Non, rien n'a changé pour les Barbarians français

  • La joie et la bonne humeur étaient au rendez-vous de cette semaine animée pour les Barbarians.
    La joie et la bonne humeur étaient au rendez-vous de cette semaine animée pour les Barbarians. Midi Olympique - Aurélien Delandhuy
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Trois ans après son dernier match, C’est toujours dans la même tendre anarchie, dans le même joyeux bordel, que l’équipe des Barbarians français s’est retrouvée cette semaine à lyon pour préparer sa rencontre face à sa vieille connaissance des Tonga. Avec en toile de fond l’idée de passer une belle semaine dans la plus pure tradition, certes. mais surtout d’aller chercher avec la manière et les moyens du bord un résultat importantissime pour l’institution… Reportage

Dans un « monde d’après » en perpétuelle évolution et dont on se dit parfois qu’une chatte n’y retrouverait pas toujours ses petits, les nouvelles générations manquent de plus en plus de repères auxquels se raccrocher pour assurer une transmission. C’est du moins ce que l’on raconte en boucle sur les chaînes d’information en continu, que l’on est pour une fois très heureux de pouvoir faire taire... On peut ainsi se retrouver en 2021, après deux saisons pourries par la Covid-19 et dix journées de championnat disputées non-stop, trois ans jour pour jour après le dernier match disputé par les Baa-Baas à Bordeaux, sans que rien ne donne l’impression d’avoir évolué.

Pour que se retrouvent, toujours aussi heureux d’être là, une vingtaine de jeunes garçons capables de se libérer pendant leurs vacances, pour pas un rond, avec en toile de fond la seule folie de vivre heureux ensemble pendant une semaine, avant d’affronter des coupeurs de tête tongiens. La magie des Barbarians est là, et nulle part ailleurs, synthétisée en un mot par le toujours brillant Laurent Pardo lors de l’accueil des joueurs : « Soyez des hommes, restez des enfants ». Un aphorisme parfaitement pigé par Joe Tekori, deuxième capitaine étranger de l’histoire de l’institution, dont la première mesure à la barre du grand bateau aux trois nuances de bleu fut d’annuler l’entraînement du mercredi matin. « C’est un honneur pour moi d’être le capitaine de cette équipe, glissait en guise de discours préliminaire le colosse samoan. Pendant cinq jours, nous allons être une famille et livrer samedi un grand match de rugby. Pour ce qui est de la stratégie, ne vous posez pas de question : combattez autant que vous pourrez et donnez la balle à Joe (Ravouvou, NDLR). Normalement, ça devrait suffire… Alors maintenant, ne vous posez plus de questions et profitez de votre soirée !»

Un mot d’ordre parfaitement assimilé par le groupe, la grasse matinée du mercredi matin négociée par le capitaine ayant finalement permis aux organismes de se reposer après une première soirée passée autour de la table de la brasserie Nord Bocuse, puis prolongée dans la nuit lyonnaise au prix de quelques péripéties irracontables… L’esprit Baa-Baas, quoi ! 

Anarchie maîtrisée

Comme quoi, si certains en doutaient, certaines valeurs perdurent. Encore. Malgré les ans. Malgré les contraintes du professionnalisme galopant. Avec leur charme antédiluvien, leur beauté artisanale, cette manière de vivre le rugby tout en réussissant à ne pas confondre le grave et le sérieux. « Quand on s’est posé sur une aire d’autoroute au moment de rejoindre Lyon, on s’est demandé s’il ne fallait pas coucher sur le papier, histoire d’avoir quelque chose à vous proposer, annonçaient en préambule à leurs joueurs Christian Labit et Xavier Garbajosa. Et puis, on s’est dit que l’on verrait bien sur place... »

Tout sauf exact, bien sûr, mais de nature à décrocher très vite les premiers sourires afin d’entamer une préparation selon la tradition... Sans stress. Sans tension. Et même dans un joyeux bordel, une anarchie débordante mais toujours maîtrisée, à l’image de ces équipements arrivés non floqués, pour lesquels il fallut bien improviser des solutions de repli sur place. Une mission taillée sur mesure pour l’intendant agenais Clément Bougier et son acolyte Gilles Panzani, arrivé en retard au rassemblement malgré un départ à 5 heures du matin depuis la rade, pour cause... de panne de batterie de sa voiture électrique ! Un aléa qui aurait tout bonnement pu empêcher le truculent toulonnais de rejoindre la capitale des Gaules, sans l’intervention divine d’Anthony Belleau et Julien Blanc, qui le suivaient sur l’autoroute…

« Si on prend du plaisir, le résultat suivra »

Le reste de la semaine ? Il se déroula évidemment en suivant la tradition profonde des Barbarians, entre une séance de muscu annulée par le capitaine et une nouvelle soirée au café Leone, avant une visite des halles de Lyon improvisée par Laurent Pardo jeudi matin, suivie d’une dégustation par le staff de vins de Côte-Rotie et de Condrieu produits par l’ancien joueur d’Ampuis Xavier Gérard, proposée et organisée par le Directeur Technique de la Ligue AURA Jérôme Gardon. Des moments évidemment goûtés par le groupe, à l’image du centre Henry Chavancy qui honorera samedi sa huitième sélection avec les Baa-Baas. « J’ai eu la  chance de découvrir cette sélection très jeune en tournée, je suis désormais du côté des anciens. C’est beau de voir que cet état d’esprit perdure. En tant que joueur, on n’est garant de rien, il y a des dirigeants qui sont là pour veiller au grain, comme Lolo Pardo, Denis Charvet ou Jean-Pierre Rives, qui n’est pas avec nous mais que j’ai eu le plaisir d’avoir au téléphone… Leur mot d’ordre, il est toujours le même : prendre du plaisir. Si on prend du plaisir, le résultat suivra. Et cela fait du bien de pouvoir aborder des matchs de haut niveau avec cette approche, c’est une belle respiration au milieu d’une saison où on est toujours sous pression. » 

Comme quoi, oui, un autre rugby serait toujours possible. Un rugby toujours pas pollué par les éléments de langage de la novlangue sportive, un rugby où le directeur sportif s’excuserait presque auprès des remplaçants qu’ils ne soient jamais que des remplaçants. Un rugby où les (rares) entraînements ne se dérouleraient ni à quarante-deux, ni en opposition, et encore moins à haute intensité. Un rugby dont les acteurs prendraient le temps de la pose avec les gamins de l’école de rugby du club de Chassieu (Honneur) avant, malgré un froid de canard, de s’arrêter à la buvette pour partager une bière avec les bénévoles locaux. Un rugby sans muscu, sans data ni GPS, sans mètres parcourus par minute. Un rugby fondé sur l’idée d’une aventure humaine, et la volonté des copains de circonstance à se battre les uns pour les autres. Alors, si l’on se demande - comme à chaque fois - si ce genre de préparations peut suffire à remporter un test international, il n’empêche: qu’est-ce que cela fait du bien...
 

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Nicolas Zanardi
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