XV de France - Gaël Fickou (Racing 92) : « Le nouveau staff est pour beaucoup dans le renouveau du XV de France »

  • Le centre Gaël Fickou, malgré ses 27 ans, est l'un des joueurs les plus capés du XV de France, avec 63 sélections.
    Le centre Gaël Fickou, malgré ses 27 ans, est l'un des joueurs les plus capés du XV de France, avec 63 sélections. Midi Olympique - Patrick Derewiany
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Son probable repositionnement au poste de deuxième centre, la possible association Jalibert-Ntamack, le capitanat d’Antoine Dupont, les progrès réalisés par le XV de France, Gaël Fickou, joueur le plus capé des bleus avec 63 sélections, a accepté de se livrer avant le début de la Coupe d’Automne des Nations. Et c’est sans filtre, comme toujours avec le Racingman.

Rentrons dans le vif du sujet directement : la probable titularisation conjointe de Matthieu Jalibert à l’ouverture et de Romain Ntamack au poste de premier risque de vous contraindre à évoluer en treize. Qu’est-ce que cela change pour vous ?

Honnêtement, pas grand-chose. Premier ou deuxième centre, ce sont des postes assez similaires. Personnellement, ça ne me dérange pas du tout.

En défense, conserverez-vous votre statut de leader de défense ?

Peu importe que je sois positionné en premier ou deuxième centre, je conserve ce rôle-là. Dans notre organisation, ça ne change rien.

On vous a pourtant vu positionné en premier centre sur les phases défensives…

C’est vrai, c’est une organisation que nous avons travaillée. Mais sincèrement, la position sur le terrain n’est pas très importante.

Sur le plan offensif, le deuxième centre a souvent plus d’espace pour jouer les ballons. Est-ce un aspect de votre repositionnement qui vous séduit ?

Vous savez, au tout début de ma carrière, j’ai beaucoup joué au poste de deuxième centre. Et même encore il n’y a pas si longtemps. Lorsque je jouais au Stade français, on m’a souvent mis au poste de numéro 13 lorsque j’étais associé à Jonathan Danty. C’est une position que j’affectionne également, où j’ai mes repères. Pour moi, il n’y a aucune difficulté à être décalé. J’ai le sentiment que le premier centre est plus un passeur, un trieur de ballon. Un joueur qui doit avoir une bonne lecture de la situation. Alors que le 13 a plus d’opportunités de jouer ses duels. Mais franchement, je n’ai pas de préférence.

Cette réorganisation probable avec la titularisation conjointe de Matthieu Jalibert et Romain Ntamack amènera-t-elle le XV de France à modifier sa stratégie offensive ?

Si Matthieu est amené à jouer à l’ouverture et que Romain est positionné au poste de premier centre, je ne suis pas inquiet. Au contraire. Romain a l’habitude lui aussi d’évoluer dans ce rôle-là avec le Stade toulousain. Maintenant, il est certain qu’il n’a pas du tout le même registre de jeu que le mien. Une éventuelle association Ntamack-Fickou au centre, ce sera forcément différent d’une paire Fickou-Vakatawa. Mais Romain va apporter d’autres certitudes comme la précision de son jeu au pied par exemple.

Pensez-vous que le staff technique des Bleus ait été poussé dans cette volonté d’associer Jalibert et Ntamack par la nouvelle règle dite du "50 : 22" ?

Il faudra leur poser la question, mais je n’en suis pas complètement convaincu. Cette règle, on en parle beaucoup, mais ça n’a pas changé grand-chose dans le jeu courant. Nous avons toujours défendu avec treize joueurs dans le premier rideau et deux dans le fond du terrain. La seule problématique née de ce changement de règlement se pose essentiellement sur mêlée. Pour le coup, ce genre de situation est un peu plus dangereux pour l’équipe qui défend. La concentration de tous les avants dans un tout petit espace oblige l’équipe qui défend à couvrir une très grande partie du terrain et à faire des choix.

Il nous faut gagner des titres. Faire des bons matchs, c'est bien. Gagner, c'est mieux.

Antoine Dupont a été nommé capitaine du XV de France pour cette tournée alors que vous faisiez partie des candidats naturels à cette fonction. Comment avez-vous accueilli la décision du sélectionneur Fabien Galthié ?

D’abord, j’ai été très heureux et très flatté d’être dans la short-list des prétendants. Depuis l’arrivée du nouveau staff, j’ai toujours été considéré comme un cadre de l’équipe et c’est très agréable. Mais qu’on ait pensé à moi pour ce rôle-là, ça m’a fait plaisir. Après, très franchement, le capitanat, ce n’est pas un fin en soi. Je suis très content pour Antoine, il le mérite au regard de ses performances et de son influence sur l’équipe. C’est vraiment un joueur exemplaire. Je ne doute pas une seule seconde qu’il sera un grand capitaine en attendant le retour de Charles (Ollivon, N.D.L.R.). Antoine sait aussi qu’il peut compter sur moi et sur nous tous pour l’épauler.

Vraiment aucune déception ?

Être capitaine aurait été un honneur. Certes, ça fait basculer le joueur dans une autre dimension, mais il reste le même sur le terrain. Et franchement, le plus important, c’est que le XV de France gagne ses matchs et remporte des titres. Pour être sincère, je pense que tous les joueurs qui ont été cités auraient pu être capitaine. Comme nous l’a dit William Servat, nous devons tous être des capitaines en puissance et prendre nos responsabilités.

Jamais autant de joueurs n’étaient apparus aussi crédibles pour endosser ce rôle de capitaine. N’est ce pas une richesse pour le XV de France ?

C’est hyper rassurant ! Mais par le passé, il y avait autant de bons joueurs qu’aujourd’hui en équipe de France. Le problème, c’est qu’on ne gagnait pas. Et c’était souvent la faute des joueurs. Or, à mon sens, la responsabilité se trouvait ailleurs. Franchement, avant que le staff de Fabien (Galthié) n’arrive, les entraînements n’étaient pas à la page. Ce n’était vraiment pas à la hauteur des attentes du haut niveau. Et je le vois d’autant mieux depuis l’arrivée de Fabien (Galthié) et son staff, tant sur le jeu que sur la structure et l’approche des entraînements, ça n’a plus rien à voir.

Vraiment ?

Par le passé, j’ai quand eu la chance de côtoyer de nombreux joueurs talentueux en équipe de France. Je pense à Fred (Michalak), Thierry (Dusautoir) ou encore Yoann (Maestri) et Pascal (Papé). J’ai même parfois tendance à penser qu’il y avait encore plus de grands joueurs à cette époque.

Ah oui ?

Mais oui, largement. Seulement, on ne gagnait pas et on changeait les joueurs tous les quatre matins. À cette époque-là, peu importe le capitaine, à la lueur de notre façon de travailler et de nous entraîner, nous ne pouvions pas gagner les matchs. Et si nous avions continué sur cette voie-là, ce serait encore le cas aujourd’hui, malgré tout le talent qu’il y a dans notre équipe. Honnêtement, je pense que le nouveau staff, tant les entraîneurs que les préparateurs physiques, est pour beaucoup dans le renouveau de l’équipe de France.

Vous avez beaucoup travaillé les scénarios de fin de match durant la première semaine de préparation en raison de plusieurs rencontres perdues dans le "money-time". En quoi est-ce utile ?

Le fait de reproduire des situations de match, avec beaucoup de pression, des difficultés plus ou moins importantes, c’est précieux. Comment gérer la dernière minute d’un match quand on mène au score, quand on doit absolument marquer pour l’emporter, quand on est en infériorité numérique… Ce sont des situations d’urgence qu’on doit mieux maîtriser, mieux appréhender, pour, le moment venu, savoir les gérer. Voilà un exemple de ce que le staff a amené depuis sa prise de fonction. Lorsque nous travaillons ces situations, on essaie de reproduire au maximum les conditions de matchs. Ces situations, on les travaille en fin de séance, dans un état de fatigue avancée, avec un chronomètre qui tourne sous nos yeux, avec une sirène qui retentit durant l’action. Cela peut sembler être du détail, mais c’est très important.

Le XV de France est aujourd’hui à deux ans du coup d’envoi du Mondial en France. En quoi cette tournée d’automne est peut-être encore plus importante ?

Tous les matchs sont importants. Mais c’est vrai qu’à deux ans de la Coupe du monde, on se doit de tout gagner, d’aller chercher des titres. Peu importe l’adversaire. Restons humbles mais ambitieux. N’ayons pas peur d’affirmer nos objectifs. Nous voulons gagner toutes nos rencontres, c’est clair. Trois rencontres se présentent à nous, on sait que rien ne sera simple.

Fabien Galthié a souvent évoqué la flèche du temps au début de son mandat. Avez-vous le sentiment d’être dans les temps ?

J’ai le sentiment que nous avons redoré l’image du XV de France et qu’on a redonné de l’espoir à nos supporters. Mais bon…

Oui, quoi ?

Il nous faut gagner des titres. Faire des bons matchs, c’est bien. Gagner, c’est mieux.

Qu’avez-vous pensé de la large victoire des Néo-Zélandais contre le pays de Galles, un adversaire que vous affronterez lors du troisième test de cette Coupe d’Automne des nations ?

J’ai vu le match (il souffle). Il y avait beaucoup d’absents quand même dans les rangs du pays de Galles, ce qui a porté préjudice à cette équipe. Et comme souvent contre les blacks, les Gallois ont lâché en fin de rencontre. On sait le défi qui nous attend, on sait qu’il ne faudra pas leur donner de ballons faciles. Mais pensons d’abord à l’Argentine. Chaque chose en son temps.

Justement, quel regard portez-vous sur l’équipe d’Argentine qui sort d’une période difficile ?

Les Argentins, ce sont des Latins. Même s’ils ont été en difficultés dans le Rugby Championship, je sais qu’ils seront au rendez-vous samedi. Pour eux, jouer contre l’équipe de France, c’est toujours un match différent. Nombreux sont les Pumas à évoluer en Top 14, ils auront envie de faire sensation. Je m’attends à un grand match de leur part. Un gros combat nous attend.

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