Rivière : « Nous sommes dans un entre-deux dont il faut sortir »

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Président d'un des meilleurs clubs formateurs de France, l'ancien entrepreneur est régulièrement confronté à des cas de figure de rachats de contrat, au-delà du symbole Jaminet. Ce membre du comité directeur de la LNR parle de cette pratique et avance ses idées.

Les démarchages de joueurs sous contrat se multiplient actuellement. Quel regard portez-vous sur le sujet ?

Ça ne date pas d’aujourd’hui. Des clubs qui se font piquer de très bons joueurs, il y en a eu beaucoup ces dernières années. Je pense à Grenoble, Agen et nous notamment. Actuellement, on en parle plus par chez nous car il y a un de nos éléments sous contrat qui fait l’objet de beaucoup de convoitises mais il y avait eu Ducuing, Forletta, Roussel, Walcker…

Comment l’expliquez-vous ?

C’est avant tout lié aux Jiff, à mon sens. Tout le monde pense que c’est une bonne règle car elle favorise la formation française. Il est vrai qu'elle nous permet d’avoir une sélection performante et qui, je l’espère, deviendra championne du monde en 2023. Mais à l’inverse, elle incite aussi les grosses écuries à détecter les jeunes de plus en plus tôt afin de les garder dans leur effectif et d’éviter la surenchère. Au-delà du cas du moment que tout le monde connaît, nous avons deux ou trois joueurs à potentiel qui sont courtisés. Après, comment l’empêcher ? Quand le Racing et Toulouse vous sollicitent, puisque ce sont les clubs dont il s’agit en ce moment, que peut-on faire ? Le pilote automobile qui roule en Ford ne peut pas rester insensible à Ferrari. C'est dans l'ordre des choses même si ça fait râler.

Qu’est-ce qui vous fait donc râler ?

Je ne vais pas pousser des cris de vierge effarouchée par rapport à la concurrence mais, ce qui est gênant, c’est la remise en cause quasi permanente des engagements conclus. Pour un club, c’est difficile à gérer, surtout quand l’on a besoin de temps pour travailler et mettre un projet en place. C’est gênant aussi pour le joueur. Il ne faut pas oublier que ce sont des gamins de 20-21 ans qui ont besoin de sérénité, d'être dans une bulle. Les agents ont un rôle qui ne me paraît pas toujours pacificateur et c’est logique, d'un côté, car ils ont un intérêt tout trouvé à faire augmenter les transactions. Dans les contrats longue durée, il y a des clauses de sortie et de revoyure à chaque année. Les clubs sont démunis face à ça.

Vous identifiez un problème. Mais avez-vous des solutions ?

Le souci est que nous sommes dans un entre-deux dont il faut à mon sens sortir. Le problème vient de la multitude de clauses libératoires. Soit on va au bout du raisonnement et l'on instaure un vrai marché des transferts en supprimant ces clauses ; soit on maintient ce dispositif mais il faudrait alors renforcer les outils pour que les clubs fassent davantage valoir leurs droits. Les clauses libératoires perturbent tout : elles protègent le joueur sur la durée mais lui laissent une porte ouverte. La notion d'engagement en est fragilisée. Et à la fin, c'est le club qui en est otage. Il est victime de cette incertitude. C'est aux présidents de prendre ce problème en main. Il est impératif de traiter ce sujet, on ne peut pas rester avec un tel mécanisme. L'indemnité de transfert, ça ne suffit pas.

Le dernier mot vous revient, tout de même, quand un de vos joueurs est contacté ?

Oui, à la fin, ça nous appartient. C’est pour ça que je peux vous dire d’arrêter avec Jaminet en ce moment. Il n’y a pas un joueur qui partira de l’Usap sans que je signe quoi que ce soit. Ce n’est pas le cas. Ce qui est perturbant, c’est cette impression de relent permanent. En ce moment, le problème n’est pas de savoir où Jaminet sera dans trois ans mais de donner à l’équipe les moyens de se maintenir au terme de cette saison.

Dans le sens inverse, est-ce que les rachats de contrat ne peuvent pas devenir une source de revenus pour les clubs formateurs ? On pense à l’AJA au foot, par exemple...

Ça rejoint ce que je disais tout à l'heure. À mes yeux, c’est un vrai sujet et j’en parle régulièrement avec mes collègues. Je ne vois pas pourquoi les joueurs ne pourraient pas rentrer dans les actifs des clubs. Dès lors, ils pourraient les céder en fonction de leurs besoins ou des opportunités. Ça se fait dans le foot, pourquoi pas dans le rugby ? Est-ce qu’il ne vaudrait pas mieux aller au bout de la logique ? Ce serait peut-être moins hypocrite que le système actuel. Je pose des questions, je ne dis pas que c’est ce que je souhaite. Il y a la réforme des indemnités de formation mais ce dispositif a la complexité d’une centrale nucléaire et identifie la filière dans sa globalité, pas vraiment le club d’origine. Le rugby n’est pas professionnel depuis longtemps et il y a une espèce de pudibonderie, encore. Il faut laisser du temps aux mentalités mais je ne serais pas étonné que l’on arrive au système du foot. Ça commence à changer.

On a en tout cas l’impression que n’importe quel transfert devient possible désormais...

On l’a vu avec Kolbe. Qui peut empêcher Toulon de faire un pont d’or à Dupont, demain ?

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