Le racisme n'épargne pas le rugby

  • Le pilier lyonnais international Demba Bamba, (2e en partant de la gauche)a été victime de propos racistes dans des commentaires sur le compte Instagram du club. Le Lou dans son ensemble s’est rapidement saisi de l’affaire et a répondu immédiatement en venant au soutien de son joueur, apparu visiblement touché en conférence de presse. De gauche à droite, Patrick Sobela, Demba Bamba, Baptiste Couilloud, Ethan Dumortier et Guillaume Marchand.
    Le pilier lyonnais international Demba Bamba, (2e en partant de la gauche)a été victime de propos racistes dans des commentaires sur le compte Instagram du club. Le Lou dans son ensemble s’est rapidement saisi de l’affaire et a répondu immédiatement en venant au soutien de son joueur, apparu visiblement touché en conférence de presse. De gauche à droite, Patrick Sobela, Demba Bamba, Baptiste Couilloud, Ethan Dumortier et Guillaume Marchand. Icon Sport - Icon Sport
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Exemplaires pour les uns, trop légères pour les autres, les 26 semaines de suspension infligées à Ludovic Radosavljevic n’en demeurent pas moins historiques, puisqu’il s’agit de la première condamnation individuelle jamais prononcée en rugby européen à l’encontre d’un joueur pour injures racistes. De quoi préserver définitivement ce sport de ce fléau ? On le souhaite, sans pour autant rêver...

Vingt-six semaines de compétition. Voici la sentence qui fut prononcée mercredi midi à l’encontre du demi de mêlée de Provence Rugby Ludovic Radosavljevic, condamné pour sept mots adressés à l’ailier de Nevers Christian Ambadiang : « Je vais te brûler, mangeur de bananes. » Des propos dont l’ancien Clermontois a contesté lors de son audition (témoignages à l’appui) la première partie de la phrase, mais qu’il a été obligé d’assumer pour le reste. D’abord en présentant directement ses excuses au joueur concerné à la fin du match, puis en officialisant son mea culpa sur les réseaux sociaux, par là même où Christian Ambadiang avait posé le débat sur la table. Ces mêmes réseaux qui s’en sont évidemment donné à cœur joie (on parle même de menaces de mort proférées à l’encontre de Radosavljevic sur des messageries privées par d’actuels joueurs de Top 14), au moment de commenter la décision de la commission de discipline de la LNR…

Une sanction plutôt légère, jugèrent les uns, au regard des 104 semaines qui ont puni Richard Nones en 1999 ou des 70 prononcées contre David Attoub en 2009 (pour des fourchettes présumées, dont nul n’a jamais vu la moindre preuve…), ou même des 64 semaines de suspension infligées à Silvère Tian pour « menaces à l’encontre d’un officiel de match » en 2016. Mais une suspension tout de même assez sévère pour s’avérer dissuasive, pointaient les autres, en mettant aussi en avant son caractère historique.

En effet, ces 26 matchs de suspension demeurent devant l’histoire du rugby européen la première sanction prononcée pour injures racistes à l’encontre d’un individu, joueur qui plus est. Assez marquant en soi pour considérer que les institutions de notre sport ont « fait le job » face au fléau du racisme, tout en gardant une certaine mesure. En attendant d’éventuelles sanctions supplémentaires de la part de l’employeur de Ludovic Radosavljevic. Lesquelles sont encore en cours de réflexion, le joueur se trouvant pour l’heure mis à pied par son club de Provence Rugby.

Un milieu « traditionaliste » aux habitudes bousculées

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes, alors ? On sait bien que non, évidemment, à condition de se regarder avec honnêteté dans la glace… Car si le rugby français est évidemment à des années-lumière de son homologue sud-africain (qui, un quart de siècle après la fin de l’apartheid, en est encore à imposer des quotas formels de joueurs de couleur à ses équipes de haut niveau) et ne recense, à ce qu’on sache, pas de nouveau Pablo Matera (l’an dernier, l’ancien troisième ligne argentin du Stade français avait vu les réseaux sociaux exhumer des tweets rédigés dans sa jeunesse particulièrement odieux), il n’en a pas moins fallu attendre le nouveau millénaire pour voir des joueurs wallisiens ou néo-calédoniens trouver leur place, en même temps que les premiers joueurs issus de l’immigration africaine.

Des nouveautés qui, couplées à des arrivages de plus en plus massifs (et en voie de régulation) de main-d’œuvre étrangère, ont bousculé les petites habitudes d’un milieu volontiers traditionaliste et conservateur. Et pas toujours sans heurts… Parce que, tout aussi remarquables que demeurent les valeurs de ce jeu, le rugby n’est jamais qu’un reflet de son environnement social. Qui n’est pas toujours exemplaire…

Arrière-goût nauséabond

Pour s’en convaincre ? Il suffit malheureusement de laisser traîner les oreilles dans les tribunes des niveaux dits inférieurs, où spectateurs et joueurs peuvent avoir des mots aussi durs et provocants que ceux de Radosavljevic, sous couvert d’un pseudo « folklore » qui ne fait rire personne. Pour n’exhumer que deux des cas les plus récents, en 2020, le frère aîné de Cameron Woki avait été victime d’insultes racistes à Tarbes avec son équipe de Lannemezan tandis que quelques mois plus tard, c’est un match de cadets qui avait été temporairement arrêté par un arbitre, pour cause d’insultes proférées par des supporters à l’encontre d’un capitaine d’une des deux équipes.

Des faits rares mais tout sauf nouveaux, si l’on veut se souvenir de ce supporter palois qui avait provoqué Nagusa en 2015 en mimant des attitudes de singe, ou encore des insultes subies par Yannick Nyanga, encore cadet, au tournoi des Ovalies du levant en Avignon. Il y a plus de vingt ans… Autant d’actes isolés, bien sûr, mais qui font qu’on le veuille ou non ressortir un arrière-goût de nauséabond. Et oublier tout ce dont le rugby est aussi capable en matière d’intégration, à l’image du travail remarquable réalisé par l’association Ovale citoyen, ou d’une multitude de petites histoires qui font malheureusement beaucoup moins de bruit qu’un seul fait de racisme. Aussi marginal soit-il…

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