XV de France / Toulouse - Thibaud Flament, l’appel du pays

  • Thibaud Flament fait partie du groupe sélectionné par Fabien Galthié pour la tournée d'automne.
    Thibaud Flament fait partie du groupe sélectionné par Fabien Galthié pour la tournée d'automne. Midi Olympique - Patrick Derewiany
Publié le , mis à jour

Sélectionné par Fabien Galthié, comme cela a été annoncé ce lundi, le deuxième ligne du Stade toulousain Thibaud Flament intégrera le groupe des Bleus pour la tournée d'automne. L’ancien ouvreur ou arrière découvre depuis un an la France, son pays natal qu’il avait quitté à l’âge de trois ans pour grandir en Belgique puis faire ses gammes en Angleterre et en Argentine. Un parcours hors du commun pour un joueur qui l’est tout autant.

C’était le 28 novembre 2020. Arrivé depuis quelques semaines en provenance des Wasps, après la fin de son contrat prolongé en raison du championnat reporté, Thibaud Flament effectuait sa première apparition sous le maillot du Stade toulousain contre Agen, en position de flanker. « Vous l’avez vu comme moi, ce gamin était fait pour jouer dans ce club », se réjouissait son manager Ugo Mola en conférence de presse après le coup de sifflet final. Une évidence… Enfin, pas tant que ça lorsqu’il s’agit de rappeler que l’intéressé évoluait en Fédérale 1 anglaise trois ans et demi plus tôt.

Puis, dans la foulée, en première division… argentine. Flament en est le premier surpris : « Quand je regarde derrière moi, que je me revois arriver chez les Wasps en finissant mes études en juin 2019… Aujourd’hui, je suis au Stade toulousain et je sors d’une saison où on a été champion de France et champion d’Europe. Ça va très vite. Mon rêve a toujours été celui-là. Mais de là à l’imaginer et le vivre aussi rapidement… » 

Avant de débarquer aux Wasps, Flament avait effectivement déjà connu plusieurs vies, loin de la France qu’il avait quittée à l’âge de trois ans, en raison du travail de son père, pour grandir à Bruxelles. C’est donc en Belgique qu’il a commencé le rugby. « C’était à 8 ans, à l’ASUB Rugby Waterloo, explique-t-il. Mon père a joué à Versailles et au Stade français à l’époque. C’est lui qui m’a ouvert à ce sport, alors que j’avais essayé le judo et le foot. Je me suis tout de suite épanoui. » à tel point que l’idée de percer dans ce milieu n’est jamais sortie de son esprit : « C’est toujours le rugby qui a dicté mes choix de vie. » Il faut dire que le garçon avait des prédispositions naturelles, qu’il mettait à profit en tant qu’ouvreur ou arrière.

Oui, voilà qui est véridique : « Jouer 10 et 15 m’a aidé à avoir un certain bagage technique et à le peaufiner. Ça me sert encore aujourd’hui. » Son destin a définitivement basculé quand, à 18 ans, Flament a décidé de prendre la direction de l’Angleterre pour intégrer la prestigieuse université de Loughborough et y suivre un bachelor en commerce, avec trois ans de cours et un an de stage. « Je suis parti dans un objectif sportif. Il y avait le package études et rugby, avec des infrastructures, un programme d’entraînement et une logique qui permettait de démarrer dans des petites équipes pour terminer dans des plus grosses. »

Replacement en deuxième ligne… à 18 ans

C’est donc outre-Manche que le joueur a abandonné la ligne arrière pour se faire une place dans le pack. « Même si ça m’a fait bizarre de passer deuxième ligne, je savais bien, en me regardant dans une glace et en voyant que je faisais plus de deux mètres, que ça allait arriver. Mes parents sont grands mais pas géants : 1,91 m pour mon père et 1,70 m pour ma mère. Je suis le seul à culminer aussi haut. Disons que je n’avais pas l’explosivité et les qualités physiques d’un trois-quarts de haut niveau. Au début, j’avais l’impression de faire un autre sport. Mais j’y ai pris goût et ça n’a pas été frustrant. Je n’ai jamais remis en cause ce changement de poste. »

Mais, bien que Flament grille constamment les étapes, l’apprentissage a réclamé un peu de temps. « J’ai découvert les tâches obscures sur le tard, illustre-t-il. Durant ma dernière année d’université, je me souviens qu’on avait des statistiques en Fédérale 1 anglaise. On comparait celles des deux deuxième ligne. Moi, j’étais impliqué dans trois ou quatre rucks quand l’autre finissait à trente-cinq rucks ! Je touchais plus de ballons, certes, mais on ne faisait pas du tout le même boulot sur le terrain. Disons qu’il m’a fallu passer un cap à ce niveau. » 

Alors, Flament s’est évertué à progresser sur la conquête, le jeu au sol et tout ce qui touche au combat. « Je dois encore travailler là-dessus, poursuit-il. J’avoue que c’est génial d’avoir des retours d’un mec comme Jerome Kaino, avec qui je jouais la saison dernière et qui est dans le staff maintenant. C’est un expert et je fais parfois des exercices supplémentaires avec lui. »

L’aventure en Argentine

En pleine ascension universitaire, Flament a de nouveau pris un virage inattendu en 2017 lorsqu’il a choisi de traverser une partie du globe. Il justifie : « J’avais l’opportunité de faire un an où je voulais tant que je trouvais un stage. Je parlais un peu espagnol au lycée et l’Argentine est un pays de rugby, ce qui était important pour moi. Je voulais aussi vivre une aventure, et ça cochait toutes les cases. » 

Direction l’Amérique du Sud, avec l’aide précieuse de Marcos Ayerza, l’ancien pilier des Pumas. « George Chuter, un de mes entraîneurs à l’université qui a été international et jouait aux Leicester Tigers avec Ayerza, m’a mis en contact avec lui quand il a appris que je voulais partir en Argentine. Je suis allé le rencontrer à Leicester, on a pris un café ensemble et ça s’est très bien passé. Marcos a parlé de moi à Newman, le club où il avait joué. » 

Là où il a atterri, avec à peine plus qu’un baluchon sur le dos… « Je suis arrivé là-bas, je n’avais pas de logement, pas de stage, mais juste un club et le manager qui venait me récupérer à l’aéroport. Je partais simplement avec ma valise. Les premiers soirs, je dormais chez un mec du club, puis chez un autre. J’ai ensuite trouvé mon logement et mon stage. » Surtout, il a grimpé dans la hiérarchie rugbystique du pays. « Chaque club de première division avait cinq équipes. J’ai logiquement débuté en équipe 5. Ensuite, je suis monté en 4, puis en 3. à l’intersaison, j’étais entre la 3 et la 2, puis j’ai fini avec uniquement l’équipe 1. Cela restera des souvenirs de potes, de soirées, de vie, d’aventure. Je jouais avec les frères de Julian Montoya, l’actuel capitaine des Pumas. Il venait de temps en temps aux entraînements et on avait sympathisé. Il y avait aussi Agustin Gosio, qui a été Puma et a évolué en deuxième division anglaise. Il avait alors 36 ou 37 ans. » 

Après cette expérience, et surtout un retour gagnant à Loughborough où il a intégré l’équipe première, la tentation de revenir en France était déjà présente. « Pas d’y revenir, d’y venir tout court, corrige-t-il. Je n’avais quasiment jamais vécu en France. Mais je regarde le Top 14 depuis que je suis petit et je voulais y jouer. Le problème, c’est que je n’avais pas de valeur sur le marché. Le rugby universitaire n’est pas développé en France. Je n’avais pas de crédibilité aux yeux des clubs. Mais Loughborough est une référence en Angleterre, qui a des partenariats avec Leicester et les Wasps. Ces derniers m’ont fait une offre. C’était bizarre de passer si vite de spectateur fan, de rugbyman amateur, à me retrouver à l’entraînement tous les jours avec Joe Launchbury, James Haskell ou Will Rowlands qui est maintenant international gallois. » Dès sa première saison, il participait pourtant à quinze matchs, toutes compétitions confondues, et impressionnait par son aisance ballon en mains autant que par sa capacité de déplacement.

Pierre-Henry Broncan, l’improbable intermédiaire

En novembre 2019, c’est la réception de Bath, où Pierre-Henry Broncan officiait dans le staff, qui fut un énième tournant dans sa trajectoire. « J’étais en train de m’échauffer et il m’a lancé : « lors, le Frenchy ? » On a discuté un peu et je lui ai ensuite envoyé un message sur le réseau LinkedIn : « Ce serait sympa de te rencontrer, voilà mon numéro. » On a continué à échanger, notamment par messages. Il m’avait invité à venir chez lui et j’ai profité d’une blessure pour aller le voir à Bath un week-end. J’y ai passé quelques jours avec sa famille. » Surtout, Broncan, qui a officié à Toulouse entre 2015 et 2018 et gardé d’excellents rapports avec Ugo Mola, connaissait le profil recherché par ce dernier à Ernest-Wallon. « Pierre-Henry m’a dit qu’il allait parler de moi au Stade toulousain et le club m’a contacté. Quand j’ai discuté avec Ugo, il m’a confié : "Si Pierre-Henry me dit qu’untel vaut le coup, j’y vais les yeux fermés. » C’est sympa de voir leur confiance mutuelle. »

Ou quand le rêve devenait réalité… « On en rigolait avec mes colocataires en Angleterre, avant même les premiers contacts. On faisait le fameux jeu « Tu préfères quoi entre ça ou ça ? » La question, c’était : "Tu préfères recevoir un million d’euros ou jouer au Stade toulousain ? » J’avais répondu : "Jouer à Toulouse. » Mon coloc avait halluciné : « Mais t’es malade, moi je prends le million ! ». Lui, c’était l’argent et rien d’autre (rires). J’avais aussi fait croire à un pote que Toulouse m’avait appelé. C’était un mois avant le vrai contact ! Je sentais que je voulais changer d’environnement, jouer en Top 14. Et la façon d’aborder le rugby au Stade toulousain me correspond pleinement. » 

Voilà comment Thibaud Flament, l’homme du monde qui servait de traducteur à Juan Cruz Mallia et Santiago Chocobares quand ils ont signé à Toulouse la saison passée, a enfin découvert son pays natal. « Ça va, la France me plaît », se marre-t-il. Il plaît aussi à la France, à tel point qu’il en devrait en porter le maillot cet automne.

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Jérémy FADAT
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