Melvyn Jaminet (XV de France) : « En Australie, j’avais été un peu surpris d’être reconduit »

  • L'arrière du XV de France Melvyn Jaminet a été élu homme du match face à l'Argentine
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L'arrière du XV de France a été élu homme du match face à l'Argentine. Le Perpignanais se livre sur cette belle soirée et sur son éclosion en Bleu.

Combien de messages avez-vous reçus ce week-end?

J’en ai eus énormément : de la famille, des amis et même de gens que je ne connais pas. Je ne peux pas les compter. Je savais que lorsque l’on jouait en équipe de France, on était dix fois plus exposé que partout ailleurs. Je m’en rends compte. Je l’avais déjà un peu constaté en Australie mais là c’est encore plus fort.

Quelle image restera de ce baptême à domicile ?

L’entrée sur le terrain. C’était une sensation inédite : ce grand stade bien rempli, cette ferveur tout autour de nous… Quand je suis arrivé sur la pelouse, je suis resté figé une ou deux secondes avant de revenir dans ma bulle.

Avez-vous ressenti la pression, vous qui y êtes d’ordinaire insensible ?

Mentalement, le contexte était totalement différent de ce que je connaissais. Mais je ne me sentais pas nerveux. J’étais normal, très concentré sur ce que j’avais à faire.

Comment évaluez-vous votre prestation ?

C’est dur de se juger, vous savez. Dans l’ensemble, je suis satisfait et assez content. Il y a tout de même quelques approximations qui auraient pu faire basculer un match. Tout n’a pas été parfait, notamment avec cette dernière chandelle qui amène l’essai. C’est la loi du haut niveau : il faut rester concentré sur 80 minutes.

Votre père, Hervé, a-t-il débriefé votre match ?

Il était au stade avec d’autres proches. C’était fort de le savoir présent mais j’étais un peu déçu car, avec le protocole, on n’a pas pu s’approcher. Je l’ai eu par message. Il m’a dit qu’il était content pour moi. Je pense que j’aurai un retour positif (sourire).

Qu’est-ce qui a permis à la France de forcer la décision ?

C’est notre force collective. On savait que les Argentins allaient nous mettre de la pression et nous n’avons rien lâché. Avec les remplacements, l’équipe a su rester compétitive sur 80 minutes. Quand je vois qu’à la 77e, juste après avoir encaissé un essai, on renverse la pression sur le renvoi, c’est fort… Il y a une forme de sérénité qui s’est dégagée. Avec les cadres et les grands joueurs qu’il y a, les nouveaux sont tirés vers le haut, comme Thibaud (Flament) ou moi. On apprend plus au contact des meilleurs.

Comment avez-vous accueilli votre titre d’homme du match ?

J’étais déjà content d’avoir gagné. Puis lorsque l’on s’est réuni à la fin, on est venu m'annoncer ça. Je ne m’y attendais pas. J’étais un peu surpris mais très heureux. Disons que c’est le petit bonus de mon premier match en France.

Comment s’est passée l’attribution du tir au but ?

Dans la semaine, les coachs ont réuni les éventuels buteurs pour faire part de leur décision de me laisser cette responsabilité. Matthieu (Jalibert) et Romain (Ntamack) avaient déjà la charge de l’animation et des lancements. Et puis un centre a plus de chocs aussi lors d’un match. J’étais très content d’avoir été choisi. Et je savais que s’il y avait un problème, il y avait de très bons buteurs qui pouvaient me relayer.

Vous avez vite été dans le bain avec des pénalités excentrées. C’était à double tranchant…

Mentalement, ça a fait du bien de mettre des pénalités assez compliquées d’entrée de jeu. Ça m’a permis de bien rentrer dans le match et de me mettre en confiance.

Il ne vous en a manqué qu’une pour réaliser le 100 %…

Elle est dans mes cordes en plus. Je la loupe car j’ai un peu moins de concentration sur la frappe. En amont, le staff nous a dit que si l’on fait une bêtise, le plus important est de penser à l’action suivante, de passer à autre chose. C’est ce que j’ai fait et ça s’est bien passé. Mais cette pénalité, je l’ai en travers. Même si le résultat est positif à l’arrivée, je sais à quel point ce genre de coup de pied est important à ce niveau.

À 21/23 en Bleu après quatre matchs, votre taux est plus que satisfaisant…

Je suis satisfait mais je sais que rien n’est acquis. Je dois continuer sur cette voie et rester concentré sur mon rôle.

Combien de temps consacrez-vous au tir au but par semaine ?

Après chaque entraînement, je termine par une séance de tirs. Parfois, si le travail ou l’opposition a été intense, je l’écourte. Mais j’en ai besoin, c’est ma routine. Et puis, surtout, j’aime buter. J’y prends beaucoup de plaisir.

Une des interrogations autour de vous porte sur votre capacité à tenir le choc au plus haut niveau. Était-ce une préoccupation ?

C’est une question légitime, en tout cas. Après quatorze jours de préparation, je savais que j’étais prêt. Reste que, vu mon gabarit, je ne dois surtout pas me poser question. Les contacts, je sais que j’en subirai. Je dois compenser le fait que je suis moins solide que les autres en m’envoyant à 200 %.

Vous estimez-vous à votre plénitude physique ?

Non, je ne pense pas avoir atteint ma maturité physique. Je travaille tous les jours pour progresser et notamment me renforcer musculairement. Mais je ne veux pas prendre trop de poids car je tiens à garder mon explosivité et à rester tonique.

Est-ce dur de rester fidèle à votre identité d’attaquant avec la pression et les exigences inhérentes au niveau international ?

Il y a un plan de jeu à respecter mais quand on a le ballon, on reste libre de nos choix. C’est à nous de décider s’il vaut mieux inverser la pression par du pied ou s’il est bon de tenter le coup. C’est important de jouer libéré. Surtout pour moi qui aie un style de relanceur. Avec la confiance des coachs et des partenaires, c’est plus facile de s’exprimer. Et je sais que je peux compter sur les autres. C’est crucial car quand l’on tente, il arrive de faire des erreurs…

La confiance des coachs paraît forte à votre égard : le staff vous a appelé alors que vous n’étiez qu’en Pro D2 et vous a maintenu depuis…

En Australie, j’avais d’ailleurs été un peu surpris d’être reconduit après mon erreur de la fin du match. Cette décision m’avait conforté dans l’idée que se sentir soutenu est primordial pour être performant. Ça s’est confirmé par la suite.

Il y a un an, à la même date, vous n’aviez que trois titularisations en ProD2 à votre actif. Que de chemin parcouru…

Quand j’y repense, je me rends compte que tout est allé à 2000 à l’heure. J’ai du mal à réaliser tout ce qui s’est passé. Mais ce n’est que le début. Je travaille dur pour que ça ne s’arrête pas.

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