Racisme : témoignages d'un combat à tous les niveaux

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Publié le , mis à jour

Les récentes affaires de racisme dans le rugby tendent à démontrer que, malgré un emballage marketing vantant des valeurs comme le respect ou la tolérance, ce sport n’est pas épargné.

Souvenez-vous. C’était en juin 2020, Djibril Camara, ancien ailier du Stade français et de Bayonne, avait confié dans nos colonnes avoir été victime d’insultes racistes. Extraits : « C’était en 2006, l’année où nous avons été champions de France avec les cadets du Stade français. Lors d’un match à Bellegarde, je me suis fait insulter durant toute la partie par les parents des joueurs de l’équipe adverse. Ce jour-là, j’ai entendu de tout. « Sale noir, rentre chez toi », « espèce de singe, va manger des bananes. » Je vous laisse imaginer ce que j’ai pu ressentir. Je n’avais alors que 16 ans… » Des propos corroborés par plusieurs de ses partenaires de l’époque.

Évidemment, la récente affaire « Rado », est venue rappeler que le rugby n’échappe pas à ce fléau. Et ce, quelle que soit la strate. Pourquoi en serait-il préservé d’ailleurs ? Aucun sport ne véhicule plus de valeurs que le rugby, diront certains. Fraternité, solidarité, tolérance, partage, égalitarisme et l’on en passe. Un véritable magma duquel émergent les sacro-saintes « valeurs », qui relèvent aujourd’hui pour beaucoup de l’argument marketing.

« On nous regardait un peu bizarrement »

Qu’en est-il véritablement le dimanche sur les bords de terrain, qu’ils soient de Première Série, de Fédérale 2 ou dans les catégories de jeunes ? « J’ai le souvenir que lorsque nous arrivions dans un tournoi avec nos jeunes, se remémore Fanny Griselin, ancienne éducatrice de l’AC Bobigny, on nous regardait souvent un peu bizarrement, comme s’il y avait de l’appréhension à voir débarquer des gamins issus pour beaucoup de l’immigration. Mais la plupart du temps, on nous félicitait en fin de journée du bon comportement de nos jeunes. » Dans un sport historiquement marqué par son ancrage territorial, le développement du rugby a dirigé une nouvelle frange de la population vers cette pratique.

Un témoignage qui confirme le sentiment de Patrick Mignon, sociologue : « le rugby n’est pas raciste. Il est à l’image d’un pays qui a peur de ce qui change ». « Ces propos ont toujours existé mais c’est vraiment à la marge, reprend Jean-Pierre Lalloz, ancien entraîneur de Bobigny, aujourd’hui à Beauvais (Fédérale 1). Ce n’est pas quelque chose qu’on croise tous les week-ends. » Pourtant, ce dernier a pris la peine d’évoquer le sujet avec son capitaine Cédric Yonkeu, joueur de couleur. « Après l’affaire des tweets de Matera et celle de Radosavljevic, j’avais envie de savoir comment il vivait cette histoire et s’il avait déjà été confronté à de tels propos. Jamais sur un terrain venant d’un autre joueur mais il m’a raconté qu’une fois un arbitre avait consigné des cris de singe à la fin d’une rencontre dans son rapport et qu’il lui en avait parlé à la fin du match. Seulement, il ne les avait pas entendus. Évidemment, je sais que ça le touche mais ce n’est pas non plus un sujet qui nous préoccupe au quotidien. » D’autres éducateurs de clubs situés en région parisienne assurent que des dérapages existent mais qu’ils ne relèvent pas du quotidien. En revanche, tous assurent y prêter une très grande attention. Pour endiguer une éventuelle banalisation.

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