Malmenés, les Bleus ont su trouver un second souffle

  • Peato Mauvaka, auteur du deuxième essai tricolore, a réalisé une entrée fracassante ce samedi soir.
    Peato Mauvaka, auteur du deuxième essai tricolore, a réalisé une entrée fracassante ce samedi soir. Icon Sport - Icon Sport
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Malmenés, harcelés, bousculés par les Pumas pendant plus d'une heure, les Tricolores sont finalement parvenus à s'extraire du piège et renverser l'Argentine. Est-ce vraiment rassurant ?

Le talent de Fabien Galthié fut d'apprendre au XV de France à anticiper l'impossible et bannir l'aléatoire. La semaine dernière, par exemple, les Tricolores furent à l'entraînement contraints de s'adapter à la problématique énoncée peu ou prou en ces termes : « On est dans nos vingt-deux mètres et menés de trois points à cinq minutes de la fin du match : épatez-moi, jeunes gens ! » L'obsession de « prévoir », chez le staff des Bleus, se retrouve aussi dans la constitution d'un banc de touche adéquat, Camille Chat et Pierre Bourgarit ayant ainsi été invités à rester chez eux ces prochaines semaines, après que leur émotivité vis à vis des arbitres et leur instabilité lors des lancers en touche ait été jugée possiblement meurtrière, dans le money time. Tenez, on retrouve même cette hantise du hasard dans la façon où Galthié et Raphaël Ibanez, son bras droit, offrent à leurs gonzes une montagne d'éléments de langage avant chaque rassemblement, une somme de poncifs qui permet aujourd'hui aux Bleus de s'extraire sans glisser des pièges que les journalistes sont supposés leur tendre : l'association Jalibert-Ntamack, le jeu de dépossession, la hausse du prix de l'essence ou le retour sur terre de Thomas Pesquet.

La chienlit argentine 

Puisque le seul fait de « prévoir » a plutôt bien réussi au patron sportif des Bleus depuis sa prise de fonction (treize victoires et six défaites), on se demande comment Fabien Galthié, qui connaît fort bien les Argentins pour les avoir entraînés de 2008 à 2010, a pu oublier que l'arme fatale d'un Puma affrontant la France est avant tout psychologique. Alors, comme Agustin Pichot était en 2007 entré dans la tronche de Pierre Mignoni, soudainement rendu à l'enfance, comme Rodrigo Roncero aimait, d'une horreur bien sentie, faire sortir de son match l'intégralité du paquet d'avants tricolores, la bleusaille contemporaine est tombée samedi soir dans le panneau, incapable de soutenir le regard de Pablo Matera sans vouloir lui arracher les yeux, infoutue de rester froide aux mots d'amour lancés par Francisco Gomez-Kodela après chaque mêlée fermée.

Au Stade de France et comme tant d'autres avant eux, les coéquipiers d'Antoine Dupont ont ainsi éprouvé toutes les peines du monde à rester hermétiques à la « sangre » argentine, celle qui murmure à l'oreille de Mohamed Haouas, qui « contre-ruck » comme si sa vie en dépendait et, pour honorer la tradition que l'on sait, torture les premières ligne d'en-face en mêlée fermée : Cyril Baille, supposément le meilleur joueur du monde à son poste, tomba d'ailleurs bien vite dans le traquenard sud-américain, incarnant même lors de la première demi-heure la face sombre du joueur épatant que l'on connaît habituellement. Vous voulez un conseil, Monsieur Galthié ? Non ? On vous le donne quand même : la prochaine fois que le XV de France croisera l'Argentine, oubliez les jus de betterave, les plans de jeu et les « cinq-huitième ». A la récente opposition face aux gentlemen de Chartres (Fédérale 1), préférez aussi un entraînement à balles réelles face à quinze « cassos » recrutés dans le quartier, ça vous donnera une idée précise de la façon réagiront vos Tricolores, quand sonnera l'enfer.

Le All Blacks sont encore si loin... 

Au bout du bout, les coéquipiers d'Antoine Dupont ont pourtant triomphé samedi soir, les tripes au vent, là où nombre de leurs prédécesseurs s'étaient vautrés avant eux. Ce fut hâché, laborieux et plutôt long. Ce fut peu conforme à ce qu'attendait de le grand public de cette équipe de France toujours très haute dans les sondages (pic d'audience à 5 millions de téléspectateurs, tout de même...) et assez fidèle à la performance d'un XV de France pour le premier match d'une tournée d'automne. Mais comme le soufflait Fabien Galthié en fin de match, « la mission » devait avant tout aboutir sur « une victoire ». Sans brio ni panache, certes. Mais avec un courage et une détermination qui ne se démentent plus, au fil des mois. A ce sujet, on fera grand cas de la première en Bleu de Thibaud Flament, dont on doutait pourtant qu'il puisse faire oublier s rapidement Bernard Le Roux. On saluera, ailleurs, les accélérations de Gabin Villière, la bonne santé de Mohamed Haouas après plusieurs semaines de coupure, les beaux coups de pompe et le brin d'audace de Melvyn Jaminet, la constance dans l'excellence d'Antoine Dupont, visiblement peu troublé par sa nouvelle responsabilité.

Passé l'éloge, on se demandera aussi si le staff des Bleus doit vraiment poursuivre, au milieu du terrain, avec l'association « Jalitamack ». Plutot inoffensive balle en mains, incapable de renverser la pression par les deux pieds droits que l'on nous avait vendus, elle eut surtout le désavantage de rendre Romain Ntamack insipide, atone et mal à l'aise. Ici, on ne dit pas que l'entrée en jeu de Jonathan Danty changea soudainement la face du XV de France. Mais elle offrit à la ligne tricolore, promenant jusque-là la balle face au rideau défensif, une force de pénétration dont elle était dépourvue. Alors, quoi ? Les simples aléas d'une première ? Ou l'incapacité culturelle à s'adapter à un modèle essentiellement utilisé par les Anglo-Saxons ? On n'en sait foutre rien mais, au bout du bout, on se dit que les Bleus furent samedi soir suffisamment bons pour battre les casse-noix de Mario Ledesma et suffisamment mauvais pour faire croire aux All Blacks que le danger d'une première défaite à Paris depuis l'an 2000 était pour le moins abstrait. Sacrée soirée !

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