Portrait de Zack Henry (Section paloise), le plus Français des Anglais

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    Portrait de Zack Henry, le plus Français des Anglais Midi Olympique/Patrick Derewiany
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Arrivé en France en Fédérale 1 avant de connaître le Pro D2 et le championnat d’Angleterre, Zack Henry (demi d’ouverture ou arrière) découvre cette saison le Top 14 avec la Section paloise. Portrait d’un homme entraînant, qui prépare déjà sa reconversion comme préparateur mental.

Il n’était pas à la reprise de l’entraînement l’été dernier. Zack Henry était bloqué en Angleterre pour un problème de visa. Pourtant, dès son arrivée à Pau, avec trois semaines de retard, il a donné l’impression d’être là depuis toujours. Avec sa bonne humeur communicative, le joueur anglais de 27 ans était tout simplement heureux de retrouver la France et impatient de découvrir le Top 14. Et ce n’était pas une simple formalité administrative qui allait lui gâcher son plaisir.

Zack Henry a appris à vivre avec les contretemps et les aléas. Tout d’abord parce qu’il n’envisageait pas de faire carrière : « Notre père n’était pas rugbyman mais mon frère avait beaucoup trop d’énergie. Quand il a eu 5 ans, mes parents l’ont envoyé à l’école de rugby pour le fatiguer et je l’ai suivi quand j’ai été en âge de le faire. Jusqu’à mes 18 ans, je jouais aussi au foot en club. Je rêvais de jouer pour Arsenal. Quand j’étais petit, je disais à tout le monde que Thierry Henry était mon oncle ! Même si je n’étais pas mal comme ailier gauche, j’étais plus fort au rugby donc c’était mon meilleur choix. »

Étudiant à l’université de Bath et avec un diplôme en psychologie du sport, il espérait alors lancer sa carrière de rugbyman en Angleterre. « Par deux fois, je n’ai pas été pris. Aux Harlequins puis à Bath. Quand tu es jeune, tu penses que c’est la fin du monde. Ne pas avoir été pris par Bath m’a vraiment déçu sur le moment, mais je pense que c’était la meilleure chose qui ait pu m’arriver. Aller à Rouen a été ma plus belle décision, elle a changé ma vie. Maintenant je suis bilingue, j’ai des potes en France et en Angleterre. Je suis le premier joueur au monde à avoir joué en Fédérale 1, Pro D2, Premiership et Top 14 dans cet ordre-là. Et j’en suis très fier. »

Un incroyable parcours qui doit beaucoup à Richard Hill, l’ancien manager de Rouen, qui a recruté le jeune anglais alors que le club normand évoluait en Fédérale 1 : « J’ai joué à Bath, donc je connaissais son entraîneur à l’université. J’étais très étonné qu’il soit disponible car si j’avais été l’entraîneur de Bath, je l’aurais pris sans hésiter. Il est passé entre les mailles du filet. Il est venu à Rouen mais ses débuts ont été catastrophiques. En une seule semaine, il a été cambriolé, sa voiture a été volée devant le stade et il a perdu quatre dents en match le dimanche. On a mis ses dents dans un verre pendant le trajet de retour. C’était une semaine horrible et je m’attendais à ce qu’il rentre tout de suite en Angleterre. Mais il est resté positif. Malgré toutes les choses incroyables qui lui arrivaient, il gardait toujours le sourire. »

Un caractère qui a aussi fait l’admiration de Xavier Péméja, qui avait réussi à l’attirer à Nevers en Pro D2 : « C’est un véritable compétiteur, toujours positif, très agréable à entraîner car il amène de la joie. Il n’a pas peur de la compétition, il prend ça avec plaisir et le transmet à ses partenaires. Il est très intéressant dans la communication avec les entraîneurs. Il est toujours très positif et veut toujours faire avancer et progresser l’équipe. Quand il fait une connerie, il l’assume totalement et passe à autre chose sans rester dessus pendant deux heures. Ce n’est pas un joueur qui se cache, il prend ses responsabilités. Quand il fait un mauvais match, il est capable de le reconnaître. C’est un garçon intelligent. »

Impossible de refuser Leicester

À Nevers, il est devenu un des meilleurs joueurs de Pro D2. Une belle revanche pour Zack Henry : « Mon rêve était de jouer le plus haut possible. J’ai réussi à devenir rugbyman professionnel sans jamais jouer en Angleterre. Comme ça s’était bien passé en Pro D2, j’ai eu une offre des Leicester Tigers. Ça ne se refusait pas, c’était un rêve de jouer en Premiership. » Un choix qui a pourtant surpris Richard Hill, qui en rigole aujourd’hui : « Je ne lui ai pas dit mais pour moi, c’était une catastrophe car c’était le seul club en Angleterre où Zack Henry ne pouvait pas s’exprimer. Leicester est une équipe avec des consignes très strictes, où l’on n’aime pas les joueurs qui sortent des schémas. Il faut absolument rester dans la stratégie donc ce n’était pas du tout un club fait pour lui. Zack a une vision de jeu. Il a du « french flair » en lui. Il faut accepter qu’il fasse une erreur, que l’équipe encaisse un essai à cause de lui. Mais on gagne beaucoup plus avec lui que l’on ne perd. Il faut avoir un peu de patience avec Zack et accepter que son enthousiasme pour relancer le jeu pose quelquefois des problèmes. Mais il y aura toujours plus de positif que de négatif. »

Leicester était prêt à l’accepter. En tout cas, Zack Henry le pensait au moment de retraverser la Manche. C’était sans compter sur un nouveau coup du sort : « En amont, j’avais beaucoup discuté avec l’entraîneur qui m’a fait signer à Leicester. Il voulait changer le jeu de l’équipe, en privilégiant le jeu à la main, en jouant plus vite. Il me voulait pour ça. Malheureusement, je suis arrivé et il s’est fait virer (rires). J’ai quand même beaucoup joué, notamment la finale de Challenge Cup. Mais je n’étais pas très heureux par rapport au plan de jeu. Je suis un joueur un peu français. C’était quand même une bonne expérience car j’ai pu progresser. J’ai maintenant deux facettes dans mon jeu : le jeu au pied stratégique, d’occupation qui me vient de cette expérience anglaise et cette volonté d’attaquer la ligne, de trouver des espaces, des intervalles comme le demande le jeu français. » Zack Henry est resté positif, comme il le fait toujours : « L’aventure était quand même belle, ça m’a beaucoup apporté et je me suis fait des amis. Mais le jeu n’était pas pour moi et c’est pour ça que j’ai cassé mon contrat. »

Devenir préparateur mental

La Section paloise lui offrait l’opportunité de découvrir le Top 14, à la place qui est la sienne, selon Xavier Péméja et Richard Hill qui étaient tous les deux persuadés que ce championnat était fait pour lui. Le manager de Nevers rêvait pourtant de le faire revenir : « Je l’ai appelé mais il visait le Top 14 car c’est son niveau. Quand Sébastien Piqueronies m’a appelé, je lui ai dit de le prendre sans hésitation. » Le manager de la Section paloise n’est pas mécontent de son choix, d’autant qu’Antoine Hastoy ne sera plus là la saison prochaine : « J’aime énormément sa capacité à attaquer la ligne et le fait qu’il soit gaucher, avec la possibilité de jouer 10 ou 15. Pour moi, c’est le seul Anglais qui est un joueur de rugby français. J’ai trouvé le Zack que j’étais persuadé de trouver. C’est fluide, facile comme s’il était là depuis des années tellement il paraît fidèle et porteur de notre projet. »

Pour l’instant, les deux ouvreurs cohabitent. Ce qui ne pose pas de problème à Henry : « Je veux simplement jouer pour aider l’équipe. Avant, je me disais que j’étais un ouvreur qui pouvait jouer à l’arrière et maintenant je me considère aussi bien 10 que 15, car j’ai beaucoup joué à ce poste à Leicester. J’ai de la confiance aux deux postes. » L’homme sait de quoi il parle puisque la psychologie du sportif de haut niveau est au cœur du Master en psychologie qu’il suit actuellement : « Le mental m’intéresse beaucoup. J’ai toujours eu des préparateurs mentaux dans mes équipes, mais ils n’avaient jamais joué à haut niveau. Je sentais qu’ils avaient du mal à comprendre tout ce qui peut arriver chez un sportif de haut niveau. Après ma carrière, j’aimerais devenir préparateur mental. J’ai l’expérience d’avoir joué dans des environnements difficiles, j’ai eu des blessures, j’ai eu des problèmes familiaux plus jeune. Tout n’a pas été facile pour arriver au plus haut niveau, donc j’espère pouvoir poursuivre dans cette voie après ma carrière. En plus, je parle français et anglais. » Pour continuer de transmettre ses ondes positives, qu’il diffuse en gardant son sourire bien accroché. Quoi qu’il arrive.


Il a converti son frère à la France

Depuis son arrivée à Rouen, Zack Henry est devenu un amoureux de la France et du rugby français, avouant qu’il n’a jamais coupé avec le Pro D2 : « J’ai passé mon année à Leicester à être devant la télévision tous les vendredis soir à regarder Nevers. J’envoyais des messages aux joueurs. J’adore ce club et j’adore Xavier (Péméja, N.D.L.R.) qui est un bon coach. En dehors du rugby, j’adore la vie française, avec le soleil qui est toujours là. À Rouen, Nevers ou même ici à Pau, tout le monde me dit que ce n’est pas Montpellier ni Perpignan, mais par rapport à une saison en Angleterre, tu vois qu’ici c’est bien mieux en termes de soleil (rires). Je suis heureux en France, le Top 14 est parfait pour moi. Je parle au-delà du terrain, de toute l’expérience, avant et après match. »

Parlant maintenant très bien français, il a réussi à convaincre son frère de finir sa carrière de ce côté du Channel : « Mon frère Jake a fait une bonne carrière en deuxième division en Angleterre. Il a vu mes bonnes expériences en France. Je lui ai dit que même en Fédérale 1 c’était une belle aventure, avec des tribunes pleines de supporters, une bonne ambiance et un niveau de jeu intéressant. Il s’est donc engagé au Havre et il s’amuse. Il s’est blessé au genou, donc il est en rééducation en ce moment. Il va revenir dans deux ou trois mois. Je lui ai acheté un petit livre avec toutes les phrases de bases pour apprendre le français. »



Digest

Né le : 1er octobre 1994 à Brighton (Angleterre)

Mensurations : 1,83 m, 90 kg

Poste : ouvreur ou arrière

Clubs successifs : Rouen (2016-2018), Nevers (2018-2020), Leicester (2020-2021), Pau (depuis 2021)

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Les commentaires (1)
EN DEUX Il y a 1 année Le 29/10/2021 à 13:34

Reste que Zack Henry n'est que le 3ème ouvreur, puisque la Section compte tenu du pillage de la Rochelle de certains de nos cadres, Hastoy, Lespiaucq est obligée de former en accéléré le Demi d'Ouverture de l'équipe de France U20, Debaes...
Ce n'est jamais bon de laisser des joueurs sur le banc, il faut que tout le monde joue pour être à niveau en cas de blessure d'un titulaire mais on peut rarement faire tourner en Top 14, on utilise que la Challenge Cup pour la 2nde partie de tableau ou la H Cup pour les derniers de la 1ère partie.
La solution pourrait peut être de jouer parfois avec un Debaes en 5/8ème et d'utiliser Henry comme remplaçant d'Hastoy ou Debaes en 2nde mi temps
A défaut on peut aussi l'utiliser en 15.
D'autres mouvements seraient intéressants ds les packs avec des possibilités d'utiliser certains profils de talonneur en flankers, les plus joueurs.
Ps Il ne faudrait pas que Picqueronies oublie ses champions du monde U20, les excellents Ailier Pinto (également meilleur marqueur d'essais de tournoi des 6 nations u20) et Wayne Barka, bcp utilisé en Jeu à 7 mais sans doute "flankerisable"