Jaminet - Carbonel : les minots face à face

  • Les deux amis d'enfance seront face à face ce samedi soir.
    Les deux amis d'enfance seront face à face ce samedi soir.
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Les deux internationaux reviennent sur la genèse de leur amitié ou la tournée en Australie. Parce qu’au rugby, quand il n’y a plus le ballon...

Quand l’histoire d’amitié a-t-elle commencé ?

Melvyn Jaminet : ça a commencé à l’arrivée de Carbo au RCT. Tu es arrivé un an après moi, il me semble.
Louis Carbonel : en moins de 7 ans, c’est ça (N.D.L.R. 2005).

Vous souvenez-vous de votre première rencontre ?

L. C. : ça a matché rapidement. Nous sommes deux mecs assez simples, on s’est donc liés naturellement.
M. J. : simplicité, c’est le mot ! On ne se prenait pas la tête, on rigolait de tout. C’est ce qui fait que nous sommes encore amis aujourd’hui.

Quels postes occupiez-vous à l’époque ?

M. J. : nous étions complémentaires : je jouais à la mêlée, car j’étais plus petit à l’époque, et Louis à l’ouverture.
L. C. : nous aimions tous les deux jouer, relancer : la connexion était naturelle entre nous. Melvyn ne gardait pas trop les ballons. De toute manière, on n’était pas costauds. Notre force, c’était la vitesse. Donc il fallait dynamiser.

Louis, quel adolescent était Melvyn ?

L. C. : ce n’était pas un mec qui faisait trop le con. Je dirais qu’il était assez discret, ce qui nous rassemblait.

Melvyn, on vous retourne la question.

M. J. : nous avons toujours su que Louis était fait pour jouer au rugby. Mais ce qui a fait sa force, c’est qu’il a gardé sa spontanéité : il savait qu’il était au-dessus du lot, mais il est resté humble, ce qui lui a permis de devenir le joueur et l’homme qu’il est aujourd’hui. Louis ne s’est jamais enflammé.

Partagiez-vous des rêves, à cette époque ?

L. C. : toute notre génération rêvait de jouer à Mayol.
M. J. : même si nous savions que c’était impossible, nous étions animés par l’idée de jouer ensemble avec Toulon. On voulait rentrer dans Mayol avec les copains. Finalement, nous avons tous empruntés des chemins différents… Mais qui sait, peut-être qu’un jour on se retrouvera sous un même maillot.

Quand est-ce que le rugby est devenu sérieux ?

M. J. : je ne l’ai jamais pris très au sérieux. Vous savez, je n’ai pas fait de pôle espoirs, je suis parti alors que tout le monde restait… J’étais surtout content de m’éclater avec les copains.
L. C. : c’est à partir du pôle espoirs et des équipes France jeunes que j’ai commencé à toucher le haut niveau. Vers 16-17 ans, je me suis dit que le rugby pouvait devenir un métier.

Partagiez-vous d’autres passions que le rugby ?

M. J. : la plage et… le beach rugby. On avait une bande de collègues avec lesquels on faisait des déplacements jusqu’à Narbonne, Perpignan. Il y avait aussi les parties de console.

Finalement, vos routes se séparent en 2015, quand Melvyn quitte Toulon pour Solliès-Pont.

L. C. : ça a été un peu difficile à vivre car je savais que, malgré son léger retard physique, il avait d’énormes qualités. Avec les mecs, on ne voulait pas qu’il parte. On lui a dit mais c’était ainsi. À ce moment, nous nous sommes un peu éloignés car nous n’étions pas dans le même lycée. Mais nous n’avons jamais coupé les liens, on se voyait en soirée (sourire). J’aurais préféré que Melvyn reste mais nous nous sommes adaptés.
M. J. : quand j’ai pris cette décision, ça a été un moment compliqué. Depuis tout minot, je ne connaissais que ce club, ces mecs. à mes yeux, quitter Toulon, c’était arrêter le rugby… On ne s’entraînait plus ensemble mais on a toujours gardé le contact. Puis j’essayais de suivre le groupe. Je suis notamment monté voir les gars quand ils sont devenus champions de France juniors.

Vous êtes aujourd’hui deux des meilleurs buteurs du Top 14. Mais qui butait à l’époque ?

M. J. : Louis ! Je lui laissais la responsabilité.

Est-ce vrai que vous passiez des heures à vous entraîner tous les deux, en dehors des entraînements ?

L. C. : on se donnait rendez-vous une ou deux heures avant pour buter. On aimait passer du temps ensemble, se challenger, se chambrer. Même si nous n’avons jamais été chiens et chats.
M. J. : c’est celui qui manquait le plus son coup de pied qui allait chercher les ballons (rires).

Il aura fallu attendre le XV de France et la tournée en Australie pour que vos routes se recroisent…

M. J. : apprendre que j’allais en Australie, c’était déjà exceptionnel… Mais quand Louis m’a dit qu’il partait aussi… On s’est donné rendez-vous sur la Playstation le soir-même pour en discuter. On n’en revenait pas. Puis il y avait Flo (Vanverberghe) : trois collègues d’enfance à se retrouver avec les Bleus, plus de cinq ans après mon départ du RCT, c’était complètement dingue.

Il paraît que vous n’avez fait qu’une seule voiture pour aller au rassemblement : qu’est-ce que ça vous a fait de vous retrouver, non plus pour aller jouer avec les minimes, mais avec le XV de France ?

L.C. : franchement ? C’était comme quand on partait faire un tournoi de beach (rires).
M. J. : exactement ! Nous étions heureux, on essayait d’imaginer comment ça allait se passer… On posait quelques questions à Louis, qui avait déjà goûté aux Bleus. On était dans la découverte, alors que lui savait un peu où il mettait les pieds.

Faisait-il un peu le patron avec vous ?

M. J. : il répondait, mais il ne faisait pas du tout le patron, sinon on aurait su le faire redescendre (rires). En réalité, son aide a été précieuse : j’avançais dans l’inconnue, alors Carbo m’a un peu orienté et m’a permis de m’intégrer plus facilement.

Avez-vous rapidement retrouvé des automatismes ?

L. C. : depuis les minimes, quelques années étaient passées…
M. J. : ça a pris un peu de temps mais dès le premier match, on a essayé de se chercher. Et c’est vite revenu.

Avez-vous fait chambre commune ?

L. C. : le problème c’est que nous étions trois potes pour une chambre de deux. Alors il a fallu trancher : Flo et Melvyn ont compris que je ne pouvais pas être partout, alors ils ont fait chambre commune (sourire). Je suis allé avec Killian Geraci.

Si on vous avait dit, dix ans plus tôt, que vous vous retrouveriez en équipe de France, y auriez-vous cru ?

L. C. : sincèrement ce n’était pas quelque chose que nous pouvions envisager… Déjà être pro… Mais alors les Bleus…
M. J. : nous ne pouvions pas imaginer que le XV de France nous tomberait dessus. Encore moins en même temps.

Louis, c’est vous qui aviez la responsabilité du tir au but sur le premier match, mais Melvyn l’a finalement récupérée en suivant. Comment l’avez-vous vécu ?

L. C. : on me l’a demandé, la question ne s’est pas posée. Et ça m’a fait plaisir pour Melvyn. J’avais confiance, je savais qu’il allait assurer : il était en forme, serein, c’est ce qui fait sa force.

Si vous ne deviez garder qu’un souvenir commun ?

M. J. : je dirais la première fois où nous sommes partis tous ensemble, vers 14-15 ans, faire un tournoi de beach à Narbonne. C’était la première fois que l’on se retrouvait sans les parents. Là, on avait sacrément rigolé.

Louis vient de se retenir d’éclater de rire : que s’est-il passé à Narbonne ?

M. J. : ça fait trop longtemps… J’ai peut-être oublié (rires). On va dire que l’on a fait une ou deux belles soirées… Voire quelques sorties nocturnes… Louis connaissait le coin, donc il nous pilotait mais personne n’engrénait vraiment la troupe. On vivait le truc à fond, tous ensemble.

Et vous, Louis ?

L.C. : je garde un super souvenir de notre victoire au Super Challenge Midi Olympique, en minimes, en 2014. Ce titre symbolisait notre groupe : nous n’étions pas les meilleurs mais on était une super bande de potes.

Melvyn, Louis vous a-t-il déjà agacé ?

L.C. : pourquoi ai-je le mauvais rôle (rires) ? En réalité, on ne se chamaille pas souvent. C’est pour cela que cette amitié dure.
M.J. : on ne s’est jamais embrouillés. Sauf la fois où je l’ai battu au ping-pong (rires).

Qui est le plus mauvais perdant des deux ?

M. J. : Louis, ne mens pas s’il te plaît (rires) !
L. C. : c’est moi, sans débat. Même au ping-pong, Melvyn ? C’est normal : quand tu es un bon joueur, tu es automatiquement mauvais perdant (rires).

Quel rêve partagez-vous désormais ?

M. J. : celui de se retrouver le plus souvent possible en équipe de France. Et pourquoi pas même, un jour, en club…

Est-ce envisageable ?

M. J. : tout est possible dans une carrière.

Et même de vous imaginer réunis à trois, avec Florent Vanverberghe ?

M. J. : lui, il est bien à Castres. On peut le laisser là-bas (rires).

Melvyn, faites-vous du lobbying pour que Louis signe à l’Usap ?

M. J. : Je lui ai proposé, mais je crois qu’il est vraiment attaché au Var.

Et dans l’autre sens ?

L. C. : je lui rappelle régulièrement que le Var est un beau département, mais c’est lui qui choisira pour son futur (sourire).

Louis, si vous pouviez emprunter une qualité à Melvyn… ?

L. C. : son gros jeu au pied. Et sinon, sa joie permanente. Ça se voit dans son jeu. C’est quelqu’un d’enthousiaste. C’est ce que j’aime chez lui.

Et quel défaut êtes-vous bien content de ne pas partager avec lui ?

L. C. : on s’affronte ce week-end, je ne vais certainement pas lui souffler (rires).

Et vous Melvyn, quelle qualité emprunteriez-vous à Louis ?

M. J. : sa simplicité. Que ce soit sur ou en dehors du terrain, c’est un mec qui ne se prend pas la tête. Je lui emprunterais bien son revers au ping-pong également (rires). En revanche, je suis bien content de ne pas être aussi tête en l’air que lui.

Ce n’est pas vous qui traînez cette réputation, pourtant ?

L. C. : il l’est, mais moins que moi (rires).
M. J. : ça ne se voit pas sur le terrain, mais Louis est vraiment tête en l’air (rires).

Avez-vous des exemples ?

M. J. : quand on est dans un hôtel, comme en Australie, il peut passer dix fois devant la porte de sa chambre sans se rappeler où il doit s’arrêter (rires).

Samedi, c’est la première fois de votre carrière que vous allez vous affronter en pro : alors, ça chambre dans l’avant-match ?

M. J. : bien sûr qu’on se met des pièces ! Je suis vraiment excité de le retrouver sur le terrain, même si ce n’est pas sous le même maillot.

Allez-vous essayer de le faire sortir de son match ?

M. J. : non, on va se la jouer à la loyale, hein (rires) ?

Louis, si vous vous retrouvez en un contre un face à Melvyn, allez-vous tenter de le renverser ou de lui mettre un cadrage débordement ?

L. C. : vous savez, j’ai toujours préféré l’évitement…
M. J. : (il coupe) alors que moi je lui fonce dessus, je veux lui mettre un cul direct (rires). Non, ce n’est pas ma qualité première, alors j’essayerais de l’éviter.

En tout cas, le duel des buteurs risque d’être décisif. Melvyn, vous connaissez bien Aimé Giral : allez-vous donner un ou deux conseils à Louis ?

M. J. : bien sûr que je vais lui en donner. Après, est-ce que ce seront de bons conseils ? Je ne sais pas, mais je vais le laisser voir (rires).

Et finalement, qui remportera ce match ?

M. J. : Louis, tu sais que tu ne viendras pas gagner à Perpignan. Je te l’ai déjà dit.
L. C. : c’est pour ça que je ne dis rien, je fais profil bas. Ce n’est pas notre genre d’annoncer la victoire, surtout à l’extérieur…

Et le soir, que se passera-t-il ?

M. J. : Carbo, si tu ne sais pas où passer la soirée, mon appart est libre (sourire).

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Les commentaires (1)
Chabalou Il y a 25 jours Le 26/09/2021 à 07:20

Rafraîchissant comme article et belle histoire d'amitiés. Je leur souhaite beaucoup de succès dans leur club et en EDF