Les "ovnis", ces Bleus qui n'ont jamais abandonné

  • Mohamed Haouas, Gabin Villière ou encore Melvyn Jaminet ont débarqué en équipe de France avec leurs bagages de vies et d’expériences fondatrices des joueurs de haut niveau qu’ils sont aujourd’hui, pour le bonheur des Bleus. Photos Midi Olympique - Patrick Derewiany
    Mohamed Haouas, Gabin Villière ou encore Melvyn Jaminet ont débarqué en équipe de France avec leurs bagages de vies et d’expériences fondatrices des joueurs de haut niveau qu’ils sont aujourd’hui, pour le bonheur des Bleus. Photos Midi Olympique - Patrick Derewiany Midi Olympique - Patrick Derewiany
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Loin de la filière fédérale, ces joueurs "ovnis" ont connu des trajectoires, véritables socles de leur épanouissement et de leur éclosion au plus haut niveau.

Quel est le point commun entre Gabin Villière, Melvyn Jaminet, Mohamed Haouas, Thibaud Flament ou encore Gaëtan Barlot ? Tous ont connu des parcours de formation ou de vie en dehors de tous les radars fédéraux. Villière ? Recalé à l’entrée de nombreux centres de formation. Même chemin pour Jaminet, jeté du RCT. Haouas ? Placé durant un temps en maison d’arrêt, il a été pendant cinq années sous contrôle judiciaire pour de la petite délinquance. Flament ? Il a bourlingué à travers le monde du rugby avant de se révéler ces dernières semaines. Barlot ? Ecarté par l’ASM Clermont, prêt à renoncer à une carrière professionnelle. Aucun d’entre eux n’a abdiqué. Tous se sont accrochés, ont fait face aux difficultés et ont développé une capacité d’adaptation qui dépasse probablement le simple cadre du rugby. « Ce qui en fait peut-être de meilleurs joueurs de rugby », commentait dernièrement le manager du Castres Olympique Pierre-Henri Broncan.

Souvenez-vous. En 2016, à peine élu, le nouveau président de la FFR Bernard Laporte avait mis fin au pôle France qui réunissait les meilleurs joueurs d’une catégorie d’âge. L’ancien sélectionneur ne souhaitait plus voir ces jeunes vivre et s’entraîner en vase clos. Il les voulait dans leur club, au plus près de la réalité du professionnalisme. Il a d’ailleurs attribué les deux titres de champions du monde des moins de 20 ans (2018 et 2019) à cette décision.

Il y a peu, Pierre-Henri Broncan est même allé jusqu’à déclarer : « Pour moi, il faudrait vraiment interdire le recrutement des jeunes avant 18 ans. » Pour une meilleure construction personnelle, plus que sportive. Il explique : « Le regret que j’ai c’est de voir des enfants, car ce sont encore des enfants, partir dans les grands clubs. Certains, à partir de 13/14ans alors qu’ils sont encore au collège, font jusqu’à une heure de route pour aller jouer dans des clubs plus huppés, quittent le foyer familial parfois. Ils ne restent plus dans leur environnement. Et je trouve ça préjudiciable. »

Paradoxalement, ces joueurs aux parcours atypiques côtoient de purs produits des centres de formation. Antoine Dupont, Matthieu Jalibert, Romain Ntamack ont été élevés et formés dans le moule du professionnalisme, ce qui ne les rend pas moins bons. Mais sans doute ont-ils une vision et une approche différente de ce jeu, comme le souligne l’ancien deuxième ligne international Jérôme Thion dans l’entretien qu’il nous a accordé. Voilà qui crée un groupe XV de France aussi riche qu’hétérogène. Et qui le rend, sans doute, plus fort.

Leurs parcours : 

Gabin Villière
Ailier - Toulon
Vire (2002-2013)
Rouen (2013, 2019)
Toulon (depuis 2019)

Alors à Rouen (Fédérale 1), Gabin Vilière explosait à 7 (2019). Insuffisant pour lui voir un avenir immédiat à XV. Y compris son entraîneur, Richard Hill en 2019 dans « Midol » : « En défense, il se trompe encore. Son jeu au pied est toujours perfectible. Sur sa passe, il peut progresser. » En jeunes, « il a passé les sélections à Clermont, Toulon, Oyonnax, Massy, Bourgoin… Il n’a été pris nulle part », racontait encore son beau-père. Aujourd’hui, il est un élément de base du XV de France.

Mohamed Haouas
Pilier - Montpellier
Montpellier (depuis 2008)

Le tumulte du parcours de Haouas est à l’image de la confiance que lui accorde aujourd’hui Gatlhié. Originaire du quartier réputé sensible du Petit Bard, à Montpellier, il intègre tôt les filières de formation du MHR. Mais ne perce pas, se perd en affaires extra-sportives, se lance finalement dans une carrière de militaire en 2014 et devient international de rugby dans le corps de la marine. Avant l’explosion : premier match pro en 2017, première sélection en 2020. Fulgurant.

Thibaud Flament
2e ligne - Toulouse
Waterloo (2005-2015) Loughborough (2015-2017)
Club Newman (2017-2018) Loughborough (2015-2017)
Wasps (2019-2020)
Toulouse (depuis 2020)
 
Un 2e ligne belge qui passe par l’Angleterre, l’Argentine, l’Angleterre et qui, après deux ans seulement de professionnalisme, postule chez les Bleus et s’installe comme titulaire dès sa première convocation. Vous en voulez du parcours atypique ? De ceux que Galthié affectionne depuis sa prise de fonction. Si on rajoute son profil de coureur, vous avez un candidat en or.

Melvyn Jaminet
Arrière - Perpignan
Toulon (2005-2015)
Vallée du Gapeau (2015-2016) Hyères-Carqueirannes (2016-2017) Perpignan (depuis 2017)

à plusieurs reprises, l’arrière des Bleus a pensé « tout arrêter ». Parce qu’il a longtemps cru ne pas être armé pour le destin de rugbyman pro. Pas sûr qu’il en ai même rêvé. à 16 ans, il quitte la filière jeunes du RCT et part jouer en amateur, dans les alentours varois. Il y restera deux saisons, avant que Perpignan ne vienne le rattraper par la manche. Trois ans plus tard, auréolé du titre de meilleur joueur de Pro D2, il s’envolait pour la tournée en Australie.

Gaëtan Barlot
Talonneur - Castres
Clermont (2006-2015)
Colomiers (2015-2020)
Castres (depuis 2020)

Rien ne fut facile pour lui. Non conservé par Clermont car barré par Kayser ou Ulugia, c’est à Colomiers qu’il fait ses débuts chez les pros. Non conventionné et un peu désabusé alors qu’il évoluait avec les espoirs du club, il songe à tout arrêter. Il passe un examen de technicien de laboratoire et travaille un an à côté du rugby. Et puis, il enchaîne quelques matchs en première en Pro D2 avant que Castres et son « sniper » de pépites Pierre-Henry Broncan ne le repère. L’histoire était lancée. 

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