Portrait de Facundo Isa, le Toulonnais libre dans sa tête

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Publié le , mis à jour

D’une charge, d’un plaquage ou d’un coup de baguette magique, «Facu» (28 ans, 34 sélections avec l’argentine) est de ces joueurs qui changent le cours d’à peu près tous les matchs auxquels ils prennent part. Pourtant, derrière son armure naturelle se cache un personnage aussi libre qu’attachant.

Il rigole, prend la balle, chambre un coéquipier, charge ballon en mains, se relève et retrouve aussitôt son inamovible sourire. Depuis son arrivée sur la rade en 2017, Facundo Isa est le rayon de soleil du groupe toulonnais. Joueur d’instinct sur le terrain, symbole de la joie de vivre en dehors, le minot de Santiago del Estero peut agacer le staff par sa nonchalance autant qu’il le fait grimper aux rideaux dès lors qu’il enfile ses crampons.

Et si le rugby se veut chaque jour de plus en plus professionnel, attendant des joueurs qu’ils soient toujours plus grands, plus forts, plus rapides et alors que la pression se décuple au fil des semaines, Facundo Isa semble un véritable ovni. Comme si rien ne pouvait l’atteindre. Comme s’il n’y avait pas de cadre assez solide pour résister aux charges du charmeur argentin. Mais qui se cache derrière le colosse de 28 ans, devenu l’une des coqueluches du public varois ?

La naissance d’un surdoué

Pour tenter de comprendre « Facu », il faut remonter à 2007. Alors qu’il ne semble en aucun cas destiné au ballon ovale, ce grand fan de River Plate découvre les Pumas. Derrière le petit écran, Facundo Isa suit la Coupe du monde en France et se prend de passion pour les coéquipiers de Juan Martin Fernandez-Lobbe qui, il ne le sait pas encore, deviendra bientôt l’un de ses meilleurs amis. Alors, «Facu» échange son costume de footballeur pour celui de rugbyman. Et s’il n’envisage pas une seconde de faire carrière, la réalité le rattrape plus rapidement qu’il ne l’imagine.

Véloce, rapide et doté de qualités de mains qui le placent très au dessus du lot, le minot de Santiago del Estero, au nord de l’Argentine, éclabousse les radars : de l’équipe une de sa ville aux Pumitas (moins de 20 ans), le golden boy traverse les catégories comme une comète. Et c’est finalement en 2013, après le championnat du monde juniors qu’il est repéré par le RCT. Ni une ni deux, le troisième ligne fait sa valise pour la rade. Le début d’une aventure aussi surprenante qu’inattendue, pour ce gamin que rien ne prédestinait au rugby ? C’est ce qu’il espère.

Premier passage éclair à Toulon

Le saut dans l’inconnu est trop important. Alors qu’il ne parle que très mal anglais, et absolument pas français, le gamin de 20 ans se sent seul à 11 000 kilomètres de son cocon familial. Et malgré Martin Castrogiovanni et Juan Martin Fernandez Lobbe, qui le prennent sous leurs ailes, on dit du taureau de Santiago qu’il reste des soirées entières à pleurer ses parents. Si ses performances lui ouvrent les portes de l’équipe première (il connaît ses premières minutes en Top 14 contre Biarritz, en septembre 2013), le moral est en chute libre.

Alors qu’il s’était engagé pour deux saisons avec le club frappé du muguet, le colosse demande à être libéré avant même la fin de la première. Retour à la maison pour « Facu ». «Avant de partir, j’ai échangé avec Lolo (Emmanuelli). Il m’avait fait venir et j’avais besoin de son avis. À l’époque, je lui avais dit : «Ici, je n’ai pas ma place, je ne vais jamais jouer. Je pense rentrer en Argentine». À 20 ans, j’ai donc fait le chemin inverse et je suis rentré au pays.» nous confiait Isa en 2017, bien conscient que pour s’épanouir, il lui faudrait repasser par la case Argentine.

Du Santiago Lawn Tennis à la Coupe du monde

Et comme par magie, le troisième ligne bridé par l’absence des siens retrouve immédiatement la joie du rugby. De retour au Santiago Lawn Tennis, il illumine ses coéquipiers, et s’ouvre les portes des Pampas XV (sélection développement), puis des Jaguars (la réserve des Pumas). Là, il brille à chacune de ses sorties, au point de postuler à la sélection dès novembre 2014. Alors âgé de 21 ans, l’ancien Toulonnais, parti du centre de formation au risque de laisser ses rêves s’envoler, devient finalement international.

Une fin en soi ? Croyez-vous ! Désormais en pleine lumière, le numéro huit fonce tête baissée sur la Coupe du monde 2015, où il s’impose comme le principal fer de lance de la sélection de Daniel Hourcade. S’en suit une saison de Super Rugby avec les Jaguares, et voilà que Facundo Isa est considéré comme l’un des meilleurs numéros huit du monde, quelque part entre David Pocock, plutôt troisième centre que flanker à cette époque, et Kieran Read.

«Mon histoire avec Toulon n’était pas terminée»

En 2017, alors que tout le Vieux Continent s’arrache « Facu » et que les Jaguares lui proposent une prolongation, ce dernier a une idée en tête : s’offrir une revanche sur la rade, pour montrer que le buffle de Santiago a bien grandi depuis son départ prématuré. À l’époque, la star argentine nous expliquait son choix : « J’ai toujours considéré que mon retour en Argentine était une étape. J’avais une décision à prendre : continuer en Argentine ou trouver un nouveau club en Europe. De nombreux clubs, en France ou en Angleterre, m’ont approché et je ne savais donc pas où j’allais signer. Mais j’ai demandé à mon agent de donner la priorité au RCT. Mon histoire avec Toulon n’était pas terminée, j’avais une revanche à prendre. »

La romance est alors relancée, et s’il comprend que les portes de la sélection se referment provisoirement (car les joueurs évoluant en Europe n’étaient plus sélectionnables à l’époque), « Facu » décide de se plonger corps et âme dans son aventure toulonnaise. Et alors ? Le minot timide de 19 ans n’est plus, au profit d’un joueur confirmé, qui s’est affirmé en quatre saisons comme l’une des étoiles montantes du rugby mondial.

«Lors des premières saisons, parfois il ne venait même pas à l’entraînement»

Toujours aussi impressionnant ballon en mains, mais beaucoup plus à l’aise dans la vie de groupe, Isa devient rapidement la coqueluche du public varois. Et si on dit de lui qu’il est parfois nonchalant, et semble vivre sur un nuage qui lui est propre, les Varois se prennent de passion pour le Puma. « Facu c’est un joueur atypique. Je le connais très bien, car nous étions au centre de formation, se rappelle Florian Fresia. C’est un joueur exceptionnel, avec des qualités physiques hors normes. Il est vaillant, percutant, peut sauter en touche, il plaque fort. Maintenant on le connaît, il est comme il est... Il peut avoir tendance à être un peu en retard, et à payer des amendes, mais voilà, c’est Facu. Est-ce qu’il a changé depuis 10 ans ? Lors des premières saisons, parfois il ne venait même pas à l’entraînement car il ne se levait pas. Là il a passé un cap, et tant mieux, car il est énorme sur le terrain. »

Et s’il sera toujours plus réticent à l’idée d’aller faire une séance de musculation que d’enfiler ses crampons (en 2019 il nous avait confié : « Un jour, pour rigoler j’avais dit que j’étais là pour faire du rugby, pas de la musculation, sinon je me serais inscrit au cross fit »), « Facu » a ça d’atypique que la pression qui incombe au plus haut-niveau semble glisser sur son armure naturelle (1m88, 112kg).

En fin de contrat, Isa souhaite prolonger à Toulon

Au principal intéressé de poursuivre : « J’ai 28 ans désormais, j’ai joué avec beaucoup de joueurs d’expérience, et j’ai beaucoup progressé sur le terrain, mais également sur le reste, afin de devenir plus professionnel. » Il n’empêche que s’il tente chaque jour de se mettre dans le moule du rugby professionnel, Facundo Isa demeure un joueur et un homme d’instinct. Souriant, insouciant, séduisant, le troisième ligne est un oiseau qu’on n’enferme pas.u

Un esprit libre qui ne laisse personne indifférent. Supporters, coéquipiers, entraîneurs, Isa peut agacer par sa nonchalance, mais parvient toujours à donner le sourire, par son humour, sa bonhomie et ses charges sur le terrain. Et à 28 ans, l’Argentin semble plus épanoui qu’il ne l’a jamais été, sur comme en dehors du terrain. Désormais en fin de contrat avec le RCT, nul doute que la prolongation de Facundo Isa sera l’un des enjeux majeurs de la saison toulonnaise. Restera ? Restera pas ? L’international argentin ne cache en tout cas pas son désir de poursuivre l’aventure. « Est-ce que je me vois rester ? Toulon est ma première option depuis que je suis revenu en France. Et j’aimerais bien continuer. »

L’histoire d’amour entre le RCT et le môme de Santiago del Estero, débarqué trop jeune sur la rade, mais finalement revenu par la grande porte, se poursuivra-t-elle encore quelques années ? Si seul l’avenir le dira, il est clair que toute une rade aimerait voir son rayon de soleil prolonger le plaisir quelque temps encore.

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Pierrick Ilic-Ruffinatti
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