L'édito : sans concession

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Publié le , mis à jour

L'édito d'Emmanuel Massicard.

Ludovic Radosavljevic a donc été suspendu 26 semaines, ou plus exactement 26 matchs pour ses propos à caractère raciste envers Christian Ambadiang, un joueur de Nevers. Cette sanction est exemplaire sur la planète rugby, et même certainement à l’échelle du sport en général. Il convient évidemment de s’en féliciter, la commission de discipline n’a pas tremblé même si, en l’espèce, ce n’est jamais suffisant.

La main ferme a condamné sans avoir à se ranger derrière l’arme des travaux d’intérêts généraux qui auraient permis d’alléger substantiellement la peine du joueur de Provence Rugby. Très bien. Et c’est heureux. Car ne rêvons pas, malgré les excuses immédiatement prononcées par Ludovic Radosavljevic, son acte et ses paroles méritaient la plus grande fermeté. Quand bien même la menace de mort (« je vais te brûler ») n’a pas été retenue par la commission, faute de preuve…

S’il entend tenir un rôle central au cœur de la société, fédérer et transmettre les valeurs d’une culture qui a toujours érigé en principes inaliénables le jouer ensemble, le respect et la solidarité, le rugby français se doit d’être aligné, irréprochable. A ce titre, il ne pouvait accepter de voir l’une de ses commissions de discipline les plus représentatives adopter une sanction pour la forme, se réfugiant derrière les - indispensables - engagements éducatifs pour donner du sens à la sanction. Pour cela, laissons agir le club, qui devra lui aussi prendre ses responsabilités à la mesure des enjeux.

Clairement, la commission de discipline ne devait pas s’échapper de la mêlée. Elle ne l’a pas fait et nous nous en réjouissons d’autant que « l’affaire Rado » a été suivie d’une autre - tout aussi nauséabonde - qui a embrasé les réseaux sociaux la semaine dernière, prenant pour cible Demba Bamba. Le pilier international du LOU a répondu sur le terrain, face à l’Usap. On devrait vite passer sur l’épisode, en suivant les flots de l’actualité. N’empêche, cela fait beaucoup autour d’un sport qui loue d’ordinaire sa convivialité et son sens du partage. Avant d’en arriver à un point de non retour et s’ils ne veulent pas tout perdre, nos dirigeants ne devront jamais transiger avec l’insupportable.

à ce titre, permettez-nous quand même un regret : celui de n’avoir pas vu le barème maximal appliqué dans l’affaire Radosavljevic. Pour l’exemple. Aussi dure soit-elle, la sanction coercitive infligée à « Rado » a été divisée en deux par rapport à ce que prévoit le barème disciplinaire. 26 semaines/matchs au lieu de 52. Le casier du joueur (vierge) et ses excuses ont plaidé sa cause. Certes, cela peut s’entendre, se justifier. N’empêche, nous aurons du mal à digérer si, demain, de tels propos trouvent écho ailleurs, sur d’autres terrains, et plus particulièrement chez les jeunes.

La main tendue restera toujours une force de notre discipline, mais est-il possible d’accepter des circonstances atténuantes face à de telles injures racistes ou discriminatoires ? Cette clémence humaine n’aura-t-elle pas l’effet d’une double peine pour Christian Ambadiang, dont la mémoire n’entendra jamais résonner la moitié des mots prononcés par Radosavljevic ? Face à ces questionnements, notre religion est faite. Insultez, il en restera toujours quelque chose. Les devoirs d’exemplarité et de sévérité s’imposent dès lors, sans concession.

Emmanuel MASSICARD
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