Baptiste Pesenti : « Je me clashe même tout seul »

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    Baptiste Pesenti : « Je me clashe même tout seul » Photo Julien Poupart - julien poupart
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L’an passé, le Racing manquait d’agressivité dans le combat d’avants. En recrutant le tracteur Pesenti, le club des Hauts-de-Seine est en passe d’avoir résolu le problème.

Comment avez-vous commencé le rugby ?

Un jour, j’ai simplement suivi mes deux grands frères à l’entraînement. Mon père Joël avait été deuxième ligne de l’équipe de Saint-Claude (Jura), à l’époque où le club jouait en Groupe A (l’ancêtre de la première division). Ma famille est plutôt rugby, quoi…

D’accord.

Le numéro fétiche de papa a toujours été le 4. Et pour tout vous dire, il ne voulait pas de trois-quarts à la maison.

A-t-il été exaucé ?

(Il se marre) Oui. Moi et mes frères avons tous joué devant !

Quel numéro portez-vous ?

Le numéro 4, parce que ça fait plaisir à papa. À Pau, je poussais d’ailleurs à droite mais portais très souvent le numéro 4. On a tous nos petits trucs…

Allez-vous demander à Bernard Le Roux de vous laisser le numéro 4, alors ?

Non… Je ne vais pas m’imposer… Ça ne se fait pas… Bernard (Le Roux), c’est quand même un cadre de l’équipe de France !

Comme lui, vous avez débuté en troisième ligne.

Oui. Quand je suis arrivé au centre de formation de Montpellier (2012), je jouais troisième ligne. Là-bas, les dirigeants m’ont alors fait passer des radios du poignet pour voir si j’allais dépasser les 2 mètres ou non. Ils ont constaté que ce ne serait pas le cas. Alors, ils m’ont fait jouer numéro 8.

Des radios du poignet, vous dites ?

Oui. Ce genre de choses se fait pour évaluer la taille future d’un adolescent. […] Pour tout dire, cette expérience en troisième ligne à Montpellier me sert encore aujourd’hui. J’ai appris à toucher du ballon. En tant que deuxième ligne, on me demande désormais d’intervenir au centre du terrain. Je suis en quelque sorte au cœur du jeu. Ça me plaît.

Vous avez seulement 24 ans mais avez l’image d’un deuxième ligne à l’ancienne : tracteur, pousseur, cogneur. Le vivez-vous bien ?

Ça ne me dérange pas. J’ai beaucoup d’autodérision, vous savez. Souvent, je me « clashe » même tout seul. Je sais que je ne suis pas le prototype du deuxième ligne aérien mais il y a de la place pour tout le monde, non ? Mon point fort, c’est le combat et ça, on ne me l’enlèvera pas.

Martin Puech, votre ancien capitaine à la Section paloise, dit souvent que vous avez la tête d’un trentenaire.

Il peut parler, lui, avec son gros pif… Mais c’est vrai que je ne fais pas mon âge. Et tout le monde se fout aussi un peu de ma gueule parce que j’ai des cicatrices.

À quoi sont-elles dues ?

Celles au niveau des arcades, je les dois au rugby.

Et celle au-dessus de l’œil droit ?

Je la dois à une bagarre avec mon frère. Ce jour-là, on s’était accroché et il m’avait filé un coup de portière.

Êtes-vous bagarreur ?

Non. Je préfère gérer les conflits. Je ne m’échappe pas mais je ne donne jamais le premier coup. En revanche, on me dit souvent que je suis casse-couilles…

Pourquoi ?

J’aime bien chambrer, sur le terrain. Ça me met dans le match. Mais on peut me trouver lourd…

Qui, « on » ?

Le week-end dernier, Pierre Bourgarit et Grégory Alldritt m’ont trouvé lourd. Ils me l’ont même répété pendant de longues minutes. Mais quand je suis dans le match, je suis dans le match, c’est comme ça ! Pas de cadeau !

De l’extérieur, on a l’impression que Bourgarit est aussi un peu « lourd »…

Ouais… Il est sacrément chiant, même…

Vous disiez avoir de l’auto dérision. Comment cela se matérialise-t-il ?

J’ai récemment lancé avec mon frère une épicerie fine, que l’on retrouve sur le net et qui s’appelle « Finesse By Pesenti ». C’est un petit clin d’œil à la finesse bien connue des Pesenti. Il faut bien savoir rire de tout, non ?

Qu’y a-t-il dans votre épicerie ?

On y trouve des produits de Franche Comté, du Béarn, de l’Hérault… Du foie gras, du vin de Jurançon, du morbier du Jura… Au fil de ma carrière, au gré des clubs que j’ai côtoyés, j’ai rencontré plein de très bons producteurs. Autour d’eux, j’ai construit un réseau plutôt intéressant.

Vous ne vous êtes pas encore installé en équipe de France. À cause de l’indiscipline ou d’une condition physique encore trop juste pour le niveau international ?

La marge de progression, elle est justement là-dessus. Les coachs veulent me voir combattre et me déplacer. Je dois m’affûter, pouvoir courir pendant quatre-vingts minutes. C’est aussi le but de ma venue au Racing.

C’est-à-dire ?

J’espère pouvoir y enchaîner les gros matchs, prouver au staff des Bleus que je peux faire mieux que le match face à l’Angleterre (en coupe d’automne des Nations, fin 2020). Depuis ce Crunch, j’ai fait quelques entrées plutôt propres en équipe de France, mais jamais du niveau de l’Autumn Cup. […] Il reste deux ans avant le Mondial. J’ai quelques matchs pour prendre de l’expérience et montrer que je suis là. Je veux prouver que je peux rivaliser avec Paul Willemse, Romain Taofifenua ou Cyril Cazeaux.

La réputation de joueur indiscipliné qui vous colle à la peau est-elle justifiée ?

Oui et non. Au début de ma carrière, j’ai fait des erreurs de jeunesse. Je ne réglais pas le curseur dans l’engagement. Désormais, j’apprends à adapter mon langage corporel à l’arbitre.

Comment ça ?

Je ne dois pas jouer avec des œillères mais m’ouvrir davantage au directeur de jeu. […] Les Anglais, ils ne font que tricher mais ne se font pas souvent prendre parce qu’ils savent jouer avec le corps arbitral.

Développez, s’il vous plaît…

Itoje, il est toujours à la faute mais n’est que rarement sifflé. Parce que sur le terrain, il est poli, à l’écoute et ne montre que de bons signaux à l’arbitre. Celui-ci doit se sentir important et respecté.

On vous suit.

Regardez Steffon Armitage. Il récolte aujourd’hui les fruits de sa réputation. Il suffit qu’il mette les mains sur le ballon pour que l’arbitre siffle en sa faveur. En clair, il faut parvenir à se construire une bonne réputation pour que celle-ci finisse par te précéder, aux yeux des arbitres.

La rugosité de votre plaquage fait aussi parler. De quel plaquage êtes-vous le plus fier ?

Celui réalisé face à Billy Vunipola à Twickenham, pendant l’Autumn Cup, m’avait donné beaucoup de force. Chez moi, c’est le premier plaquage qui me permet de rentrer dans le match.

Le Racing a déboursé 500 000 euros pour racheter vos deux dernières années de contrat à la Section paloise. Cela vous met-il la pression ?

Je prends ça comme une marque de confiance. Ils me mettent dans de bonnes conditions pour réussir. Je vais passer au moins quatre ans ici et sportivement, c’est ce qui pouvait m’arriver le mieux.

Et la vie à Paris, alors ?

Moi, je suis très campagne. Du coup, j’ai emménagé dans une petite maison au cœur de la forêt de Bièvre, dans l’Essonne. Je ne me voyais pas vivre en appartement.

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Propos recueillis par Marc DUZAN
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