Technique : le match des Bleus en trois questions

  • Les mauls français ont fait mal aux Géorgiens.
    Les mauls français ont fait mal aux Géorgiens. Icon Sport
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La tête déjà à la réception des All Blacks, les bleus dans un « match sans » ont quelque peu tardé à se montrer pragmatiques au regard de leurs difficultés du jour. La principale satisfaction étant de constater que leur statut de « nation forte » commence à s’installer doucement dans l’esprit des arbitres...

Les Bleus ont-ils déjoué en première période ?

 

Les Français se sont-ils laissés griser par une première action trop facile sur les extérieurs, qui vit Penaud à deux doigts de marquer ? Il ne faudrait pas nous pousser beaucoup pour le penser… En effet, après ce mouvement, les Bleus ont donné l’impression de sombrer dans la facilité, cherchant à donner de l’amplitude et de la largeur à leur jeu tout en oubliant, malheureusement, l’indispensable travail de fixation préalable. Pour tout dire, alors qu’ils semblaient disposer d’un pack supérieur dans l’épreuve de force collective (en mêlée ou dans les mauls), les Bleus commirent l’erreur de n’impulser qu’un seul ballon porté en première période, alors que celui-ci fut tout de même récompensé d’un essai de pénalité assorti d’un carton jaune...

Pas de quoi inciter les Français à changer leur fusil d’épaule pour autant, ces derniers s’échinant à réviser leurs diverses combinaisons comme lors d’un entraînement avec opposition, sans grand succès... Une erreur qui leur fut manifestement signifiée à la pause, le talonneur Mauvaka réussissant même à s’offrir un doublé dans la dernière demi-heure, bien calé derrière ses partenaires. Dommage de ne pas y avoir pensé avant...

 

L’arbitrage de la première période a-t-il été trop sévère vis-à-vis des Géorgiens ?

 

On pourrait, stats à l’appui, gloser sur l’énorme indiscipline géorgienne, qui vit les Lelos concéder une douzaine de pénalités lors du premier acte et évoluer pendant la moitié de la mi-temps en infériorité numérique, avec un essai de pénalité en sus. On peut même ajouter que la moindre pénalité accordée aux Bleus par l’arbitre australien M. Murphy pouvait se justifier et, pour aller plus loin, que la sortie sur blessure aux côtes de Julien Marchand doit probablement beaucoup au vice du pilier droit géorgien, plus que suspecté de pousser en travers...

Alors, quoi ? Pourquoi le capitaine géorgien Merab Sharikadze s’est-il plaint en direct auprès de l’arbitre que son équipe soit "arbitrée comme une petite nation" , avant de remettre le couvert en conférence de presse aux côtés de son sélectionneur Levan Maisashvili, arguant que "les mêmes fautes n’ont pas été sifflées de la même manière" ? Parce que c’était loin d’être faux, tiens, M. Murphy s’avérant d’un zèle redoutable pour sanctionner les attitudes des soutiens offensifs des Géorgiens dans les rucks (4 pénalités) tout en faisant preuve de beaucoup plus de mansuétude avec les Bleus, plusieurs contests géorgiens n’ayant pas été récompensés pour des "troisièmes appuis" qui ont été parfois passés aux Tricolores, ainsi qu’une paire d’en-avant. Rien que des détails ou de simples faits de jeu, nous rétorquerez-vous ?

Bien sûr. Mais de ceux qui permettent de faire basculer un match jusqu’à mener 24-3, ce dont les Tricolores ne peuvent décemment pas se plaindre au regard d’une deuxième mi-temps beaucoup plus équilibrée... La preuve ? Pendant les 40 dernières minutes, avec une balance des sanctions plus équilibrée, les Lelos firent longtemps la course en "tête". À tel point qu’il fallut le deuxième essai de Mauvaka, à la 80e, pour permettre aux Bleus de remporter symboliquement un second acte beaucoup plus accroché que le premier...

 

Pourquoi les trois-quarts ont-ils autant tapé à suivre malgré des situations de surnombre ?

 

Dès la 1re minute, un ballon de débordement offert à Damien Penaud fut transformé par l’ailier tricolore en coup de pied à suivre, alors que celui-ci semblait pouvoir compter sur plusieurs soutiens dans son axe. Un choix tactique dans lequel le Clermontois persista à trois autres reprises, lors du premier acte, tandis qu’à son poste de centre, Romain Ntamack usa du coup de pied rasant à plusieurs reprises.

Pourquoi ? Tout simplement parce que les Bleus, en fins observateurs des nouvelles règles, comptent tirer le meilleur profit de celle des renvois d’en-but. Le pari pris par Laurent Labit et ses hommes semble ainsi le suivant : puisque le moindre ballon aplati par un défenseur dans son propre en-but est susceptible de fournir indirectement un bon ballon, taper à suivre est devenu une action à moindre frais, qui permet de récupérer soit une mêlée à cinq mètres (au cas où le défenseur rentre le ballon dans son en-but sous la pression, comme sur l’action précédant l’essai en première main de Penaud) soit un ballon "gratuit" de contre-attaque dans les 50 mètres adverses à partir d’un renvoi d’en-but.

Un risque zéro, donc, dans lequel les Bleus semblent bien partis pour s’engouffrer à cœur joie. Sans qu’on voie grand-chose à y opposer, malgré la frustration de ne pas voir négociés à la main quelques ballons qui semblaient parfois mériter de l’être…

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