, tour d’horizon des hommes qui constitueront l’encadrement sportif du Biarritz Olympique cette année.

À l’heure où le rugby se professionnalise un peu plus à chaque saison, il n’est plus surprenant de voir des staffs composés de vingt ou trente membres dans les plus grosses écuries du championnat. Le BO, fraîchement monté de Pro D2, ne déroge pas à la règle. Ainsi, ils seront une vingtaine à constituer l’encadrement rouge et blanc pour l’année à venir.

Si la stabilité fut de mise à l’intersaison, quelques changements ont eu lieu et le premier notable fut l’arrivée de Barry Maddocks, en tant qu’entraîneur de l’attaque, afin de remplacer Nicolas Nadau. « Il est passé par le rugby à sept, l’académie de Bath et il était en poste aux Dragons. Nous avons pas mal de relations en commun et on partage la même philosophie de rugby. Il est très adapté, dans son caractère, sa personnalité et ses fonctionnements de travail, à l’organisation déjà mise en place » explique Jean-Baptiste Aldigé.

Le préparateur physique Johan Pretorius fait aussi partie des nouvelles têtes dans le staff du BO. « C’est quelqu’un de très reconnu internationalement. Partout où il est passé, il a fait l’unanimité » poursuit le patron du club basque. Les autres ? Ils se nomment Roger Ripol (entraîneur de la mêlée), Manu Cassin (trois-quarts), Alan Kingsley (intervenant du jeu au pied) ou encore Shaun Sowerby (avants), pour ne citer qu’eux. D’ailleurs, ce dernier fut un des premiers hommes recrutés par le directeur sportif Matthew Clarkin, en 2019.

Sowerby, depuis le début

Aujourd’hui, Sowerby incarne la réussite des Biarrots. Discret au quotidien, l’ancien flanker effectue depuis deux ans un travail de qualité avec les « gros » du BO et il n’est certainement pas étranger au retour des Boys dans l’élite. « J’adore Shaun en tant qu’entraîneur et homme, affirme Jean-Baptiste Aldigé. C’est quelqu’un avec beaucoup de rigueur, qui est très sympathique et exigeant avec lui ou les autres. Il a métamorphosé le jeu d’avants du Biarritz olympique. Il y a deux ou trois ans, il ne me semble pas que nous étions dotés d’une mêlée satisfaisante et d’une conquête assez performante pour pouvoir s’attaquer au très dur championnat de Pro D2. Au lieu de jouer de notre côté et de se dire « nous sommes là pour faire 3 000 passes et faire rêver car nous sommes le BO », il fallait de l’humilité. Shaun l’a amenée dans le jeu. En Pro D2, sans conquête, on n’existe pas. Grâce à son travail pendant deux saisons, le BO a enfin pu exister après sept ans. Heureusement pour nous, ça s’est traduit très rapidement par une montée. »

Après une première expérience d’entraîneur en France du côté de Montpellier (2015-2017), pendant laquelle il a remporté un Challenge Européen, cette montée avec le BO est une nouvelle ligne qu’il peut désormais ajouter à son CV. « J’étais allé le chercher à l’époque parce que l’équipe que nous étions en train de construire avait besoin d’un référent en termes d’exigence et de rigueur au quotidien, ajoute Matthew Clarkin. Avec son côté sud-africain, oui, c’est rigide, mais c’est très constant et clair. C’était la personne qu’il fallait au bon moment. Nous profitons, maintenant, de tout ce qu’il a apporté depuis deux ans. » Et pour encore trois saisons, puisque le club basque a prolongé, cet été, son contrat jusqu’en 2024.

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Propos recueillis par Pablo Ordas
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