Antoine Hastoy veut danser avec les stars

  • Antoine Hastoy - demi d’ouverture de Pau.
    Antoine Hastoy - demi d’ouverture de Pau. Midi Olympique. - Aurélien Delandhuy
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Le palois a été au cœur de l’actualité la semaine dernière, annonçant à ses dirigeants qu’il n’effectuerait pas la dernière année de son contrat. Il devrait rejoindre La Rochelle pour franchir encore un étape et se rapprocher de l’équipe de France qu’il a découvert l’été dernier.

C’est une date qu’il n’oubliera jamais. Le 17 juillet 2021, Antoine Hastoy est devenu international. Il a revêtu le maillot bleu frappé du coq lors de l’ultime test face à l’Australie à Brisbane. Un maillot dont il a toujours rêvé. Un rêve exacerbé, né certainement de la frustration de n’avoir pas eu sa chance chez les moins de 20 ans.

Alors que sa progression paraissait linéaire chez les équipes de France des jeunes, le jeune palois a été écarté au moment de passer cette dernière marche vers le très haut niveau, prié de laisser sa place à Romain Ntamack, propulsé chez les moins de vingt ans avec deux ans d’avance. Il fallait faire de la place au prometteur Toulousain. Arrière dans cette équipe de France U20, Romain Buros, aujourd’hui à l’Union Bordeaux-Bègles, était alors partenaire d’Antoine Hastoy à la Section paloise :

« Il n’a pas trop été pris dans les équipes de France jeunes. Il a été un petit peu mis de côté, et pourtant il a toujours eu des qualités techniques au-dessus de la moyenne. À cette époque-là, c’était notre sujet de discussion principal, mais c’était un choix et il ne faut pas le contester. On ne peut pas reprocher à la Fédération d’avoir voulu surclasser Romain Ntamack quand on voit où il en est aujourd’hui. On peut difficilement dire qu’elle a eu tort. »

Antoine Hastoy n’est pas du genre à se morfondre, à étaler ses états d’âme. Mais il sait mieux que quiconque qu’une place en sélection est un sésame bien difficile à obtenir, que la concurrence est exacerbée et qu’être bon ne suffit pas. En Australie, il a touché du doigt son rêve. Et il sait bien que le train pour 2023 est lancé à grande vitesse. En fêtant sa première sélection en juillet dernier, après avoir été convoqué en janvier comme partenaire d’entraînement du XV de France alors en pleine préparation du Tournoi des 6 Nations, il veut maintenant mettre toutes les chances de son côté pour rester dans le bon wagon. Il a donc dû prendre la décision la plus difficile de sa jeune carrière. Rester à la Section paloise, son club de cœur, celui qu’il a rêvé d’intégrer depuis ses premiers pas au RC Bal en mini-poussin, jusqu’à la fin de son contrat en juin 2023 ou tenter sa chance ailleurs dès juin prochain.

Tous ses anciens partenaires à Pau sont bien conscients que ce choix n’a pas dû être facile, à l’image de son ancien colocataire Bastien Pourailly, aujourd’hui à Clermont : « Il est très attaché au Béarn et à Pau mais, pour sa progression, il était important pour lui d’aller voir ailleurs, surtout après avoir passé autant de temps dans un club. Pour lui, c’est important de jouer la grande Coupe d’Europe et les phases finales. C’est un passage presque obligé s’il veut pouvoir aller plus haut. Et il a le talent pour. Il faut bien comprendre que tous les autres numéros dix avec qui, il est en concurrence pour l’équipe de France sont dans des clubs qui peuvent gagner des titres. »

Il est impossible de le contredire. C’est la même logique qui a poussé Baptiste Pesenti à quitter le Béarn dès cette année pour le Racing 92. Romain Buros, reconnaît que ce choix est difficile à accepter pour des supporters ou des dirigeants de la Section mais viser une Coupe du monde en France est un objectif qui s’entend : « Je trouve ce choix assez logique même si ça aurait été beau qu’il reste à Pau, d’autant plus que je trouve que la Section nous a mis dans de bonnes conditions avec Antoine et Lucas Rey. À 17 ans, on faisait déjà une semaine avec les pros pendant les vacances alors que nous étions encore en Crabos. Ça nous a permis de vite intégrer ce monde professionnel. On a senti vite que le club misait sur nous. Ça nous a fait gagner un temps fou. C’est donc un choix qui peut être contesté et qui le sera sûrement. Antoine est très attaché à la Section paloise mais forcément, sportivement, il faut aussi penser de manière individuelle car je suis convaincu qu’il a les capacités pour jouer plus haut. Pour cela, il faut être dans une grosse équipe, entouré de grands joueurs surtout au poste de demi d’ouverture. On ne peut pas briller tout seul aujourd’hui dans le rugby. C’est très rare qu’un joueur puisse faire briller une équipe à lui tout seul. »

C’est pourtant régulièrement le cas d’Antoine Hastoy depuis son avènement à la Section paloise après avoir fait ses gammes dans l’ombre de Colin Slade et en suivant les précieux conseils de Tom Taylor, notamment pour gagner en régularité dans l’exercice du tir au but.
 

Un travail acharné pour devenir buteur


Sur le terrain, il dégage une impression de facilité qui lui colle aux crampons depuis ses tout premiers matchs avec les professionnels. Pierre Nueno, aujourd’hui trois-quarts centre à Narbonne, se souvient encore de sa décontraction : « Il sent le rugby, c’est un très bon joueur. Il a su faire ses preuves contre le Stade français au début de la saison 2018-2019. Ce jour-là, l’équipe n’était pas en forme ni en confiance et il a su tirer son épingle du jeu. Tout s’est enclenché à partir de là. Il était titulaire la semaine suivante. Il n’a jamais montré le moindre stress. Et ça se ressent sur le terrain. Il transmet cette sérénité à ses partenaires. Mais derrière, il y a énormément de travail. »

Romain Buros avait aussi été impressionné par cette montée en puissance express : « Antoine c’est un mec vraiment posé. Dès ces premiers matchs, on avait l’impression qu’il était là depuis quinze ans, ça fait aussi sa force. »

Mais, que ce soit Pierre Nueno, Bastien Pourailly ou Romain Buros, ses partenaires avec qui il a disputé une finale de championnat Espoir, tous racontent la même histoire pour mieux faire comprendre que leur copain est avant tout un bourreau de travail, capable de se transcender pour atteindre ses objectifs. « Quand on était en cadets, ce n’était lui qui butait car il était très irrégulier, commence Romain Buros. « Il n’était toujours pas le buteur numéro en espoir », surenchérit Pierre Nueno. « Je ne suis pas sûr qu’il avait déjà buté en match avant de monter en Espoir », poursuit Bastien Pourrailly. « Quand on voit son pourcentage de réussite aujourd’hui en Top 14, c’est tout simplement hallucinant, reconnaît Pierre Nueno. « C’est le secteur qui prouve qu’il a énormément travaillé depuis cette époque-là, affirme admiratif Romain Buros avant de poursuivre : « Il fait tout ce qu’il peut au quotidien pour progresser. » Au point de devenir un des meilleurs buteurs du Top 14.

La preuve que le gamin doué, surclassé dès les mini-poussins et placé au poste d’ouvreur dès l’âge de dix ans par son éducateur Alexandre Justo au RC Bal, n’est pas du genre à se reposer sur des lauriers qu’il a acquis depuis bien longtemps en Béarn, d’autant plus qu’il est un incroyable compétiteur, haïssant la défaite, presque mauvais perdant selon ses amis qui parlent d’une qualité, tout en rigolant. « Il se met en danger en quittant Pau, termine Romain Buros, mais je pense qu’une carrière est faite de ce genre de mise en danger. » Et il est certain qu’Antoine Hastoy ne part pas pour changer mais simplement pour évoluer. Sans se renier pour Bastien Pourailly : « C’est un mec simple qui ne se prend pas la tête donc il est apprécié de tous. C’est dur de ne pas l’aimer. Je ne connais pas un mec à Pau qui dit du mal de lui. Il a des qualités individuelles qui peuvent lui permettre de faire des différences tout seul, notamment à son énorme raffut, mais il sait surtout très bien faire jouer les autres. »

Mais avec 2023 en tête, il était temps de penser à lui. Un objectif certainement à trop court terme pour le nouveau projet de la Section porté par Sébastien Piqueronies.

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