Au cœur du groupe géorgien pendant son séjour en France

  • Les Géorgiens nous ont ouvert leurs portes avant leur duel face aux Bleus.
    Les Géorgiens nous ont ouvert leurs portes avant leur duel face aux Bleus. Midi Olympique - Patrick Derewiany
Publié le , mis à jour

Même si c’est de plus en en plus rare et donc de plus en plus précieux dans le rugby moderne, la sélection géorgienne a accepté de nous ouvrir ses portes pendant trois jours avant le match contre le XV de France. L’occasion pour nous d’aller à la rencontre de ces Géorgiens dont on ne sait finalement pas grand chose, malgré leur présence massive dans le rugby français. Immersion.

En cette belle matinée de vendredi, nous avons rendez-vous avec les Géorgiens au Ceva Campus, le centre d’entraînement flambant neuf de l’UBB qui jouxte le stade André-Moga de Bègles. C’est là que les joueurs du Caucase ont pris leurs quartiers pour parfaire leur préparation en vue du choc contre la France, le deuxième de leur histoire. Au premier coup d’œil, on remarque que la couleur grenat de la sélection géorgienne est en parfait accord avec celui de l’UBB.

Une correspondance graphique certes fortuite, mais qui illustre parfaitement une évidence : les Lelos s’intègrent parfaitement dans le paysage et le rugby français. Ils en connaissent d’ailleurs les moindres recoins, comme on a pu s’en rendre compte quelques heures plus tard, pendant le repas de midi pris au Café Oz en bord de Garonne.

Là, tous les sujets du rugby hexagonal sont abordés. Ceux, bien sûr, qui traitent des futurs adversaires des Lelos comme l’habileté de Melvyn Jaminet sous les ballons hauts ou le débat autour d’Antoine Dupont pour savoir si le Toulousain est, en ce moment et tous postes confondus, le meilleur joueur de rugby du monde. Mais aussi et surtout ceux concernant l’actualité du rugby français : la prolongation d’Ugo Mola à Toulouse, l’avenir de Pierre Mignoni à Lyon, les formes et méformes des équipes de Pro D2… Notre voisin de table, le jeune flanker d’Aurillac Giorgi Tsutskiridze nous demande même ce que l’on pense du projet du Stade niçois rugby en même temps qu’il consulte le classement de Pro D2 sur son appli Rugbyrama, le tout entre deux "stories" sur Instagram. Connectés, ces Géorgiens, mais surtout connectés à la France.

Pendant le repas, et même si leur langue natale reste très majoritairement employée, on se rend compte qu’ils sont nombreux à maîtriser le français : « J’ai appris votre langue en six mois », sourit le pilier montpelliérain Misha Nariashvili qui vit sa douzième saison dans l’Hérault : « Attention, je ne dis pas que je suis un surdoué ! Mais j’ai très vite compris que j’avais besoin d’apprendre la langue pour m’intégrer le plus rapidement possible. Alors j’ai pris beaucoup, beaucoup de cours et ça a marché. » En cherchant un peu plus, on réalise aussi que les joueurs géorgiens restent généralement fidèles à leurs clubs avec qui ils effectuent de longs bails pour le meilleur ou pour le pire, plutôt que d’en changer toutes les saisons : « La France et les clubs de rugby français sont notre deuxième maison », insiste le capitaine Merab Sharikadze, qui a joué pendant cinq ans à Aurillac. D’ailleurs, on donne autant pour le maillot national que pour notre club. On ne fait pas de différence. Ça fait partie de nos valeurs en tant que Géorgiens. On ne s’économise jamais, ni pour le club ni pour la sélection. Je ne veux pas nous jeter des fleurs, mais nous sommes des gens loyaux. Si quelqu’un nous fait confiance, on veut lui rendre cette confiance. C’est important. Même si, parfois cela peut nous jouer des tours, et nuire à la carrière de joueurs car certaines personnes peuvent se servir de cette fidélité à leur intérêt. » 

« C’est dans notre culture, reprend le colosse Konstantin Mikautadze qui a enchaîné les contrats longue durée (six ans à Toulon, quatre à Montpellier et engagé depuis deux ans avec Bayonne). Je ne connais pas une personne autour de moi qui n’est pas fidèle à sa famille, ses amis ou à son travail. On a grandi comme ça. » Pendant ce temps, les colosses du Caucase engloutissent en un temps record les pavés de saumon de plus de 400 grammes qui leur ont été servis. Les légumes servis en accompagnement ont en revanche bien moins de succès…

 

La bonne humeur était présente durant le séjour des "Lelos"
La bonne humeur était présente durant le séjour des "Lelos" Midi Olympique - Patrick Derewiany

 

Maisashvili : "La France prend soin de nos enfants"

Non loin de là, le sélectionneur Levan Maisashvili vient de prendre connaissance du XV de départ tricolore : « Je ne suis pas surpris par la composition des Bleus. Le staff a mis sa meilleure équipe possible. Cela veut dire deux choses : d’abord qu’ils ont un plan, avec la préparation du match contre les All Blacks. Mais aussi qu’ils veulent mettre leurs meilleurs joueurs contre nous, et je prends cela comme une marque de respect. Cela nous donne une responsabilité : celle de faire le meilleur match possible, pour deux raisons : la première parce que nous devons affronter les meilleurs pour progresser. La deuxième, c’est pour dire merci au rugby français, et aux clubs qui font beaucoup pour assurer le développement de nos joueurs. En Géorgie, la reconnaissance et l’hospitalité sont des valeurs cardinales et nous savons que la France prend soin de nos enfants, de nos joueurs.» Le capitaine Merab Sharikadze n’est même pas étonné de voir Cameron Woki monter en deuxième ligne : « Certes, il est moins lourd que d’autres, mais avec Atonio, Taofifenua et six avants sur le banc, ils ne manqueront pas de puissance pour nous affronter. »

En passant du temps à leur contact, on comprend mieux ce que cette sélection face à la France représente pour eux. On le mesure même à la déception de ceux qui n’en auront pas le privilège, comme le troisième ligne Otar Giorgadze. Malgré son impressionnante faculté à briser les défenses adverses, le Briviste (1,95 m, 112 kg) n’a pas été retenu par son sélectionneur. Face à nos questions, l’armure du colosse se fend, sa voix devient tremblante et ses yeux se remplissent de tristesse : « Je ne sais pas quoi vous dire… J’aurais vraiment aimé jouer contre la France mais… c’est comme ça », s’excuse le gentil géant, la mine basse.

 

Le judo et la lutte, les autres pourvoyeurs

Devant sa détresse, on change de sujet pour évoquer les souvenirs plus agréables de ses débuts : « J’ai commencé le rugby très tôt, à 7 ans en Géorgie. Ce n’est pas le cas de tout le monde, d’autres joueurs sont arrivés plus tard ou par d’autres sports, mais moi j’ai eu la chance d’être repéré par l’entraîneur d’une petite équipe qui me trouvait costaud. J’ai tout de suite adoré, et je me suis mis à rêver de jouer pour la Géorgie. » Le jeune pilier droit Luka Japaridze lui, n’a pas suivi la même trajectoire : « Je suis arrivé au rugby beaucoup plus tard. À la base, je suis judoka. Et avant, j’ai fait pas mal de ski dont quelques compétitions car je viens d’un petit village d’altitude où l’on a de la neige neuf mois par an. C’est quand j’ai quitté mon village pour aller faire mes études à Tbilissi que l’on m’a repéré pour le rugby. Et vu mon gabarit, j’ai joué direct au poste de pilier ! Mais ça me va, j’aime ça », raconte le jeune Briviste dans un français assuré.

Les Lelos ne peuvent malheureusement pas s’appuyer sur un système éducatif qui fait la part belle au sport, et encore moins au rugby : « C’est un gros problème au pays, grimace le sélectionneur Maisashivili, quand je vois ce qui se fait en Angleterre, en Nouvelle-Zélande, en Afrique du Sud ou en France, nous ne donnons pas assez de moyens au sport scolaire. Il nous faut développer nos structures. » Fort heureusement, les dirigeants géorgiens peuvent compter sur les deux autres sports majeurs du pays qui accompagnent le rugby sur le podium des sports les plus populaires : le judo et la lutte. « Nous avons une forte culture de la lutte, reprend le sélectionneur. Cela donne de grandes facilités aux garçons pour les techniques de plaquages ainsi que dans le jeu au sol. » 

D’autant que ces disciplines forment de vrais athlètes : « En Géorgie, les judokas sont fous. Ils s’entraînent comme des malades, et peu importe l’âge : que tu aies 10 ans ou 22 ans, c’est pareil. Franchement, je n’aurais jamais pu faire ça », sourit le pilier Misha Nariasvhili, considéré comme l’un des plus gros bosseurs de la sélection et du Top 14. Cela vous pose le décor… D’autres viennent de la lutte, comme le Toulonnais Gigashvili : « Lui, il n’est jamais fatigué. Il peut courir pendant des heures malgré son gabarit » note le Montpelliérain.

Reste cependant un dénominateur commun : le travail. Durant la semaine, l’entraîneur de la mêlée briviste Goderdzi Shvelidze relevait la transformation du jeune flanker aurillacois Giorgi Tsutskiridze, titulaire contre les Bleus : « Ce gosse a progressé à une vitesse fulgurante. Il était en Espoirs à Brive il y a cinq ou six ans, et depuis il s’est transformé physiquement. Mais il n’y a pas de recette miracle : il adore la musculation et pendant que les autres se reposent, il se colle des séances d’endurance supplémentaires. »

 

Les "Lelos" à l'échauffement.
Les "Lelos" à l'échauffement. Midi Olympique - Patrick Derewiany

 

Ils sont (tous) revenus de l’enfer sud-africain

Il arrive pourtant que cette ténacité géorgienne soit mise à rude épreuve. Ce fut le cas durant la dernière tournée d’été des Lelos, qui les mena en Afrique du Sud au moment où la nation de Mandela était très lourdement frappée par le Covid. Et cette tournée vira au cauchemar. Le capitaine Merab Sharikadze s’en souvient comme si c’était hier : « Nous étions très heureux d’affronter les champions du monde sud-africains malgré la défaite (40-9) mais ensuite, tout s’est effondré : notre chauffeur de bus et notre officier de liaison ont attrapé le virus. Ce dernier en est même mort cinq ou six jours après. On était sous le choc. L’épidémie s’est ensuite répandue dans tout le groupe, on a eu jusqu’à 17 joueurs infectés. Le plus frustrant, c’est qu’on prenait toutes les précautions nécessaires avec l’isolement, le nettoyage des mains, des chaussures, les masques… On était hyper vigilants car on savait que tout le monde nous tomberait dessus si on fautait. » Manqué.

Et tous n’ont pas connu la même (mauvaise) fortune avec le Covid : « J’ai été mal pendant cinq jours, j’ai perdu le goût et l’odorat mais comparé à d’autres, ce n’était rien », raconte Japaridze. Son sélectionneur n’a pas eu autant de chance : « Mon état s’est très rapidement dégradé et j’ai été envoyé à l’hôpital de Johannesburg, où je suis resté plus de deux mois, dont 40 jours où j’ai été totalement inconscient, raconte l’intéressé. J’ai vraiment failli mourir. Les médecins me donnaient 1 % de chance de survie. Plus rien ne fonctionnait dans mon corps. Les soignants m’ont dit qu’ils étaient comme des pompiers pris dans un feu de forêt : à chaque fois qu’ils éteignaient un feu, un autre se déclarait ailleurs. J’ai perdu plus de 25 kilos. » 

Les joueurs ont donc dû rentrer au pays, sans leur chef de file : « C’était terrible, raconte Mikautadze. Je ne suis pas d’un naturel pessimiste mais chaque jour, je me disais que Levan se rapprochait d’une mort certaine. J’essayais de me faire à cette idée. L’équipe s’est resserrée autour de lui. En temps normal, la guerre ou les problèmes au pays font que l’on prend déjà beaucoup de nouvelles les uns des autres. Mais là, c’était encore plus régulier. »

Un miracle s’est pourtant produit : Levan Maisashvili s’est réveillé. Après quelques jours, il a tenu à envoyer lui-même un message sur le groupe Whatsapp de l’équipe : « Alors, vous croyez que je suis mort ou vivant ? » « J’ai d’abord cru à une mauvaise blague, se souvient Mikautadze, et puis je me suis dit que personne n’était assez con dans l’équipe pour plaisanter avec ça en piquant le téléphone de Levan pour se faire passer pour lui. Je l’ai appelé direct, et je n’en croyais pas mes oreilles ! » 

Pour le sélectionneur, le plus dur restait pourtant à venir : « Mon réveil a été extrêmement difficile. Je ne pouvais plus rien faire, même pas parler. Petit à petit, j’ai dû tout réapprendre, comme un bébé : manger, parler, marcher… Faire un pas était une épreuve. Certains jours, je progressais. D’autres, je régressais. C’étaient les pires : j’ignorais si j’allais y arriver, j’étais dans le noir. Mais mon manager est resté tout ce mois à mon chevet. Il s’est battu avec moi, m’a répété mille fois que j’y arriverais. Si tu doutes face à cette maladie, tu meurs. Le seul truc que tu peux faire, c’est te battre. » 

Quand on lui demanda ce qui l’a aidé à tenir, le sélectionneur eut cette réponse : Dieu. « Dieu m’a donné une grande motivation, ainsi que ma famille, mon manager et tous les messages que je recevais. Quand j’ai vu qu’autant de gens m’attendaient, j’ai réalisé que j’avais la responsabilité de ne pas les laisser tomber. » Le sélectionneur a tenu bon. Et a été accueilli au pays en héros : « C’est une vraie star maintenant ! s’exclame le capitaine Sharikadze. Partout au pays, on le voit comme l’homme qui a terrassé le Covid ! » Mikautadze va plus loin : « Ce qu’a fait Levan nous donne encore plus de force. Il a échappé à la mort et nous a envoyé un message fort : il faut toujours se battre, jusqu’à la dernière seconde. »

 

Midi Olympique a pu s'immiscer dans le vestiaire géorgien.
Midi Olympique a pu s'immiscer dans le vestiaire géorgien. Midi Olympique - Patrick Derewiany

 

Saghinadze l’acharné

Samedi matin, la colonie géorgienne embarque dans le bus, direction le Matmut Atlantique pour l’entraînement du capitaine. Dans le bus, c’est le jeune Japaridze qui est en charge de la musique. Malgré son jeune âge, il passe les Bee Gees, Bonie Tyler, puis revient vers Will Smith et Beyoncé. Tedo Abzhandadze apprécie visiblement ses choix et esquisse quelques gestes de danse sur son fauteuil pendant que les autres sont branchés sur les réseaux sociaux, enchaînant selfies et stories.

Une fois arrivés au stade, les Lelos s’assemblent pour la traditionnelle photo de groupe. Japaridze (encore lui), tombe son tee-shirt et bombe le torse. Bien plus sage malgré ses trois petites années de plus, son voisin le demi de mêlée Vasil Lobzhanidze lève les yeux au ciel et souffle de lassitude à la vanne du droitier. Le fait d’arriver dans le stade fait grimper l’excitation d’un cran au sein de l’équipe. Rapidement réunis en cercle au centre du terrain, les Géorgiens échangent quelques mots avant d’entamer l’échauffement. Le troisième ligne lyonnais Beka Saghinadze a des fourmis dans les jambes et saute partout, tandis que son homologue biarrot Tornike Jalagonia pousse quelques râles en se frappant la poitrine.

La séance, comme tous les entraînements du capitaine, se résume à une mise en place. On révise les placements, les touches, les lancements et les phases offensives. À plusieurs reprises, on voit l’ouvreur Abzhandadze servir par un jeu au pied décroisé son troisième ligne lyonnais lancé comme un missile sur l’aile. Mais ce n’est visiblement pas suffisant pour l’hyperactif Saghinadze, qui invite son deuxième ligne Kerdikoshvili à le rejoindre dans un coin du terrain. Pendant vingt bonnes minutes, le flanker va plaquer sans relâche le colosse agenais.

À gauche, à droite, encore à gauche, encore à droite… Pour finir la séance trempé de sueur. Avant qu’il regagne les vestiaires, on lui demande s’il est bien raisonnable de se dépenser autant la veille d’un match international : « J’ai besoin de ça, c’est ma routine ! s’exclame dans un large sourire le sécateur du Caucase. Ce n’est pas grave si je me dépense la veille, j’aime travailler, c’est comme ça que je me sens bien. Je fais ça avant chaque match ! » à ce moment, on ne peut s’empêcher d’avoir une pensée émue pour ses coéquipiers du Lou, qui doivent prendre des cartouches du Géorgien les veilles de match…

On en profite aussi pour le féliciter de son excellent début de saison, et lui demander s’il apprécie sa nouvelle vie : « Tout est génial ! La ville, le club… Je suis en colocation avec Davit Niniashvili et ça se passe bien. Moi, je cuisine et lui, il fait le ménage. C’est vraiment « easy life » ! »

Le matin de la rencontre, on croise quelques joueurs dans les couloirs de l’hôtel. Le talonneur Shalva Mamukashili est prêt une heure avant le rassemblement et déambule dans le hall, casque sur les oreilles :  «J’ai bien dormi, je suis en pleine forme. Il me tarde le match. » On croise aussi le capitaine Merab Sharikadze, qu’on interroge au sujet d’une cérémonie de remise des maillots : « Non, on ne fait pas ça chez nous. Nos maillots nous attendent au stade. On l’a fait une fois mais on a abandonné. Ce qui nous motive, c’est le match ! » 

Le pilier Khatiashvili reprend : « Si tu as besoin de trucs pour te motiver avant le match, c’est que tu n’es pas à la bonne place. » « En revanche, on priera ensemble, comme avant chaque match, ajoute le capitaine. Chez nous, la religion est très importante. Même chez les jeunes joueurs, c’est toujours très présent. » 

En effet, on a vu de nombreuses croix portées autour des cous musclés des Géorgiens. Sans fioritures, ces hommes du Caucause. Entiers, humbles, fidèles, et droits. Dans une salle attenante, on trouve le sélectionneur Levan Maisashvili. Il a l’air serein : « L’équipe est prête. On n’aurait pas pu faire mieux. Merci encore à vous de nous avoir suivis. Les garçons m’aideront à lire votre reportage en français. » De rien, cher miraculé. Vos histoires méritaient d’être racontées.

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Simon VALZER
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