Une magnifique victoire face au Tonga, ça, c’est Baa-Baas !

  • Preuve de leur souci permanent de transmission, les anciens comme François Sangalli, Yves Malquier ou Jean-Pierre Romeu étaient présents avec les Baa-Baas pour célébrer la victoire aux côtés de Denis Charvet et Laurent Pardo. Des valeurs qui ont encore permis à la sélection de se transcender. Photos Aurélien Delandhuy
    Preuve de leur souci permanent de transmission, les anciens comme François Sangalli, Yves Malquier ou Jean-Pierre Romeu étaient présents avec les Baa-Baas pour célébrer la victoire aux côtés de Denis Charvet et Laurent Pardo. Des valeurs qui ont encore permis à la sélection de se transcender. Photos Aurélien Delandhuy
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Alors qu’ils restaient sur deux défaites lors de leurs derniers affrontements face au Tonga, les Barbarians français ont lavé ces affronts avec la manière, réussissant la gageure d’enflammer le public de Gerland au bout d’une semaine riche en émotions. Une nouvelle preuve que la magie des Baa-Baas fonctionne plus que jamais, avec ses recettes antédiluviennes…

À quoi se mesure exactement la qualité d’un rassemblement des Barbarians ? À la quantité d’anecdotes irracontables, de verres brisés, de cartes bleues avalées ou de pièces d’identité abandonnées en guise de caution ? Peut-être… Mais plus sûrement, au vrai, par l’intensité des moments vécus et l’on peut affirmer qu’à ce titre, l’ascenseur émotionnel connu lors de cette semaine lyonnaise fut assurément un très grand cru. On ne passe en effet pas sans dommages de l’état d’euphorie le plus absolu à un test covid positif, susceptible de mettre en péril un match tellement fantasmé… Voilà pourquoi, lorsque le malheureux Henry Chavancy fut contraint de déclarer forfait à la veille de la rencontre, on pouvait légitimement craindre le pire pour les Barbarians français. Et pourtant… «Lorsqu’on s’est couché, on ne savait même pas si on allait pouvoir jouer le lendemain après-midi, souriait l’expérimenté Romain Sazy. Cela a jeté un froid sur le coup, mais contribué à rendre cette semaine encore plus hors normes. Dans ces moments-là, c’est la cohésion que nous avons créée entre nous qui a fait la différence, et nous permis de trouver des ressources pour rebondir. Nous sommes restés groupés, soudés, parce que ça ne pouvait pas se terminer comme ça. Cela nous a permis de nous dire des choses dans le vestiaire que l’on a respectées et honnêtement, ce sont des moments que je souhaite à tout rugbyman de vivre.»

Maynadier, le discours d’un roi

Ces choses qui se sont dites ? Elles furent précisément l’un des temps forts de ce séjour lyonnais. Lors de la remise des maillots d’abord, qui oscilla entre l’humour de Laurent Pardo («on va causer technico-technique, ça va être simple : en attaque, chacun fait ce qu’il veut et en défense, chacun ton gars !») à l’émotion la plus pure, comme lors de l’évocation par Denis Charvet et Jean-Pierre Romeu de la mémoire de Jean-Pierre Bastiat ou de la remise des maillots aux "fils de" Esteban Abadie et Julien Blanc (lire ci-contre). «Chez les Baa-Baas, on n’a pas grand-chose, mais on a un maillot, enfonçait Denis Charvet. Quand vous l’aurez porté, vous comprendrez le bonheur que c’est, car vous prendrez un plaisir fou à vous retrouver. C’est pour ça que ce maillot est sacré, que la liberté qu’on vous donne n’a pas de prix.» Un message entendu, compris et surtout répété à l’envi dans l’intimité des vestiaires, où les moindres mots ont sonné juste, servis par un contexte émotionnel à fleur de peau.

«Entre nous, on est évidemment conscients de vivre quelque chose d’extraordinaire, mais cela n’a de sens que si on parvient à le partager, à le faire ressentir à l’extérieur, pointait Sazy. On avait à cœur de montrer à tout le monde ce qu’est l’esprit Baa-Baas, de prouver que la magie fonctionne toujours. Ici, tout ce qu’on te promet, c’est un maillot et une jolie cravate. Mais l’alchimie entre les hommes fait que ça fonctionne…» À commencer par la harangue improvisée de Clément Maynadier qui, on le jurerait, fit dresser les poils de Denis Charvet et Lolo Pardo, comme au temps des discours les plus enflammés de Jean-Pierre Rives… «Honnêtement, je ne m’attendais tellement pas à devoir parler que lorsque j’ai entendu «Clément, tu as un mot ?», j’ai cru qu’on posait la question à Clément Laporte, se marrait Maynadier. Puis j’ai compris qu’on attendait de moi que je dise quelque chose, alors que je n’avais rien préparé. Du coup, j’ai parlé avec mon cœur, tout simplement.»

État de grâce et magie de l’instant

Ce qu’a évoqué le talonneur de l’UBB, alors ? Oh, rien que des choses très simples, où il fut en substance question d’entame de match, de coups de casque et de quart d’heure américain. Mais surtout d’être «grand ensemble» et d’une institution à faire perdurer «pour nous, pour les vieux, en montrant à tout le monde ce qu’on peut faire en cinq jours». «Il ne faut pas se mentir, souriait Maynadier. Le rugby, ça reste un sport très simple, qui relève du bon sens paysan. Si on était entré sur la pelouse la fleur au fusil, on se serait fait tabasser. Mais en entamant nous-mêmes le match par le bon bout, avec une bonne conquête et une bonne défense, on ne pouvait que les faire douter.» Précisément ce qui est arrivé, à l’évidence, face à la fureur de Barbarians survoltés.

Comme transportés par la magie d’un instant, de cet état de grâce qui vous voit tout réussir, à l’image de ce seul mouvement collectif travaillé pendant la semaine sous la houlette de Xavier Garbajosa, conclu comme à la parade par Mathieu Hirigoyen au soutien d’Arthur Bonneval. Un triomphe qui vit les guerriers Joe Tekori et Giovanni Habel-Kuffner aplatir du Tongien à chaque impact, les combattants Félix Lambey et Lucas Bachelier sacrifier leur intégrité physique au moindre plaquage, ou la paire de centre Combezou-Acebes rivaliser sans baisser les yeux avec les gros bras d’en face.

Du courage, bien sûr, mais aussi du talent, à l’image du si élégant Léo Coly qui mena le jeu avec la grâce et la facilité qu’on lui connaît sur la pelouse de André-et-Guy-Boniface, sans oublier un Mathieu Hirigoyen fabuleux d’activité, un Joe Ravouvou dévastateur en bout de ligne ou encore le sniper Anthony Belleau, capable de transformer les six essais des Baa-Baas aux quatre coins du terrain, et même depuis la terrasse de la bodéga du Lou s’il l’avait vraiment fallu… «Souvent, les managers aiment mettre en avant leur projet de jeu, mais on sait bien que n’importe quel projet n’est rien s’il n’y a pas les joueurs pour le mettre en pratique, glissait après coup l’entraîneur des avants Christian Labit. Ce match le prouve mieux que des grands discours… Ce n’est évidemment pas ce qu’on a fait à l’entraînement qui a fait la différence : il y a juste des jeunes qui ont haussé leur niveau, parce qu’ils ont été entraînés par des plus anciens qui leur ont donné l’exemple. Ce sont les joueurs qu’il faut féliciter, ce succès leur appartient, on n’était jamais là que pour les accompagner.»

Tekori : «on a respecté ce maillot»

ça, c’est Baa-Baas, vous dites ? Et comment, oui. Parce que si même les plus anciens membres du BRC avouent encore ignorer ce qui permet à la magie des Barbarians de fonctionner, force est de constater que celle-ci parle encore aux nouvelles générations, qui souhaitent désormais la faire perdurer. Jusqu’aux Etats-Unis cet été avec leurs coachs, ainsi que l’ont réclamé eux-mêmes les joueurs dans le vestiaire. Et probablement plus loin encore, à en écouter Clément Maynadier. «Cette institution, qu’on le veuille ou non, elle mérite de perdurer. Et cela passera par l’envie des joueurs de porter ce maillot et surtout de lui faire honneur. Pour un joueur comme moi, mais aussi pour des gars comme Mathieu Acebes ou Thomas Combezou, jouer pour les Baa-Baas faisait partie de nos objectifs personnels. C’est d’ailleurs ce que j’avais dit à Christophe Urios lors de mon dernier entretien individuel : ne jamais porter ce maillot des Baa-Baas, c’est quelque chose qui m’aurait manqué.»

Un son de cloche prolongé par le capitaine Joe Tekori qui, malgré trois Brennus, une Coupe d’Europe et trois Coupes du monde disputées au compteur, savourait le travail accompli. «Je suis fier de ce que les mecs ont réalisé. Contrairement à ce que les gens peuvent penser ou ce qu’on veut bien croire pour se raconter une belle histoire, il n’y a rien eu de sorcier : on s’est juste comporté en famille, en prenant soin les uns des autres, et on a surtout respecté le maillot qui nous a été offert. Je n’attendais rien d’autre des joueurs et ils ont répondu au-delà des attentes.» ça, oui, c’était Baa-Baas. Définitivement…

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Nicolas ZANARDI
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